“Petit Jésus, débarassez-moi de cette abomination. La foudre, une tornade, un truc, quoi ! Pour que le fruit de vos entrailles soit béni avec le pain. Amen et tout.”

L’apocalypse selon Sandra de Céline Saint-Charle

Août 2018. Céline Saint-Charle me confie un manuscrit un peu particulier. Alors sans titre, l’intrigue est un mélange de ce dont je suis très peu friande : une apocalypse et des zombies. Certes, je suis une grande fan de la série The Walking Dead, mais en dehors d’elle, aucune œuvre quelle qu’elle soit ne m’a convaincue ou plu. C’est sûrement pour cela que je suis devenue “la cliente hostile”, que j’ai eu ce manuscrit entre mes mains, avec pour but d’apporter un avis différent sur le texte, avec un regard méfiant et critique, puisque les zombies et moi ne nous entendons pas toujours. Alors que je m’attendais presque à ne pas apprécier cette intrigue, l’expérience s’est déroulée un peu différemment.
Trois ans plus tard, le livre sort enfin. C’est donc un article particulier que je publie aujourd’hui, puisqu’il est un mélange des souvenirs que je garde de cette lecture qui a un peu bouleversé ma façon de consommer le zombie et l’apocalypse, et un mélange d’avis frais puisque j’ai relu cette histoire dans son état définitif. Le verdict est sans appel.

Quand l’apocalypse éclate et que les morts se relèvent pour dévorer les vivants, Sandra Cochrane s’y trouve confrontée d’une façon des plus terrifiante. Menottée à un shérif zombie, au sein d’une horde toujours grandissante, elle est entrainée sur les routes poussiéreuses du Texas.
Sans destination, sans savoir combien de temps les morts tolèreront sa présence parmi eux. Un road trip sanglant et sous haute tension, où elle devra mobiliser les compétences les plus improbables pour survivre.
Après avoir côtoyé Sandra et sa meute, vous ne verrez plus jamais les zombies de la même façon.

À l’époque de cette lecture-test, j’avais rédigé un avis que j’ai gardé en brouillon. L’article s’achevait ainsi : amateur de zombies, de post-apocalyptique ou pas, pour une fois, j’ai envie de vous conseiller ce roman qui casse les codes et qui, plutôt que de surfer sur la vague zombie, va bien plus loin que ça dans la psychologie de l’humanité. Ouais, carrément, l’humanité. Parce que c’est ça le vrai sujet en fait : l’âme humaine (ou zombiesque).
Alors commençons par cela.

L’apocalypse selon Sandra ne s’adresse pas qu’aux amoureux de zombies et de romans post-apocalyptiques. D’ailleurs, la façon dont est construit ce livre le prouve. À la manière d’un The Walking Dead (j’ai savouré les références à cette série !), Céline Saint-Charle accompagne son lecteur dans l’univers qu’elle a créé. D’abord ancrée dans le réel au cœur d’une famille texane, les Cochrane, l’histoire prend ensuite un tournant : l’apocalypse s’insinue progressivement dans l’intrigue, laissant le lecteur peu habitué aux codes du genre, le temps de s’adapter et d’accepter, comme les personnages, l’idée que les zombies s’emparent de l’histoire. À partir de là, le pitch est simple. Sandra, une des filles Cochrane, se retrouve malencontreusement menottée au shérif alors que les humains, le shérif compris, se transforment en zombies. S’en suit alors une troublante histoire de cohabitation entre une humaine et un zombie, un road trip semé d’embûches et de rebondissements, de belles rencontres et d’abominations, et finalement, presque une excuse pour traiter l’âme humaine. On y vient.

Ce que j’aime, chez Céline, c’est la manière très personnelle avec laquelle elle traite l’humain en toute circonstance, peu importe le genre qu’elle explore. Une nouvelle fois, l’apocalypse est l’occasion d’ouvrir l’éventail de possibilités (infinies) chez l’humain, de sa réaction face aux zombies à sa façon de gérer la crise et de survivre. Des mains tendues aux coups de poignards dans le dos, le choix est large et finalement, les plus humains ne sont pas forcément ceux auxquels on pense.
Là où L’apocalypse selon Sandra se distingue, c’est dans l’utilisation des zombies. Habituées aux sempiternels clichés du genre, Celine Saint-Charle fait de ses zombies des êtres à part entière. Certes, un peu différents de nous, pauvres mortels, mais finalement pas si éloignés que ça, et même parfois meilleurs que l’humain lui-même. Et alors le zombie, censé être le monstre de l’histoire, celui qui ferait passer le pire des êtres humains pour un ange, devient la lueur d’espoir et la lumière de l’intrigue. C’est original et ça allège le contexte anxiogène que pourrait créer l’apocalypse – et on ne se lasse pas des touches d’humour, bien sûr !

En définitive, qu’est-ce qu’une bonne œuvre de zombies ? J’imagine que l’on a chacun nos attentes et nos préférences. De mon côté, j’apprécie le zombie tel qu’on le décrit, cet être sanguinaire dont l’unique but est de semer la terreur dans les intrigues en dévorant ses anciens congénères. C’est vrai que je l’aime bien ainsi. Je l’aime encore plus lorsqu’on me propose une nouvelle façon de le considérer, ce que fait clairement l’autrice ici. Céline Saint-Charle propose une nouvelle forme de zombie et des propos différents de l’idée qu’on se fait du genre, et c’est entre autres cela qui fait de cette œuvre, une bonne œuvre de zombie à mes yeux. Parce qu’elle prend des risques, tente des choses, renouvelle le genre et comme d’habitude avec Céline, est une excuse pour explorer des sujets et des thèmes pertinents, qui s’intègrent parfaitement à l’histoire.
Grâce à cette intrigue lue à l’état de manuscrit, il y a trois ans, la cliente hostile est devenue une cliente tout court. Oh, certes, je ne me jette toujours pas sur les œuvres de zombies et d’apocalypse, mais depuis la lecture de ce roman, je m’en suis procurés d’autres, certains que j’ai lus – dont Positif de Wellington et la trilogie des Nouveaux temps de Céline Saint-Charle – d’autres qui attendent encore de passer sous mes yeux, et j’ai repris la série The Walking Dead que j’avais mise de côté. Comme quoi, parfois, il suffit de tomber sur la bonne œuvre qui redonne goût à un genre. Alors je maintiens :
Amateur de zombies, de post-apocalyptique ou pas, pour une fois, j’ai envie de vous conseiller ce roman qui casse les codes et qui, plutôt que de surfer sur la vague zombie, va bien plus loin que ça dans la psychologie de l’humanité. Ouais, carrément, l’humanité. Parce que c’est ça le vrai sujet en fait : l’âme (semi)humaine.

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