Carrisi fait du Carrisi, mais il le fait bien !

Je suis l’abysse de Donato Carrisi

Loin d’être une inconditionnelle de Donato Carrisi (j’ai abandonné la série du Chuchoteur dès le premier tome – je dois retenter – et je n’ai que moyennement aimé La femme aux fleurs de papier), je mets un point d’honneur à tout de même me procurer ses romans hors policiers (parce que j’ai adoré la série Sandra et Marcus). L’année dernière, j’ai apprécié La maison des voix et cette année, j’ai plongé dans l’abysse sans aucune hésitation. Si Carrisi fait du Carrisi, Je suis l’abysse reste néanmoins intéressant.

L’homme qui nettoie rôde autour de nous. Parmi nos déchets, il cherche des indices sur nos vies. En particulier sur celles des femmes seules.Une femme lui a fait beaucoup de mal enfant : sa mère. la chasseuse de mouches, elle tente de sauver les femmes en péril. Et elles sont nombreuses… Surtout quand l’homme qui nettoie rôde autour d’elles.

Je suis l’abysse, dans sa construction, est un thriller des plus classiques et, attention, je ne vais pas être tendre (à noter que j’ai beaucoup aimé ce roman, aussi incompréhensible que cela puisse paraître vu ce qui va suivre) : chapitres courts ; écriture, vocabulaire et style simples qui gagneraient à être plus recherchés (rien que dans la construction, on ne dirait pas non à un peu moins de phrases à base de pronom personnel + verbe souvent d’action) ; une intrigue basée sur le mystère et la tension, les drames et les personnages énigmatiques (et sans prénom, c’est pratique pour embrouiller le lecteur sans trop se fouler) au passé flou et secret ; des accélérations dans le rythme et l’avancée de l’intrigue venues un peu de nulle part, et un peu trop de « le hasard fait quand même bien les choses ». Bref, rien de neuf au pays du thriller, Carrisi n’y échappe malheureusement pas. Ce roman a tout ce qu’il faut pour que les anti-thrillers restent des anti-thrillers (parce que le thriller, ce n’est plus ce que c’était) : je me mets dans le lot.

Mais voilà, Donato Carrisi ne serait pas Donato Carrisi s’il n’avait pas des arguments. Et parmi ceux-là, dans Je suis l’abysse, on trouve un argument de taille à mon goût : la noirceur des personnages (et les thèmes, on va y revenir). “L’homme qui nettoie” n’est pas un sobriquet des plus vendeurs, je vous l’accorde. On se croirait presque dans une cours d’école, entourés d’enfants qui décrivent ce qu’ils voient parce qu’ils ne connaissent pas le mot qui définit ladite chose qu’ils voient. C’est à peu près pareil pour tous les personnages, car la grande majorité n’a pas de nom (oui, c’est facile, je sais, je l’ai déjà dit.) Facile et un peu gênant, je trouve, mais en définitive, on s’en fiche : ça fait partie du spectacle. “L’homme qui nettoie”, “la jeune fille à la mèche violette” ou encore “la chasseuse de mouches”, sont autant de personnages à l’âme crasseuse qui ont su titiller la part de moi qui se délecte de la noirceur humaine (dans les romans, oh ! Je suis une princesse en vrai !) Parmi cette noirceur ambiante, on trouve des sévices perpétrés dans l’enfance ; la perte d’un être cher ; la soumission à un homme à emprise ; la violence conjugale ; la violence tout court ; le manque d’amour et de reconnaissance… En somme un ensemble de blessures non cicatrisées qui permettent à l’auteur d’aborder des thèmes particuliers, et notamment la violence conjugale.
Thème parmi d’autres, mélangé à l’intrigue, ce n’est pas forcément celui qui ressort le plus. Sauf que je ne suis pas du tout adepte de ces sujets qui touchent la femme, parce que je les trouve très souvent mal utilisées et racoleurs. Et puis surtout, la plupart du temps, on entend la colère des auteurs, des femmes surtout, derrière les mots, et ça me gêne, moi, de trouver les opinions des auteurs, de ressentir que ça sort de leurs tripes à eux avant leurs personnages, dans les romans. Si j’ai envie de ça, je vais vers les biographies, les témoignages ou les essais, pas vers les romans. Carrisi a réussi à intégrer ce thème très casse-gueule des violences faites aux femmes, avec autant de pudeur dans les mots choisis et la place qu’occupe ce thème sans flouter tout le reste, que de violence dans les faits. Et le tout fonctionne très bien.

Malgré la présence de facilités de constructions et scénaristiques dont sont pourvus à peu près tous les thrillers de nos jours, Je suis l’abysse tire son épingle du jeu en proposant une intrigue un peu plus complexe qu’il n’y paraît, mélangeant les destins, le passé et le présent, pour en faire une intrigue moins facile qu’elle n’aurait pu l’être. Le syndrome du page turner que je redoute tant chez nos auteurs de thrillers – parce qu’il signifie souvent que l’intrigue est aussi riche qu’un régime sans gras -, est absent, même si globalement le roman se lit très vite parce que bon, stylistiquement parlant, ce n’est pas la folie. Il n’en reste pas moins que j’ai passé un très bon moment avec ce livre, et que j’ai été ravie de lire mon Carrisi annuel qui, une fois de plus, ne m’a pas déçue dans sa proposition.

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