CĂ©line Denjean – Matrices đŸ’”

.⁎⁎⁕*⁕⁎⁎ Avis de lecture ⁎⁎⁕*⁕⁎⁎.


De CĂ©line Denjean, j’ai lu Le Cheptel, en 2019. J’y ai trouvĂ© du bon, du potentiel, du prometteur pour la suite, mais ce fut une lecture en demi-teinte tout de mĂȘme, bien que j’en garde un souvenir plus terne que ma chronique le suggĂšre. D’ailleurs, je n’ai jamais relu l’autrice alors mĂȘme que j’en avais le projet : preuve que quelque chose coinçait de mon cĂŽtĂ©. Et puis j’ai vu Matrices en magasin, et je me suis dit qu’il Ă©tait temps de redonner une chance Ă  CĂ©line Denjean.
Plusieurs annĂ©es se sont Ă©coulĂ©es entre l’Ă©criture et la sortie des deux romans – quatre ans – et surtout plusieurs romans ont Ă©tĂ© publiĂ©s entre les deux, ce qui est normalement une bonne chose. Les petits dĂ©fauts auxquels on pouvait facilement remĂ©dier (et concernant la correction, c’Ă©tait une nĂ©cessitĂ©) dans le premier roman que j’ai lu, ont forcĂ©ment Ă©tĂ© gommĂ©s quatre ans plus tard, n’est-ce pas ?

En plein mois de dĂ©cembre, une terrible tempĂȘte se dĂ©chaĂźne sur les PyrĂ©nĂ©es. Sous la pluie battante, une jeune femme enceinte qui court Ă  perdre haleine est percutĂ©e par une camionnette. Avant de mourir, elle murmure quelques mots en anglais : «  Save the others.  »
Qui est cette femme sans identitĂ© ? Que cherchait-elle Ă  fuir ? Que signifie la marque Ă©trange sur son Ă©paule ? Et qui sont ces autres qu’il faudrait sauver ?
Les gendarmes Louise Caumont et Violaine Menou se lancent alors dans une enquĂȘte hors-norme. Au fil de leurs investigations, se dessine la piste d’un trafic extrĂȘmement organisĂ©. DĂšs lors, les enquĂȘtrices comprennent que l’horloge tourne pour d’autres femmes, sans doute prisonniĂšres quelque part, et dont la vie ne tient plus qu’à un fil. 

L’avantage avec cette lecture est que je n’ai pas Ă©tĂ© dĂ©paysĂ©e. Savoir si cela est positif ou non est une autre chose.
Autant je peux trĂšs vite me lasser d’un auteur qui use du mĂȘme univers, de la mĂȘme construction, des mĂȘmes personnages, d’un bouquin Ă  un autre – c’est ce qui s’est malheureusement passĂ© avec Alia Cardyn – ; autant, je me mĂ©fie des auteurs touche-Ă -tout qui donnent l’impression extĂ©rieure de ne pas savoir quoi faire de leur plume, de chercher Ă  tout prix un public, ou de rĂ©pondre aux demandes de ce dernier plutĂŽt que d’Ă©couter ses propres dĂ©sirs d’Ă©criture. Heureusement, il y a un un juste-milieu entre ces deux opposĂ©s, et le premier exemple qui me vient en tĂȘte est CĂ©line Saint-Charle, qui touche Ă  beaucoup de genres, dans un univers qui lui est propre, mais qui sait parfaitement se renouveler et surprendre son lectorat.

Le truc de CĂ©line Denjean, je crois, c’est de proposer des intrigues riches. Les deux romans que j’ai lus ont en commun de proposer plusieurs histoires en une, procĂ©dĂ© trĂšs Ă  la mode et que j’apprĂ©cie particuliĂšrement quand c’est bien fait. Pour ça, la littĂ©rature amĂ©ricaine rĂ©gale. Si l’intrigue est rĂ©ussie, elle donne l’impression en fin de lecture d’avoir vĂ©cu plusieurs vies en quelques heures.
CĂ©line Denjean a donc choisi de garder la mĂȘme construction utilisĂ©e dans Le Cheptel (difficile de dire si elle l’utilise toujours puisque je n’ai rien lu d’autres d’elle), et si j’avais totalement aimĂ© Le Cheptel, j’aurais Ă©tĂ© enthousiasmĂ©e par cette nouvelle. Or, dĂšs le dĂ©part, lorsque je me suis rendu compte qu’une fois de plus on avait mĂȘlĂ© une enquĂȘte policiĂšre Ă  d’autres intrigues (ou l’inverse, je ne saurais dire quelle partie de l’histoire est le fil conducteur – et oui, c’est un problĂšme !), j’ai commencĂ© Ă  me dire que ça sentait le roussi. La suite est arrivĂ©e et je vous l’annonce dĂšs maintenant : cet avis ne sera pas positif.

On remarquera en premier lieu que l’autrice n’a toujours pas abandonnĂ© son prĂ©cieux “monter crescendo” (insupportable plĂ©onasme qui s’est fait une confortable place dans le paysage littĂ©raire français), et que la maison d’Ă©dition n’a en rien Ă©voluĂ© concernant la correction des bouquins qu’elle publie – mais ça, je le savais dĂ©jĂ  – puisque les “monter crescendo” sont toujours lĂ , les “au final” et les rĂ©pĂ©titions aussi, ainsi que les fautes de frappe : “de” qui se transforme en “se” dĂ©jĂ  vu dans Le Cheptel ; “2019” en “2029”, ou comment crĂ©er une incohĂ©rence ; etc. Sur la forme, il y encore des couacs, et le souci n’est pas tant leur prĂ©sence en 2022, que leur prĂ©sence, dĂ©jĂ , quatre ans auparavant ! Personne n’a donc appris quoi que ce soit ? Je veux bien qu’on me reproche d’ĂȘtre trop pointilleuse sur la forme alors que je ne suis moi-mĂȘme pas irrĂ©prochable. Je veux bien entendre qu’on doit laisser une chance aux auteurs et aux maisons d’Ă©dition (mĂȘme si je suis loin d’appliquer ce principe-lĂ , dĂšs lors que je paie mon produit que j’attends fini), et oui personne n’est infaillible. Mais les mĂȘmes erreurs, Ă  plusieurs annĂ©es d’intervalles, alors que lecteurs et auteurs tentent de dĂ©noncer depuis plusieurs annĂ©es les erreurs de français et le manque de correction chez certaines maisons ? C’est inacceptable. Et si on s’Ă©tait contentĂ© de ça…

Comme dit plus haut, l’autrice a fait le choix d’une construction similaire au Cheptel, Ă  savoir une enquĂȘte qui piĂ©tine et n’avance pas d’un pouce, noyĂ©e dans diverses autres intrigues qui divulgĂąchent complĂštement l’enquĂȘte policiĂšre et la rendent totalement inutile ; sorte de roman fourre-tout dans lequel on a glissĂ© plusieurs intrigues censĂ©es n’en former qu’une. Sauf qu’en dĂ©finitive, on ne sait plus quelle intrigue est la principale, quel genre est le fil conducteur, quel personnage est le plus essentiel. C’est en rĂ©alitĂ© un petit peu de tout mĂ©langĂ©, sans que rien ni personne ne sorte du lot, comme si l’autrice avait eu plusieurs idĂ©es d’histoires et avait essayĂ© de les lier ensemble (je ne dis pas que c’est le cas, simplement que c’est l’impression que j’ai eu). Et si seulement c’Ă©tait pour le meilleur, ça passerait, le problĂšme est que chaque pan, chaque histoire, chaque personnage est linĂ©aire, dans le sens oĂč rien n’est rĂ©ellement approfondi. Et bien sĂ»r, on n’Ă©chappe pas Ă  l’abus de clichĂ©s inhĂ©rents aux genres thriller et policier : tout va bien dans la littĂ©rature française, le bateau chavire. Le pire clichĂ© Ă©tant le gendarme principal, Ă  l’Ăąme torturĂ©e et au passĂ© dramatique (bien sĂ»r) dont on entretient le suspense quant Ă  la teneur (et en fait, ce n’est pas ouf) ; seule avec son chat, qui ne veut personne dans sa vie (mais finit par pĂ©cho) et qui est donc cynique et dĂ©sagrĂ©able ! Oh bah tiens, ça me rappelle quelque chose ça, genre des dizaines de flics dans les romans policiers 🙄 En 2022, sĂ©rieusement ?
Heureusement, Matrices a un argument de taille : un grand thĂšme. Oui, finalement, ce roman n’est peut-ĂȘtre qu’une excuse pour traiter la Gestation Pour Autrui (forcĂ©e) et plus largement l’esclavage moderne des femmes. Alors qu’on se le dise, l’angle choisi dans ce roman pour traiter le sujet ne m’a pas du tout convaincu (il m’aurait plus intĂ©ressĂ© en littĂ©rature gĂ©nĂ©rale, je pense), mais ça n’empĂȘche pas que l’autrice aurait pu rĂ©ussir Ă  me captiver ou Ă  rendre le sujet intĂ©ressant, ou du moins instructif. Vous l’aurez compris, peut-ĂȘtre, mais ça n’a pas Ă©tĂ© le cas du tout, parce qu’une fois de plus, le thĂšme est survolĂ© et qu’il y avait tant Ă  dire Ă  ce sujet !

Je me suis ennuyĂ©e avec ce roman cousu de fil en blanc, dans lequel les intrigues parallĂšles ont un coup d’avance sur l’enquĂȘte qui n’a plus aucune utilitĂ©. L’on tente de mettre en place du suspense et des rĂ©vĂ©lations qui ont Ă©tĂ© amorcĂ©es (et bien comme il faut) en amont et qui ne suscitent alors plus aucune surprise. Le thĂšme gĂ©nĂ©ral aurait pu ĂȘtre intĂ©ressant, apporter un plus au roman, et mĂȘme le pimenter, mais il a Ă©tĂ© un poil survolĂ© Ă  mon goĂ»t et pas forcĂ©ment bien amenĂ©, puisqu’il tombe du ciel en s’imposant dĂšs le dĂ©part sans vraiment ĂȘtre lĂ©gitime. J’ai retentĂ© de lire l’autrice, Ă  plusieurs annĂ©es d’intervalle, mais il faut se rendre Ă  l’Ă©vidence : ça ne passe toujours pas.

9 commentaires sur « CĂ©line Denjean – Matrices đŸ’” »

  1. Ça, c’est fait ! Quand tu as parlĂ© des problĂšmes de relecture, j’ai tout de suite pensĂ© Calmann. Me trompĂ©-je ? (je n’ai pas vu le nom de la ME dans ton article, mais je l’ai lu assez vite, j’ai pu le rater)

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    1. Oh oui, chez Calmann, c’est quelque chose. LĂ  c’est Marabout, la derniĂšre fois, c’Ă©tait Marabout aussi, les mĂȘmes erreurs, c’est ça qui m’a le plus mise en boule, qu’Ă  quatre ans d’intervalles, chez la mĂȘme maison et par la mĂȘme auteure, on retrouve les mĂȘmes boulettes… Il y a si peu de maisons et/ou d’auteurs quasi irrĂ©prochables, c’est dĂ©sespĂ©rant ^^

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    1. D’autant plus que tu es la seule “chose” positive dans cet avis 😇 J’Ă©vite de faire des gĂ©nĂ©ralitĂ©s, et lĂ  sur ce sujet, avant de valider l’idĂ©e j’ai mĂȘme pas eu besoin de rĂ©flĂ©chir Ă  un contre-argument, tu es venue toute seule 😆

      Aimé par 1 personne

  2. Bonjour,
    Franchement, je vous trouve trĂšs dure avec CĂ©ine DENJEAN. Personnellement, j’ai commencĂ© par lire « le cheptel », puis « Double amnĂ©sie », « Le cercle des mensonges » et maintenant « Matrices » et je ne suis pas du tout du mĂȘme avis que vous, j’ai vraiment pris beaucoup de plaisir Ă  lire ces romans. Je trouve personnellement qu’il y a une bonne intrigue jusqu’au bout avec des rebondissements. On ne s’ennuie pas et surtout on a du mal Ă  poser le livre avant la fin.
    Je travaille dans une mĂ©diathĂšque et toutes les personnes Ă  qui j’ai conseillĂ© les romans de CĂ©ine DENJEAN et qui les ont lu, ont Ă©normĂ©ment aimĂ© Ă©galement.

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    1. Le but d’un avis n’est pas d’ĂȘtre toujours sympa ou tendre avec un livre ou son auteur, mais de dire ce qu’on pense : ce que je fais. Que beaucoup de gens aient aimĂ© ce livre n’est pas un argument (dans mon entourage, on n’a pas aimĂ©, et ça ne change rien), mais tant mieux pour lui et son auteure, et tant mieux pour vous si vous avez pris du plaisir Ă  lire ce roman ; c’est ce qu’on recherche tous. On ne peut pas tous aimĂ© la mĂȘme chose. Mes livres pĂ©fĂ©rĂ©s n’ont pas forcĂ©ment fait l’unanimitĂ© et je n’ai pas Ă©tĂ© dire aux gens qui n’ont pas aimĂ© qu’ils sont durs ; chacun vit une intrigue diffĂ©remment, et on a encore le droit de le dire, d’autant plus qu’on y est pour rien si un roman ne nous touche pas.

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