Christophe Carlier – Un prénom en trop

.⁎⁎⁕*⁕⁎⁎ Avis de lecture ⁎⁎⁕*⁕⁎⁎.


Dans le précédent article, j’introduisais la série d’avis de lecture à venir, de romans publiés chez Plon et Gallmeister. Je disais que ces deux maisons n’étaient ni infaillibles ni plus fortes que les autres. Si j’avais besoin de démontrer mon objectivité vis-à-vis de ces deux maisons, alors même que j’ai un a priori très positif chaque fois que je commence un roman publié chez elles, eh bien voici l’article qui va mettre les pendules à l’heure.

Il a suffi d’une soirée d’été pour que Rebecca, jeune femme sans histoires, soit prise au piège d’un jeu cruel, implacable. À présent, lorsqu’elle marche dans la rue, elle se retourne tous les trois pas. Rebecca pense que le danger est dans son dos. Pourquoi ne serait-il pas devant elle ou juste à ses côtés ?
Une descente aux enfers intrigante, ironique, corrosive, dans laquelle Christophe Carlier joue avec les codes du roman noir.

Un avis est subjectif. Les préférences des uns et des autres font évidemment varier les opinions au sujet d’un livre. Le mien a été façonné en fonction de mes goûts, non en fonction des défauts du livre ou de l’histoire (orthographe, invraisemblances, incohérences, etc.).
Ça a commencé avec l’écriture et la construction du roman. La première est simpliste, tant épurée que finalement, elle n’a à mon goût pas (assez) d’âme, pas de patte, pas de petit-quelque-chose-en-plus. Elle raconte de façon concise une histoire qui manque de panache, mais qui aurait été bien plus passionnante accompagnée d’une écriture qui la valorise, lui apportant de la densité, une plus-value, la rendant belle, l’entourant de douceur et de coton. Il n’en est rien. Le vocabulaire est basique et peu varié ; les phrases trop courtes et sans audace ; leur construction classique et peu ambitieuse.
J’aurais pu considérer ce style et cette absence de prise risque stylistique comme étant un parti-pris (et c’est peut-être le cas), si la construction des chapitres n’avait pas été à l’image de l’écriture : fade et répétitive. Des chapitres courts, très courts pour certains, composés de quelques phrases uniquement parfois, de deux pages non remplies la plupart du temps, et qui ne permettent pas à son auteur et aux personnages de s’exprimer véritablement. Cette construction est d’autant plus lassante que d’un chapitre à l’autre, l’angle de vue change. D’un côté, l’on a l’histoire vécue par celui qui harcèle, de l’autre la vision d’une collègue du personnage harcelé. Tout est redondant et lassant, et c’est bien dommage, car le thème, important et actuel méritait, je pense, plus de densité.

L’intrigue ne rattrape pas les lacunes stylistiques, pourtant le sujet était ambitieux, même si la série You (dont le personnage féminin de la première saison et du premier livre s’appelle Beck – heureux hasard) a déjà pas mal gratté le thème. Un homme presque attendrissant au départ (un peu à la Joe Goldberg (You)) jette son dévolu sur une femme, qu’il stalke, suit, épie, traque même, forçant le destin à une rencontre inéluctable. Une obsession. L’on en vient à anticiper une fin sanglante et meurtrière, et c’est sûrement la seule surprise de ce roman : sa fin que l’on avait peu envisagée. Pourtant, le dénouement ne clôt pas l’intrigue. Trop de questions sans réponses, trop de choix, de destins, d’événements qui n’ont trouvé aucune explication ; une fin qui tient en deux pages, trop rapide donc, une issue bâclée à l’image du roman qui ne gratte jamais en profondeur, ne fait qu’effleurer. Peut-être le thème n’avait-il pas besoin de plus. La lectrice que je suis aurait eu besoin de plus de profondeur, plus de tripes, plus de suspense.
Je passerai rapidement sur le fait que :
– Le roman détient le Prix de la Gendarmerie Nationale 2022 alors que les flics que l’on trouve à l’intérieur n’ont qu’un rôle anecdotique et surtout, moche : “Vous venez pour porter plainte parce qu’on vous harcèle ? Ah bah on s’en fiche, par contre, je veux bien vous inviter à dîner” : les gendarmes doivent être ravis d’être ainsi représentés – j’ai mal pour eux.
– L’accroche est totalement hors sujet. “On ne naît pas tueur, on le devient” : d’accord, très bien, mais ce n’est absolument pas le sujet du livre !
– Le titre, même s’il trouve une explication tirée par les cheveux à la fin du livre, n’a rien à voir, ou si peu, avec l’histoire. “Un prénom en trop”, comment ça, en trop ? Autant appeler le livre Rebecca, en fait.
Passons donc rapidement et venons en au fait : gros flop pour moi.

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