“Le cauchemar ne fait que commencer.”

Octobre de Søren Sveistrup

Octobre est une lecture de saison qui ravira, sans aucun doute, les amateurs de romans à intrigue complexe, composée de plusieurs histoires qui, forcément, s’entrelacent. Le concept, usé jusqu’à la corde, trouve cependant une forme de nouveau souffle dans ce roman policier, à des années-lumières de ce qui se fait, à mon avis, trop dans la littérature policière. Entrez donc dans l’histoire d’Octobre, le livre qui a donné vie à une série Netflix tout à fait délicieuse !

Début octobre, dans la banlieue de Copenhague, la police découvre le cadavre d’une femme amputée d’une main. À côté du corps, un petit bonhomme fabriqué à partir de marrons et d’allumettes.
Chargés de l’enquête, la jeune inspectrice Naia Thulin et l’inspecteur Mark Hess découvrent vite que cette figurine est porteuse de mystérieuses empreintes : celles de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte.
Thulin et Hess explorent toutes les pistes qui leur révèleraient un lien entre la disparition de la fille de la ministre et la victime à la main coupée. Lorsqu’une autre femme est tuée, selon le même mode opératoire, ils comprennent que le cauchemar ne fait que commencer…

Rendre justice à Octobre ; épineuse mission.
Mon avis était prêt, attendant d’être relu et corrigé, toujours dans l’optique de laisser le moins de coquilles possible, de vérifier le sens des mots, de m’assurer avoir employé la bonne tournure pour exprimer le bon ressenti. Tenter d’imaginer pour chaque phrase, toutes les interprétations que l’on pourrait faire de ce que je raconte : être certaine d’être comprise ; dire les choses tel que je le souhaitais. Je n’arrive jamais à cette perfection, cependant, après avoir laissé mon avis reposer quelques jours, je me retrouve toujours dans mes mots lorsque je les relis. Pas cette fois-ci.
Aujourd’hui, c’est un avis écrit au dernier moment, qui paraît. Un article repris depuis le début, modifié d’abord, puis complètement effacé pour recommencer. C’est un avis qui n’a pas eu droit au repos ni à la relecture habituels, un article fragile et perfectible donc, mais qui ressemble bien plus à mon vrai ressenti. Je prends le risque. C’est un avis qui est simplement là pour dire : lisez ce livre, si ça vous titille, je vous en conjure. Ne vous laissez pas avoir, comme moi, par votre petite voix qui murmure à votre oreille que “peut-être que ça ne va pas te plaire ! Attends encore un peu, veux-tu ?”.

J’ai attendu deux ans, et pour cause, ce livre me faisait peur. Il était plein de promesses, lorsque je l’ai vu à sa sortie. Il avait un fort potentiel et d’ailleurs, toutes les personnes que je connais et qui l’ont lu, l’ont aimé. Seulement, plus un livre est prometteur, plus il fait peur, car la déception est rarement loin, en définitive.
J’ai donc attendu deux ans, et même en ayant pris le temps d’être vraiment certaine que ce livre pouvait me plaire avant de l’acheter, je n’ai pas osé le grand format. Je me suis contentée du format Poche, au cas où. Quels regrets. Le regret d’avoir autant attendu bien sûr, mais surtout celui de n’avoir qu’une édition Poche alors que je suis friande des grands formats, plus encore lorsque le livre me plaît. L’erreur sera réparée, juré !

Octobre, c’est l’histoire d’une enquête singulière. Ce livre a à la fois tout du roman policier, tout ce que l’on est en droit d’attendre de ce genre, et en même temps, il contourne tous les pièges et réinvente les quelques clichés qui subsistes. Octobre, ce n’est pas l’histoire de qui ; c’est l’histoire de quoi, comment, pourquoi. À aucun moment, je me suis dit : allez, c’est bon, je veux savoir, maintenant, qui est le méchant de l’histoire, on a assez tourné en rond ! parce que c’était secondaire, pas sans importance, mais presque. Parce que le roman est suffisamment passionnant, l’intrigue riche, les personnages ciselés, pour que le dénouement ne fasse pas tout, pour que ce ne soit pas lui, la claque, mais tout le reste. Et quoi de plus jouissif qu’un livre qui n’a pas besoin d’une fin qui envoie du lourd pour être extraordinaire ? Quoi de meilleur qu’une histoire qui vit d’elle-même, à son rythme et qui, dès le départ est brillante ? Rien. Rien de plus jouissif ou de meilleur que cela pour moi, moi qui ne mise jamais sur les fins parce que c’est trop facile de faire du médiocre pendant 200 pages puis de quitter le lecteur en lui donnant l’impression d’avoir lu un super livre simplement parce que la fin est bonne. Tout comme il était facile à ce roman et ses plus de 700 pages de m’ennuyer, pour la simple et bonne raison que je connaissais déjà tout, ou presque, de lui.

Ceux qui suivent le blog savent déjà que j’ai vu la série Netflix, adaptation de ce roman, très bonne adaptation d’ailleurs, avant de lire le roman. Ils savent aussi ô combien j’ai aimé cette série (un second visionnage est prévu : oui, à ce point-là).

Le problème lorsqu’on lit un livre avant de voir son adaptation, qu’elle soit un film ou une série, c’est qu’on est très souvent déçu. Les adaptations sont toujours moins fouillées que l’œuvre originale, les personnages jamais travaillés de la même façon, et énormément de choses sont oubliées pour rentrer dans le format. Même les sagas, qui peuvent prendre leur temps, ont droit à leur lot de « dans le livre » c’est comme si ou comme ça. Et dans le livre, c’est forcément mieux.
L’inverse est aussi vrai. Voir une adaptation avant de lire le roman peut être dangereux. D’abord, parce qu’on se fait une idée très précise des personnages, et qu’il est dès lors très difficile de dissocier l’acteur qui joue le rôle du personnage original proposé par l’écrivain, et parfois, les deux ne matchent pas. Et alors, ça ne fonctionne pas.
Un autre risque, c’est celui de s’ennuyer lorsqu’on connaît déjà l’intrigue et que le livre n’apporte rien de plus à l’adaptation (c’est le cas pour Le Bal des folles dans mon cas, puisque je trouve que l’adaptation surpasse largement le livre d’origine.)
C’était donc le risque, avec Octobre : me taper plus de 700 pages pour ne ressentir aucun plaisir à la lecture. C’était sans compter sur le fait que, définitivement, j’adore cette intrigue !

Søren Sveistrup est un écrivain généreux. Il est difficile de trouver des auteurs généreux dans le roman policier, allez savoir pourquoi. Par généreux, j’entends que les intrigues sont riches, qu’elles proposent plusieurs intrigues et qu’elles prennent la liberté de s’éloigner de leur genre de départ pour embrasser le thriller ou le roman noir. Avec le livre, j’ai redécouvert l’intrigue d’Octobre. L’adaptation est très fidèle, jusque dans les dialogues, et pourtant, j’ai eu l’impression de rencontrer chaque détail pour la première fois.
Dans les grandes lignes, Octobre est un roman policier tout ce qu’il y a de plus traditionnel : des cadavres, une signature, une enquête. Dans les faits, il y a plus que cela. Il y a l’histoire des personnages, ambivalents, avec leurs forces et leurs faiblesses. Aucun personnage n’est présent sans histoire : on apprend forcément à un moment ou à un autre, une page de vie, un fait personnel, un destin. Et c’est plaisant d’avoir des personnages construits tout du long, au lieu de ces fantômes qui peuplent parfois les romans, des personnages secondaires qui n’ont aucune valeur parce que rien, absolument rien ne les définit si ce n’est qu’on avait besoin d’eux, à un moment T, pour faire avancer l’intrigue. Et alors, ça fait tout. Ça donne de la profondeur à cette intrigue, de la consistance et un intérêt supplémentaire. Ça rend l’enquête passionnante et le livre hypnotisant.
Et puis il y a un personnage presque inattendu, que l’on oublie bien souvent, mais qui ressort parfois tellement que sa présence embaume toute l’histoire : l’ambiance. Dans notre cas, l’automne. L’ambiance est encore plus présente dans la série, mais forcément, avec les images, il est bien plus simple de montrer l’automne sans ennuyer le spectateur avec des paragraphes de descriptions. Mais tout de même, l’automne et son ambiance sont bien présents dans le livre, ça donne envie de lire au coin du feu emmitouflée dans un plaid et de se laisser aller, totalement. Ce que j’ai fait.

Octobre m’a fait un bien fou. Il m’a rappelé que je suis encore capable de dévorer un roman en deux sessions, de me perdre à l’intérieur et d’oublier ma propre existence. C’est un sentiment tellement agréable, mais si rare, que parfois, j’en oublie le goût. Octobre est brillant, il est un des meilleurs romans policiers que j’aie pu lire, l’un de ceux que, désormais, je vais conseiller lorsqu’on me demandera un avis.

2 commentaires sur « “Le cauchemar ne fait que commencer.” »

  1. Je l’ai lu et adoré en avril et j’ai découvert l’adaptation il y a peu, que j’ai adorée aussi… et pour en revenir à ta chronique, tu es peut-être un peu trop sévère avec toi-même 😉 ! On ressent parfaitement où se situent tous les points forts de cette intrigue, si je ne l’avais pas lu, tu me m’aurais convaincue de le faire 😄😉.

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