“Tu n’es pas seule à chercher”

Le passager sans visage de Nicolas Beuglet
Série Grace Campbell : tome 2

Nicolas Beuglet signe, avec Le passager sans visage, la seconde (mais non dernière) aventure de son héroïne Grace Campbell, l’inspectrice au sombre destin. Le premier tome, Le dernier message, s’achevait sur l’étrange pièce secrète que le personnage conserve fermée depuis des années et, comme promis, son contenu nous est révélé dans Le passager sans visage. Une suite presque directe donc, qui demande tout de même d’avoir les bases du précédent livre pour la savourer complètement. Digne successeur, Le passager sans visage est à la hauteur du tome précédent, avec les mêmes qualités. Et les mêmes défauts.

« Tu n’es pas seule à chercher »…
Ce mot anonyme laissé sur son paillasson est plus qu’un appel : un électrochoc. Cette fois, l’inspectrice Grace Campbell le sait, elle n’a pas le choix. Elle doit ouvrir la porte blindée du cabinet situé au fond de son appartement. Et accepter de se confronter au secret qui la hante depuis tant d’années…
Des confins de la campagne écossaise aux profondeurs de la Forêt-noire où prend vie le conte le plus glaçant de notre enfance, jamais Grace n’aurait pu imaginer monter dans ce train surgi de nulle part et affronter le Passager sans visage…

Tout démarrait pourtant sous les meilleurs auspices…

J’ai été enchantée par la découverte de ce livre dès réception et pour cause, l’auteur a fait l’effort de préciser qu’il y a effectivement un prédécesseur à ce roman, et en plus, nous avons droit au titre et à un bref résumé. Anecdotique comme remarque, n’est-ce pas ? Pas vraiment.

Il y a un mois encore, je me faisais avoir par un roman que j’ai pris pour un livre indépendant, pour l’unique raison que les auteurs et maisons d’édition trouvent sûrement inutile de préciser si un livre fait partie d’une série ou saga, et pire encore, où le livre se situe dans ladite série ou saga. Peut-être qu’effectivement, c’est un coup de maître : ça oblige le lecteur à se procurer le(s) roman(s) précédent(s), ou bien, comme pour moi, c’est une telle déception que le livre se retrouve fissa dans une boîte à livre ou sur Vinted. On est loin de la bonne idée, donc. Certes, le résumé est très succinct ici, nullement fait pour rafraîchir la mémoire du lecteur qui aurait oublié les détails du roman précédent, mais il est là quand même, et sa présence informe le lecteur qu’il s’agit, bien sûr, d’une série. Le mot « effort » en introduction est un peu exagéré, certes, mais il est surtout, en réalité, ironique, ce livre étant la preuve que ce n’est tout de même pas compliqué de mentionner un précédent tome au début d’un roman faisant partie d’une série. Rien que par respect pour le lecteur qui achète le livre plus de 20 €, c’est incroyable que ce ne soit pas fait systématiquement. Le besoin que j’ai ressenti d’en parler et de trouver cela presque extraordinaire est assez éloquent.
L’histoire commençait donc bien, du moins avais-je un état d’esprit tout à fait disposé à mettre de côté l’interminable Printemps des monstres pour commencer ce nouveau Beuglet. Et puis on est retombé dans les travers du Dernier message, que j’ai beaucoup aimé, oui, mais qui, au départ, laissait présager un roman policier (trop) classique à mon goût, avec les codes (que je ne supporte plus), et l’écriture (un peu trop scolaire – se contentant d’une énumération d’action : le personnage fait ça, il décide d’aller ici, il dit ça, etc. -) typiques des thrillers et policiers français.

C’est vrai, donc, c’est classique. On a des phrases et chapitres courts, une succession d’actions et de phrases qui débutent par « le personnage » ou « Grace » qui fait quelque chose : pas ce que je préfère, du coup. On apprend ce que renferme la pièce secrète de Grace, et puis l’auteur déroule l’enfance tragique de son personnage. Une sombre histoire dont les grandes lignes ont été traitées des centaines de fois, parfois mieux, peut-être ; indéniablement moins bien la plupart du temps. La force de Nicolas Beuglet, à mon avis, n’est pas l’originalité des grandes lignes de ses intrigues, mais l’étendue des petites lignes, des grands sujets qui construisent le roman et le fait qu’il puise son inspiration dans des faits réels un peu moins classiques, eux. Le bémol est donc, pour moi, le fait de devoir attendre que l’intrigue se mette réellement en place et que l’auteur lâche les fauves. En soi, et pour la plupart des lecteurs, ce n’est pas un problème. Pour moi, c’est un peu plus difficile, car j’aime être plongée dans l’histoire dès les premières pages.

Et puis une fois que c’est parti, et bien, c’est vraiment chouette. J’ai finalement dévoré ce roman dont les thèmes et la seconde moitié m’ont convaincue et donné envie de lire la suite. Il y a donc vraiment quelque chose chez Nicolas Beuglet qui me plaît. La façon qu’il a de traiter de vrais sujets et faits, et de les intégrer dans ses histoires n’y est pas pour rien. Autant, j’apprécie très peu les livres qui s’inspirent de faits réels parce que je trouve le procédé un peu facile quand on se contente de relater les faits d’une affaire, d’un domaine, ou d’un sujet, autant, j’apprécie la façon qu’a Beuglet de soulever de vrais thèmes et problématiques modernes, le tout romancé et totalement incrusté dans des intrigues fictives. Autre bon point pour ce second tome, il ne se contente absolument pas de reprendre la recette du premier. Si Le dernier message était tourné policier, celui-ci est tourné thriller. La construction n’est absolument pas la même, le but non plus. Le passager sans visage se concentre sur l’histoire de son personnage principal, et c’est finalement ce que j’attendais de lui.
En définitive, il se lit très bien. Alors même qu’il possède certaines caractéristiques que je fuis désormais, il arrive tout de même à me convaincre, l’auteur réussissant, lui, à m’embarquer dans son imaginaire et dans son univers jusqu’à me faire voir ses scènes. Comme je l’espérais, la seconde partie du roman révèle tout l’intérêt de l’intrigue et c’est avec un certain enthousiasme et une hâte que je lirai la suite, puisque suite il y aura étant donné la fin de ce second tome. La recette fonctionne avec moi, malgré tout, et tant mieux !

2 réflexions sur ““Tu n’es pas seule à chercher”

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