Noir, sanglant, et un poil longuet

Le cercueil de Job de Lance Weller

Gallmeister fait sa rentrée et met la barre très haute avec ce roman noir qui nous plonge au cœur de la Guerre de Sécession, et un thème très particulier. Seule véritable ombre au tableau au départ, commun avec d’autres lecteurs avec qui j’ai pu en discuter : le manque de contexte pour qui ne connaît pas l’Histoire américaine, ou mal. Si l’on s’habitue avec le temps, ou que l’on prend le temps d’aller lire un ou deux articles sur Internet parlant de cet événement historique (ce que j’ai fait), au départ, on peut être facilement largué. Cependant, les récits entrelacés de chaque personnage font le job, et l’on apprivoise très vite le contexte.

Alors que la Guerre de Sécession fait rage, Bell Hood, jeune esclave noire en fuite, espère gagner le Nord en s’orientant grâce aux étoiles. Le périple vers la liberté est dangereux, entre chasseurs d’esclaves, combattants des deux armées et autres fugitifs affamés qui croisent sa route. Jeremiah Hoke, quant à lui, participe à l’horrible bataille de Shiloh dans les rangs confédérés, plus par hasard que par conviction. Il en sort mutilé et entame un parcours d’errance, à la recherche d’une improbable rédemption pour les crimes dont il a été le témoin. Deux destinées qui se révèlent liées par un drame originel commun, emblématique d’une Amérique en tumulte.

Les adeptes des intrigues à plusieurs tableaux seront forcément ravis par les choix de Lance Weller, notamment celui de proposer deux intrigues. D’un bord, les esclaves en fuite, de l’autre, Hoke, ancien soldat chez les confédérés. On marche dans la boue ; on nage dans le sang et dans la sueur ; ça put, c’est sale, on est à bout de souffle et à bout de nerf. On côtoie l’injustice et le racisme, la bonté des âmes et les mains tendues, aussi. La lueur au fond des yeux de certains personnages contrebalance la noirceur des cœurs des autres. Ça se vit et se ressent, ça prend à la gorge et aux tripes, et finalement, ça remue, tout ça. Le roman brasse des thèmes noirs et révoltants qui font de cette lecture, une leçon d’Histoire. C’est agréable, au départ.
Seulement, les deux pans de l’histoire ont en commun une construction qui a sûrement joué dans le fait que, contre toute attente, cette lecture a été laborieuse pendant un tiers du temps, puisque toutes les histoires sont basées sur le concept de l’errance. Les personnages déambulent, traversent les mêmes (incroyables) paysages avec une finalité qui semble commune, même si les causes sont bien différentes. En soi Le cercueil de Job est un bon roman. J’ai adoré l’écriture, dévoré des pages entières en me délectant du style, et certaines scènes restent gravées. Les personnages tiennent leur rôle, remplissent les conditions qui font qu’ils nous accompagnent jusqu’à la fin et bien après, mais dans les faits, il m’a manqué du rythme. Là où j’ai eu beaucoup de plaisir au départ, puisque les intrigues restent bonnes et l’écriture très agréable, j’ai ressenti, avec le temps un peu de lassitude. Le dernier tiers du roman relève cependant l’ensemble, un tiers intense que j’ai adoré lire et vivre, une fin marquante avec des destins qui se rejoignent et des explications que l’on attendait.
Voilà, ce n’est pas un mauvais roman. Le cercueil de Job a des arguments indéniables, de très belles choses et l’auteur, un talent certain. Je n’ai en revanche pas adhéré au rythme que j’ai jugé lent, mais je ne vais pas refaire l’histoire, ce n’est pas le rôle d’un lecteur. Lance Weller a choisi un angle d’attaque, une façon de parler de la guerre de Sécession et des esclaves, des faits (in)humains et des destins de personnages : on adhère ou pas.

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