L’Arbre des oublis : entre espoir, et désillusions

L’Arbre des oublis de Corine Valade

À la lecture de ce roman, j’ai vécu deux expériences. D’abord fascinée par la découverte d’une facette de l’Histoire que j’ignorais et qui m’a bouleversée, j’ai ensuite été agacée par des petits détails, puis lassée par l’intrigue. Finalement, il était tant que le roman s’achève afin qu’il reste, malgré tout, un bon souvenir, et une expérience globalement positive.

De 1963 à 1982, 2 150 enfants quittent l’île de la Réunion pour la métropole afin de repeupler certains départements français. Pour la majeure partie des parents en situation de grande pauvreté, c’est une opportunité qu’ils doivent saisir pour l’avenir de leurs enfants ! Tous les rêves sont permis… Placée dans une famille creusoise à l’âge de 3 ans, Lili grandit entourée de soins et d’amour jusqu’à la découverte d’un terrible secret qui brise son existence. Joseph est un adolescent au lourd passé. Il doit renoncer à son rêve de faire des grandes études pour se lancer dans la vie active. Leurs destins se croisent. Courageusement, chacun à leur manière, ils vont partir en quête de leur identité et surmonter bien des obstacles pour parvenir à l’apaisement.

Sur le sujet, je n’avais rien lu, rien appris avant de lire ce roman. C’est donc une découverte totale d’une sombre facette de la France que je découvre avec L’arbre des oublis, dans laquelle l’on a dépeuplé l’île de la Réunion de ses enfants, au profit de régions françaises qui avaient besoin de population. Ce sont alors des milliers d’enfants qui ont été arrachés à leur île et leurs parents, et que l’on a déposés dans des régions aux cultures, valeurs, us et costumes diamétralement différents, sans penser un seul instant aux conséquences futures que peut avoir un déracinement aussi violent et rapide. Entre promesses non tenues et désillusions, les multiples effets sont traités dans ce roman, à travers différents personnages et époques. L’auteure nous montre à travers plusieurs destins, l’envers des belles promesses faites à ceux à qui l’on a enlevé des enfants, pour le meilleur et surtout le pire.

Au départ, donc, ce ne sont pas des soucis liés à l’intrigue qui m’ont posé problème, mais plus des soucis de construction et de style. Le roman possède, à mon goût, des petits défauts qui ont vite terni ma lecture. Ça a commencé avec “une fois n’est pas coutume” : les répétitions. Il y a surtout trois groupes de mots que j’ai retrouvés trop souvent, parfois dans deux paragraphes qui se suivent, parfois pas, mais en tout cas à intervalle trop régulier. Et quand je commence à me dire que, tiens, il n’y a pas longtemps que j’ai vu ce groupe de mots, c’est fini : la concentration n’est plus sur l’histoire, elle est sur le texte, à l’affût de la moindre déconvenue. Lili et sa nouvelle vie (page 58, elle apprivoise sa nouvelle vie, page 60, elle s’adapte à sa nouvelle vie, page 124, c’est encore une nouvelle vie qui commence) et les expressions “tout de go” et “une fois n’est pas coutume” répétée à gogo.
Ma concentration étant ailleurs, c’est ensuite l’histoire qui ne m’a plus convaincue. J’ai trouvé qu’elle tirait en longueur sur un bon quart du livre, comme si l’on tournait un peu en rond pour en venir au fait, et en même temps, j’ai trouvé les ellipses et les raccourcis en plein milieu des chapitres un peu nombreux pour que la pilule passe. Autant parfois, j’ai trouvé certains passages longuets, autant à d’autres moments, j’aurais apprécié plus de détails. Mais finalement, je pense que simplement que l’intrigue n’a pas pris le chemin que je lui avais imaginé.

En définitive, c’est l’intrigue dans sa globalité qui m’a le plus chagrinée en fin de lecture, une fois le livre terminé. Au départ, l’on suit le déracinement de Lilly, son intégration dans la Creuse, le point de vue de ses parents adoptifs, et à mesure que la petite fille grandie, l’auteure développe son intrigue, crée des personnages, traite son sujet de façon large, presque sous la forme d’un documentaire. Et tout d’un coup, ça s’essouffle, car pour Lili, tout va presque trop bien, sa vie devient monotone, voire banale, alors qu’en réalité, tous les enfants n’ont pas eu cette chance-là. Pour traiter le reste, la part encore plus sombre de cette ignoble partie de l’Histoire, l’autrice a donc développé d’autres personnages aux destins bien plus bouleversants et moins linéaires. Sauf que l’héroïne, celle à qui je suis attachée et que je suis depuis qu’elle est toute petite, c’est Lili ; alors le sort des personnages dont on ne sait rien, ou pas grand-chose, est finalement peu pertinent. De ce fait, les destins un peu plus dramatiques sont devenus secondaires, alors que je pensais les voir bien plus en avant dans un roman coup de poing qui finalement ne l’est pas autant que je le pensais.

L’arbre des oublis raconte une histoire et parle d’une Histoire qu’il est important de traiter tant elles sont injustes et révoltantes. Ce roman, en définitive, est nécessaire, et c’est bien dommage d’y avoir trouvé ces embûches qui ont atténué mon expérience, alors qu’il avait tout pour être un grand roman. Mais comme souvent, les grands thèmes ont besoin de personnage principal fort, de style percutant et de bases solides, choses que je n’ai pas toujours trouvées dans ce livre. Cependant, ne vous fiez pas qu’à mon simple avis, celui-ci devrait vous convaincre. Deux lectrices, deux expériences différentes.

2 commentaires sur « L’Arbre des oublis : entre espoir, et désillusions »

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