Graham Joyce – La fĂ©e des dents đŸŠ·

.⁎⁎⁕*⁕⁎⁎ Avis de lecture ⁎⁎⁕*⁕⁎⁎.


Il Ă©tait une fois, une histoire alternative Ă  celle de la petite souris. Souris que l’on imagine bienveillante, mignonne et toute douce, au pelage d’un gris Ă©tincelant, Ă  l’aspect soignĂ©, et aux intentions forcĂ©ment bonnes. Il Ă©tait une fois, une fĂ©e des dents mĂ©chante, perverse et laide.

« La fĂ©e des dents », ainsi appelle-t-on la « petite souris » qui passe sous l’oreiller des bambins en Grande-Bretagne. Une innocente invention, un conte pour enfants… jusqu’Ă  cette nuit oĂč le jeune Sam Southall la surprend dans sa chambre ! VoilĂ  qui n’Ă©tait pas prĂ©vu… ni le fait que la crĂ©ature, qui s’appelle Quenotte, se rĂ©vĂšle bien diffĂ©rente de la fĂ©e bienveillante qu’imaginent les petits. Perverse, dangereuse, elle va poursuivre Sam et sa bande de copains tout au long de leur adolescence, rythmĂ©e par des drames affreux, et changer leur vie pour toujours…

Peu adepte des comparaisons entre auteurs et romans, je me sens tout de mĂȘme obligĂ©e de confesser avoir beaucoup pensĂ© Ă  L’institut de Stephen King en lisant ce livre. Loin d’ĂȘtre une critique nĂ©gative, le parallĂšle s’est fait dans l’ambiance, et absolument pas dans l’histoire. Il y a peut-ĂȘtre, aussi, un petit cĂŽtĂ© Ça, c’est vrai, mais il est difficile de se dĂ©faire de livres/adaptations mythiques et/ou qui nous ont beaucoup plu, lorsque les ingrĂ©dients sont sensiblement les mĂȘmes. Un groupe de gamins, une crĂ©ature fantastique, un quartier oĂč tout le monde semble se connaĂźtre avec des gamins qui grandissent ensemble, et une ambiance trĂšs particuliĂšre liĂ©e Ă  l’enfance. King n’a pas forcĂ©ment le monopole du thĂšme, mais ayant marquĂ© le genre, on y pense forcĂ©ment un peu.
Dans ce qu’il raconte, ce roman m’a aussi fait penser Ă  La maison dans laquelle, livre que j’ai adorĂ© pour la façon dont il raconte l’enfance. Et c’est un peu ce que l’on retrouve ici, cette maniĂšre dont certains auteurs sont capables de se mettre Ă  la hauteur des enfants pour raconter la vie Ă  travers leurs yeux, sans les abĂȘtir ni les rendre niais. L’apprentissage de la vie se fait avec les expĂ©riences quotidiennes qui, en tant qu’adulte et avec du recul, nous paraissent anodines et sans importances, mais qui sont, aux yeux des enfants, un obstacle insurmontable ou une expĂ©rience dont ils ne se remettront jamais. La fĂ©e des dents a donc de ça, de ce talent rare de l’auteur Ă  retranscrire le monde Ă  travers le regard d’un enfant, Ă  transformer les petites poussiĂšres quotidiennes en montagnes infranchissables, le tout avec une plume d’adulte.

Ce dĂ©calage entre enfant et adulte est ce qui me dĂ©plaĂźt le plus dans ce genre de roman. Soit parce que les auteurs veulent faire passer les bambins pour des ĂȘtres bien plus matures qu’ils ne le sont et ainsi convaincre le public adulte, mais de ce fait, les dĂ©crĂ©dibilisent en tant que personnages enfant ; soit parce qu’au contraire, Ă  trop vouloir faire de ces personnages des enfants, on les rend complĂštement stupides et pas du tout crĂ©dibles. Le juste-milieu que j’apprĂ©cie est dur Ă  trouver, mais La fĂ©e des dents l’a indĂ©niablement, sauf que parmi les sujets avec lesquels j’ai du mal dans les intrigues avec des enfants, il y en a un qui est amenĂ© de façon trĂšs Ă©trange dans ce livre : la sexualitĂ©. Ce sera la seule ombre au tableau de ce roman, mais pas des moindres, puisque la fĂ©e des dents, perverse, qui tripote les enfants, jusqu’Ă  avoir des relations sexuelles un peu plus tard (mĂȘme si les personnages semblent plus adolescents qu’enfants vĂ©ritablement), m’a profondĂ©ment dĂ©rangĂ©e. Voulue ou non, cette relation que j’ai trouvĂ© malsaine m’a mise mal Ă  l’aise, et je m’en serais bien passĂ©. Si les premiers flirts et bĂ©guins sont plutĂŽt bien amenĂ©s tout au long du roman avec des personnages fĂ©minins forts et des relations ambiguĂ«s, que la fĂ©e des dents soient intĂ©grĂ©e Ă  ce pan de l’intrigue m’a dĂ©stabilisĂ©e et pas du tout plu. Vraiment, je n’ai pas compris.

Ce dĂ©tail aurait pu tout gĂącher, il s’est contentĂ© de ternir quelques passages, avant que le roman reprenne son souffle. La fĂ©e des dents est en dĂ©finitive un roman trĂšs particulier qui traite son thĂšme assez justement, sans en faire des caisses et sans ĂȘtre Ă  cĂŽtĂ© de la plaque. Il y a un cĂŽtĂ© divertissant Ă  cette lecture, critĂšre que je ne recherche pas d’habitude, mais qui fonctionne trĂšs bien ici. L’auteur tient son intrigue et ses personnages, et clĂŽt ce livre magistralement, je trouve. Une bonne lecture donc, celle qui me l’a offerte a eu le nez creux !

2 commentaires sur « Graham Joyce – La fĂ©e des dents đŸŠ· »

  1. Je me suis demandĂ© si la « FĂ©e » n’Ă©tait pas l’expression des propres dĂ©sirs de Sam (et de sa propre perversitĂ©). Pour tout avouer, je ne me souviens plus assez en dĂ©tails, mais aucune explication ne m’a semblĂ© satisfaisante pendant la lecture, rien qui puisse prendre TOUT en compte. Pour autant, j’ai beaucoup aimĂ© le bouquin, avec la mĂȘme interrogation / gĂȘne que toi, sauf si l’explication est celle des dĂ©sirs inavouĂ©s (mais lĂ  encore, ce ne me semblait pas totalement convainquant). Ta lecture est plus fraĂźche, n’hĂ©site pas Ă  me dire si cette possibilitĂ© te semble correcte.

    Aimé par 1 personne

    1. Ah je n’y avais pas pensĂ© ! C’est une possibilitĂ© oui, d’autant que ça colle aussi avec ces autres dĂ©sirs d’enfants, genre on pense sans vraiment penser « j’aimerais qu’il/elle meurt » parce qu’on est en colĂšre ou triste, sauf que lĂ  ça arrive. C’est une façon intĂ©ressante de voir la chose oui ! Est-ce que Ă  explique tout ? Je ne sais pas mais ça colle je trouve

      Aimé par 1 personne

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