Franck Pavloff : L’Espérance est ma patrie

.⁎⁎⁕*⁕⁎⁎ Avis de lecture ⁎⁎⁕*⁕⁎⁎.


Il est des livres qui nous appellent et nous parlent avant de les avoir lus. L’Espérance est ma patrie fait partie de ceux-là. Il n’est pas un roman que j’aurais pu dénicher en vacant sur différents sites de maisons d’édition (c’est ainsi que je fais désormais mon marché : en me rendant directement chez le producteur), et pour cause, je trouve très rarement mon compte chez Albin Michel (comme chez tant d’autres maisons d’édition dont les parutions ne me parlent pas du tout).
Alors, la rencontre avec L’Espérance est ma patrie s’est faite d’une façon plus banale, qui d’habitude ne fonctionne pas, ou plus : la promotion sur Facebook. Certaines méthodes utilisées par les maisons d’édition et/ou les auteurs pour promouvoir un livre sous prétexte de “partager les avis de lecteurs”, me dérangent parfois beaucoup, et je n’apprécie d’ailleurs guère que des passages de mes articles soient repris sur Facebook, car il est bien trop facile, avec cette méthode, de faire passer un article négatif ou mitigé pour positif ; et on ne parlera pas du fait que certains auteurs de chroniques ne sont pas crédités. Du coup, je ne me laisse plus harponner par ces publications. Ou presque.
Parce que L’Espérance est ma patrie m’a tapé dans l’œil grâce (ou à cause) d’une de ces publications-harpon. Et le moins que l’on puisse dire est que la technique a très bien marché : aussitôt vu, aussitôt acheté ; aussitôt reçu, aussitôt chroniqué. Lu en une journée, ce livre à l’ambiance atypique va ravir les lecteurs amoureux des nouveautés et des auteurs qui sortent un peu des sentiers battus. Bon, de quoi il parle ce bouquin à la fin ?

Dans le train qui le mène à Narva, au nord-ouest de l’Estonie, le généalogiste Stig Nyman, dépêché depuis Stockholm, espère retrouver la trace d’un certain Toomas Luutos. Né dans cette même ville en 1918, ce collectionneur et faussaire de génie a laissé un héritage conséquent, et seule une recherche successorale dira s’il a des descendants.
En plongeant dans sa généalogie, Nyman découvre l’histoire tourmentée d’un pays qui fut un des terrains de bataille du XXe siècle, passé du joug nazi à la domination soviétique, territoire à l’identité fluctuante et aux frontières poreuses, dont le legs pèse autant que celui d’un père à ses enfants, même par-delà la mort.
On retrouve les thèmes profonds de l’œuvre de Franck Pavloff dans ce roman-enquête aux confins de la Baltique, fascinant voyage avec les fantômes du passé vers de brillants soleils.

D’abord, ça commence fort avec le personnage presque principal de ce roman : Stig Nyman. Je ne sais pas si les métiers liés de près ou de loin à la succession sont vendeurs, mais dit comme cela, merci, mais non merci. Alors qu’en fait, c’est passionnant ! Stig Nyman est généalogiste successoral, en somme le type est enquêteur pour le compte d’un notaire, et a pour uniques buts de retracer la vie d’un défunt-mystère et de trouver ses héritiers. En jeu, un objet très particulier et inestimable, intégrant à l’histoire une dimension artistique : musique, peinture, lecture, ça tombe de tous les côtés. À cela, s’ajoute une partie Historique non-négligeable, hyper passionnante, et traitant un pan du nazisme que l’on ne côtoie pas forcément : la spoliation d’œuvres d’art. L’ensemble de l’intrigue est portée par des personnages atypiques, aux destins brisés et aux vies compliquées, qui ne manquent pas de toucher, parfois, la corde sensible. Le tableau d’ensemble est lumineux et multicolore ; l’on côtoie les orages et les accalmies, les éclairs et les réconciliations, les éclaircies et les rayons puissants du soleil. La dernière page se tourne avec une pointe de regret, celle d’avoir déjà terminé cette histoire aux allures de drame familial.

Outre le fait que l’intrigue emmène le lecteur sur des routes peu exploitées par les écrivains, ce que ce roman a de sublime et de non-négligeable, est son écriture. Elle nous chante à l’oreille une histoire tragique, en la rendant belle, si belle ! Nul doute que l’auteur est également poète : ça se sent et surtout, le texte se chantonne.
Le tout m’a tellement convaincue que dans la foulée, j’ai commandé d’autres romans de l’auteur, que l’on dit adepte des romans-enquête, dans lesquels un personnage en cherche un autre. Je suis assez friande du concept, et j’ai surtout adoré cette première expérience, qui m’a permis de voir, de lire et de vivre autre chose que les sempiternels romans policiers et thrillers que l’on nous sert à toutes les mêmes sauces…

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