Boris Marme – Appelez-moi César ❤️🥰

.⁎⁎⁕*⁕⁎⁎ Avis de lecture ⁎⁎⁕*⁕⁎⁎.


C’était décidé : cette année, pendant mes vacances estivales, je lirai du Plon et du Gallmeister. Ces deux maisons d’édition sont, à mes yeux, les plus qualitatives, et ont l’avantage non-négligeable de proposer des textes et des genres qui me conviennent totalement. Il est désormais pour moi tout à fait naturel de me tourner vers elles lorsque je veux être certaine de tomber juste, lorsque donner une chance ou tenter parce que “on verra bien” n’est pas une option. Elles ne sont ni infaillibles, ni plus fortes que les autres, elles me parlent beaucoup plus, voilà tout. Les prochains articles sur le blog parleront donc de romans publiés chez ces deux maisons, et on ouvre le bal avec une jolie surprise : Appelez-moi César.

Appelez-moi César est un roman initiatique. L’histoire d’une bande de garçons partis marcher en montagne au cours de l’été 1994 et qui, de conneries en jeux de pouvoir, vont glisser peu à peu dans une spirale tragique. Pour comprendre leur groupe, il faut s’y immerger, sentir son souffle de liberté, partager sa bêtise joyeuse, se laisser happer par sa mécanique cruelle.
Vingt-cinq ans après les faits, Étienne, le narrateur, exprime le besoin absolu de dire la vérité, au-delà de la version officielle, sur ce qu’il s’est passé durant cette nuit terrible au cours de laquelle l’un des gars a disparu dans un ravin. Écrire devient alors pour lui un moyen d’exister à nouveau en dehors du mensonge et du secret. Il entend ainsi redonner à chacun la place qui lui revient, pour mieux reprendre la sienne. Il lui faut pour cela reconstituer chacune des journées qui ont précédé l’accident, car la vérité n’est pas si évidente, elle a plusieurs visages. Pour comprendre, il faut plonger dans le groupe, sentir son souffle de liberté, partager sa bêtise joyeuse, se laisser happer par sa mécanique cruelle.
Étienne raconte son histoire, celle de ce gamin de quinze ans, venu de sa banlieue aisée, et qui, jeté dans l’arène de l’adolescence débridée, fasciné par la figure insaisissable et dangereusement solaire du leader Jessy, a brisé les carcans de son éducation pour devenir un autre, et tenté, au gré des épreuves et des expériences émancipatrices de rivaliser avec les autres pour s’emparer du titre de César.

Même en me tournant vers une maison d’édition en laquelle j’ai toute confiance, j’ai tout de même trouver le moyen de prendre des risques. Plusieurs avec ce roman, puisqu’il s’agit, dans un premier temps, d’un roman initiatique, genre que je n’apprécie pas forcément – mon incompréhension face à l’engouement autour de Nous rêvions juste de liberté est éloquent – et aussi et surtout, parce que les personnages sont des adolescents. Si les personnages adolescents me conviennent déjà un peu mieux que les enfants, très souvent, ils manquent de naturel et de spontanéité, que l’on retrouve plus chez les adultes, car quelque chose que l’on est encore est plus facile à retranscrire, je suppose. Bref, on ne partait pas forcément avec des arguments dès le départ. Et pourtant.

Appelez-moi César est un formidable roman, touchant, beau et violent à la fois, qui retrace avec justesse et application trois semaines de marche dans un camp, durant lesquelles les garçons vont grandir, apprendre, évoluer ; en somme, façonner les adultes qu’ils deviendront. Le lecteur est projeté au cœur de ce groupe, parfois sans ménagement ; il suit les mésaventures de chacun avec l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête : un drame va se produire. Cet accident, c’est la carotte. C’est elle qui est promise dès le départ, et pourtant, sa venue tardive – à la fin du roman – n’est, contrairement à d’autres romans, pas un problème. Elle n’est finalement pas l’aboutissement. Ce qui compte réellement n’est pas la fin, mais le chemin qui nous y amène.

Le chemin, c’est l’histoire, bien sûr. C’est l’apprentissage de la vie adulte, les grands moments fraternels, les petits moments de brouille ; ce sont toutes les étapes et les instants par lesquels l’on passe pour évoluer et grandir. Mais c’est aussi, et peut-être surtout, une écriture. Des morceaux de texte très peu entrecoupés par des dialogues, qui dégoulinent de générosité. Si l’auteur n’a pas pris son pied à écrire ce bouquin, alors il est un formidable illusionniste. Je n’y crois pas. Une telle sincérité dans la façon de raconter, tant de sensibilité et de beauté (subjective, je sais !), ça ne se feint pas, ça coule dans le sang. Finalement, le roman initiatique n’est pas plus laid qu’un autre, il n’est pas moins intéressant ni plaisant, il lui faut, comme aux autres, une écriture qui l’accompagne (probablement ce qu’il m’a manqué dans ce que j’ai tenté avec ce genre).

Boris Marme a toute ma gratitude, car, grâce à lui, j’ai enfin pu ressentir ce bonheur grisant de lire un excellent roman, sans faute, oserais-je dire parfait ? Allez, je le dis, car même lui dire qu’il était trop court, en sous-entendant que j’aurais pu lire cent pages de plus comme les autres, serait injuste. Plus aurait sûrement été trop ; moins, pas assez. Merci Monsieur Marme !

2 commentaires sur « Boris Marme – Appelez-moi César ❤️🥰 »

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