“Il y a des ténèbres qu’aucun soleil ne peut dissiper” : vraiment ?

La chasse de Bernard Minier

De Bernard Minier, j’avais beaucoup aimé La vallée, précédent roman de l’auteur, faisant partie de la série Servaz. J’ai tenté de reprendre l’intrigue dans le bon sens, en repartant du début avec Glacé, roman qui ne m’a tellement pas convaincue que je l’ai abandonné. Persuadée que j’avais apprécié La vallée car plus moderne dans le style, je me suis procuré La chasse, et le bilan est très mitigé.
La chasse est un roman policier qui ravira les lecteurs amateurs du genre, mais pour ma part, j’apprécie le polar lorsqu’il sort des cases, tant au niveau de l’intrigue que des personnages. Force est de constater que je trouve les romans de Bernard Minier très classiques et donc, peu convaincants, en particulier celui-ci que j’ai lu jusqu’au bout pour la forme et en diagonale pour le dernier (long) quart, parce que 22€ quand même.
Comment est-on passé d’un enthousiasme certain après La vallée, à un avis négatif ?

Sous le halo de la pleine lune, un cerf surgit de la forêt. L’animal a des yeux humains. Ce n’est pas une bête sauvage qui a été chassée dans les forêts de l’Ariège…
Dans ce thriller implacable au final renversant, Bernard Minier s’empare des dérives de notre époque. Manipulations, violences, règlements de comptes, un roman d’une actualité brûlante sur les sentiers de la peur.
Une enquête où Martin Servaz joue son honneur autant que sa peau.

Avec du recul, La vallée avait tous les arguments d’un premier roman : une ambiance que j’avais beaucoup appréciée, des personnages qui semblaient avoir des histoires plus complètes qu’il n’y paraissait, un cadre d’intrigue original, et ce petit quelque chose, sorte de potentiel, qui promettait une suite captivante. La vallée était mon premier roman de l’auteur, il était donc probablement normal que j’imagine une puissance allant crescendo puisque je n’avais aucun recul sur les personnages, l’intrigue et l’auteur. Mon erreur a été de confondre premier roman et première lecture, puisque La vallée n’est absolument pas un premier roman (et je le savais !), et compte tenu des passifs qui semblaient entourer les personnages, j’aurais même dû être perdue. Or, je ne l’ai pas été pour la simple et bonne raison qu’en réalité, les personnages ne sont pas du tout gratté. C’est avec La chasse que je m’en suis rendu compte, lorsque le flou autour des personnages s’est poursuivi, l’auteur se contentant, comme pour La vallée, de mentionner ses romans précédents dans les notes pour rappeler que les personnages avaient vécu des choses. Jamais, dans ces deux romans, leur histoire n’a été réellement étoffée. Le fait que les personnages soient si peu fouillés dans ces deux romans-ci, ne me donne pas envie de découvrir le reste : si c’est ainsi que Bernard Minier construit ses personnages, je ne suis pas du tout emballée. Et ça, c’est un sacré problème lorsque pour un lecteur l’histoire des personnages compte autant que l’intrigue-même du roman.
Cette dernière aurait d’ailleurs pu rattraper le tout, or La chasse est, pour moi, atteint du syndrome du roman policier, ou plus communément appelé le “quand tu en as lu un, tu les as tous lus”. La chasse est un roman policier qui se lit les pieds en éventail, et jamais je ne me suis réellement sentie concernée ou impliquée dans l’enquête. La faute, sûrement, à la procédure et aux clichés du genre qui remplissent ce bouquin : les problèmes avec la hiérarchie ; les journalistes fouille-merde ; la femme flic qui est obligé de sortir du lot pour exister ; le coupable que l’on connaît très tôt ; les flics véreux ; le nouveau de l’équipe sorti premier de sa promotion dont on connaît le destin quasiment dès le départ puisqu’on met l’accent sur le fait que « oh bah, c’est bien bizarre que vous ayez choisi ce commissariat alors que vous aviez le choix ! », « oh bah, d’habitude, les bleus ne choisissent pas leur équipe ! » Mais celui-là, oui ! Quel suspense, brrr ; le schéma de résolution de l’enquête vu un milliard de fois ; les clins d’œil (insupportables) aux copains auteurs ; les mobiles tirés par les cheveux, et je passe sur les personnages caricaturaux. Si le tout fonctionne dans l’ensemble, bah dans les faits ça sent le réchauffé.

Ce qui sent un peu moins le réchauffé, parce que je ne l’avais pas encore jamais croisé, Dieu merci, c’est le fait que l’auteur ait inclus la crise sanitaire actuelle dans son roman. Et comment vous dire ? Lui aurait-on reproché s’il ne l’avait pas inclus uniquement parce que l’intrigue se déroule en 2020 ? Étant donné son inutilité : clairement non. Je dois tout de même souligner que ne suis pas éprise des œuvres qui incluent forcément la réalité à la fiction lorsque cette dernière n’est pas du tout le sujet, rebondissant sur celle-ci et parfois même, l’utilisant à mauvais escient ou pour racoler.
La plupart du temps, je lis pour m’évader, oublier certaines choses, et franchement, la Covid, je veux l’oublier et non pas retrouver ce contexte hyper anxiogène dans les romans. Mon métier me force à être en contact avec les gens depuis un an et demi, à respecter les gestes barrières (dont le port du masque parfois pendant 9 h), à être vigilante et surtout, à vivre au quotidien avec le virus qui circule potentiellement autour de moi et la peur de choper cette sale bête. Autant dire que retrouver des personnages masqués, replonger dans le confinement et dans le couvre-feu m’a franchement gonflée. Alors on pourrait croire que tout cela apporte quelque chose à l’intrigue et que l’auteur a construit son enquête dans ce contexte précisément, mais non. Ça n’apporte rien du tout : l’enquête n’a pas besoin du contexte sanitaire désastreux pour avancer, et j’ai tout simplement détesté ça pour la simple et bonne raison que la façon dont il est mentionné semble forcé et intégré à une intrigue qui n’en avait pas besoin.

Vous vous dîtes sûrement que je n’ai rien apprécié dans ce livre. C’est vrai, il y a très peu de choses que j’ai aimées dans ce livre : l’écriture tient la route, les dialogues sont sympas. Voilà. En réalité, je me suis ennuyée du début à la fin. C’est fait, refait, vu et revu, le roman tient la route, mais rien ne surprend vu qu’il ne fait aucune embardée. Le tout est lisse, plat et trop facile : une ligne droite que l’on suit mollement et un peu blasé. Bernard Minier et moi allons nous séparer ici, comme quelques auteurs de policier/thriller français (les fameux copains mentionnés dans le roman en plus ^^) qui, définitivement, ne réussissent pas à me convaincre.

4 commentaires sur « “Il y a des ténèbres qu’aucun soleil ne peut dissiper” : vraiment ? »

  1. J’ai justement lu « Glacé » la semaine passée. Je ne sais pas comment j’ai réussi à le finir ; Servaz est un homme en rut, et sinon il est divorcé et a une fille. C’est tout ce que je retiens de ce personnage. Du livre : sexisme (les descriptions faites des femmes, même quand elles n’apportent rien… pff), coupable(s) deviné(s) dès qu’on le(s) rencontre, écriture banale… La seule chose que je voulais donc savoir était « pourquoi? », qui s’est vite laissé sous-entendre pour être confirmé dans la dernière partie du roman. Déjà que ça ne me donnait pas envie de lire d’autres romans de Minier, mais avec ce que je lis de ton article, pour sûr, je n’en lirais pas d’autres !

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