“Juste quand vous croyez avoir vu ce qu’il y a de pire, quelqu’un débarque et pousse le vice un peu plus loin”

Mauvaise étoile de R. J. Ellory

Mauvaise étoile est l’un des meilleurs livres que j’ai pu lire de ma vie, et en parler est un vrai calvaire. Bienvenue en enfer, la noirceur n’a jamais aussi bien porté son nom.

Texas, 1964. Après l’assassinat de leur mère, Elliott et Clarence passent de maisons de correction en établissements pénitentiaires pour mineurs. Le jour où Earl Sheridan les prend en otages, les deux adolescents se trouvent embarqués dans un périple meurtrier. Alors que Sheridan sème la terreur sur leur route, une sanglante et terrible partie se met en place entre les trois protagonistes.

Il est 22 h et des poussières lorsque je finis ce roman, que je n’ai pas pu me résoudre à garder un jour de plus. Me sachant indisponible le lendemain après-midi du jour où je l’ai fini, je m’étais dit que les quelque trente dernières pages qu’il me resterait seraient parfaites pour le lendemain matin. Impossible. Alors que je tentais de me concentrer sur ce que j’avais décidé de visionner ce soir-là, je lorgnais ce roman que j’avais posé près de moi. Je me suis autorisée à lire quelques lignes histoire de couper court à l’envie ; le chapitre que j’allais commencer n’avait que trois pages, cela ferait l’affaire. Il n’en fut rien. Je n’ai refermé ce livre qu’en atteignant la page des remerciements, laissant échapper un « putain de merde » qui n’était pas sorti depuis longtemps, et pour cause, je le garde pour les grandes occasions. Et il se trouve que Mauvaise étoile est une grande occasion.

Le topo est simple. Deux demi-frères orphelins, Clay et Digger, sont envoyés en maison de correction à Hesperia, là où un condamné à mort et ceux qui le conduisent vont faire escale, pris dans une tempête. Le condamné en question, c’est Earl Sheridan, un fou furieux qui va faire un massacre dans l’établissement, prendre les deux frères en otages, et s’évader. Si Clay, le plus jeune, est terrorisé par Earl et compte bien s’échapper le plus vite possible, son demi-frère, lui, développe un respect et une admiration morbides pour Earl qui va révéler la vraie nature de l’adolescent. En découlent des meurtres atroces, une enquête mouvementée, une course-poursuite haletante, une histoire d’amour, plusieurs destins suivis par une mauvaise étoile, et beaucoup, beaucoup de noirceur.
Je ne parlerais pas plus de l’intrigue dans ce qu’elle comporte concrètement, et je me contenterais plutôt de rabâcher que R. J. Ellory est le maître des intrigues noires très riches. Il est, à mon sens, l’un des auteurs les plus généreux, si ce n’est le plus généreux que j’ai découvert. Mauvaise étoile mérite ses 535 pages, en grand format, à petite police d’écriture. Contrairement au Carnaval des ombres dont j’ai parlé très récemment, il n’y a absolument rien à enlever dans ce roman-ci, rien n’est en trop ou injustifié. Les intrigues de chaque personnage et/ou groupe de personnages – les flics, Clay, Digger, et tous les personnages plus secondaires – se complètent, s’imbriquent parfaitement, forment un tout très complet et harmonieux.

Mais que serait Mauvaise étoile sans son personnage diaboliquement noir, Digger ? C’est avec lui que je vais achever la rédaction de cet avis, lui, qui m’a tant secouée, à la limite parfois de me déranger. Certes, Clay est un personnage très fort, qui équilibre l’intrigue, apportant avec lui une certaine humanité et de la légèreté – et on en a franchement besoin : c’est une nécessité dans ce roman -, mais Digger a été l’un des personnages les plus marquants que j’ai pu rencontrer, tous romans confondus. La noirceur, c’est mon truc. Les personnages ambivalents, voire totalement sombres, j’adore ça, ils me parlent énormément, et ceux de Jax Miller sont sûrement mes préférés. Mais Digger, les amis, ce personnage-là, c’est un cas vraiment à part. Digger ne connaît pas l’ambivalence, il ne connaît que la folie, la violence et le sang, sans états d’âme, sans regrets, et très souvent, sans raison apparente. Quand on pense commencer à le saisir, il nous file entre les doigts comme une anguille, et on le voit s’acharner, tuer, violenter, et c’est dur, et c’est noir, et jamais ça ne s’arrête. Sa folie et sa soif de sang remplissent les pages, car Ellory réussit le formidable exploit de nous faire passer de l’autre côté, du côté du tueur sans jamais que ce soit trop : on ne fait pas dans le sensationnel ou l’insoutenable (tant qu’on adhère au genre bien sûr). Et il nous ballote, entre le bien et le mal, nous faisant découvrir les vies paisibles des victimes et le destin tragique et effroyable auquel ils sont tous confrontés. Le lecteur assiste impuissant au déroulement de l’intrigue et de l’enquête, respire en prenant une bouffée de Clay qui est un personnage très lumineux et attendrissant – à sa façon -, pour replonger la tête la première dans la violence. Et quand ce n’est pas Digger qui nous entraîne dans sa folie, c’est l’enquête qui prend le relais, une enquête très bien construite je trouve d’ailleurs.
En somme, quoiqu’il se passe dans ce roman, le lecteur est toujours au premier rang, impliqué, presque pris comme témoin. Le résultat est on ne peut plus convaincant, un très très grand roman sombre, réunissant plusieurs genres de littérature noire, comme j’en ai rarement lu.

“Au bout du compte, on va crever. C’est la seul chose qu’on ait en commun. On est tous égaux à cet égard.”

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