“Pour accomplir de grandes choses, il faut vivre comme si l’on ne devait jamais mourir”

Memento Mori : Des nouvelles de la mort de Patrice Quélard

On dit souvent qu’un recueil de nouvelles est un bon moyen de découvrir un auteur. Bien sûr, Patrice Quélard maîtrise l’art de la nouvelle, avec grand talent d’ailleurs, mais le réduire à être découvert par le biais d’un seul recueil est un peu injuste. Certes, Memento Mori est un petit bijou de recueil, mais Patrice Quélard est bien plus grand que ça, et l’on ne le connaît jamais vraiment totalement en se contentant d’un roman ou d’un recueil. Tout cela pour en venir au fait : Quélard est un auteur qui surprend et que l’on ne trouve pas forcément là où on l’attend.

“Pour accomplir de grandes choses, il faut vivre comme si l’on ne devait jamais mourir”, disait le marquis de Vauvenargues. Et pourtant, il conviendrait de ne pas l’oublier non plus, qu’on devra tous y passer. D’ailleurs, la Faucheuse n’est-elle pas venue se rappeler au bon souvenir de l’auteur de ce brillant aphorisme à l’âge vénérable de… trente-et-un ans ?Afin de ne pas nous laisser aller à une funeste amnésie, la Mort vient donc nous donner de ses nouvelles !Dans ce recueil de dix textes, vous rencontrerez un gladiateur au faîte de sa gloire qui se sent invincible, un alchimiste qui recherche la panacée, un chasseur occulte confronté à la tentation interdite, un homme aigri que sauve un étrange vieillard collectionneur, un aviateur qui échappe miraculeusement à la mort, mais doit en payer le prix, et bien d’autres histoires sur lesquelles plane l’ombre de la Camarde.

Auteur de romans historiques talentueux, c’est ainsi que j’ai découvert cet écrivain, et que je l’ai longtemps considéré. Or, ce n’est pas totalement vrai. C’est avec le recueil Oppressions : from present to future, que je n’ai pas encore lu justement à cause de ce qu’ils sous-entend : des nouvelles se déroulant dans le futur (je ne suis pas friande de l’époque), que j’ai réalisé que Patrice Quélard n’était pas un auteur comme les autres, que l’on range délicatement dans une case.
Memento Mori, outre le fait qu’il parle de la mort avec une certaine poésie et beaucoup d’originalité, montre l’étendue du talent de Patrice Quélard, qui me parle de dragon (ma nouvelle préférée) avec autant de passion qu’il m’a parlé de la Première Guerre mondiale. Parce que chez Quélard, il y a toujours ce petit côté « éducatif », cette envie (et peut-être ce besoin) de faire grandir le lecteur en lui apportant quelque chose en plus de l’histoire, des personnages et de l’écriture, quelque chose qui se rapproche de la connaissance. C’est fondamentalement ça que j’aime chez cet auteur, cette sensation de sortie grandie de mes lectures, ce sentiment qu’en plus de vivre des aventures folles, je ne ressors pas totalement de la même façon que je suis entrée. C’est une générosité rare, que l’on ne retrouve pas dans tous les romans ou qui n’est pas toujours proposée avec brio. Des romans dans lesquels les auteurs étalent leur science de façon un peu condescendante, on en a tous (trop) lus, et je peux assurer que ce n’est pas du tout le cas de Patrice Quélard.

Ce recueil est un trésor. On l’ouvre en se méfiant peut-être un peu, la mort n’était pas un sujet hyper joyeux, mais chaque pierre précieuse qui le compose est une merveille à sa façon. On côtoie des personnages et des intrigues aussi noirs les uns que les autres ; on flirte avec l’impensable, le non-mais-c’est-pas-possible ; mais la vie plane en définitive autant que la mort. Au-delà de ça, chaque nouvelle m’a fait voyager dans un univers différent, et c’est bien cela qui me bluffe. La diversité de ce recueil (et je ne parle même pas de la bibliographie générale de l’auteur) dont les nouvelles ont été écrites de la main d’un seul auteur capable de varier les genres en gardant une certaine harmonie. Loin de s’éparpiller, Patrice Quélard a réussi à unifier et à lier des intrigues qui, au départ, n’avaient pas forcément, dans leur genre, quoi que ce soit à voir les unes avec les autres. Le résultat est très plaisant.
Bref, toutes les raisons sont bonnes pour lire ce recueil, que cela soit pour découvrir l’auteur, être transporté dans différents tableaux tous aussi différents que surprenants, ou apprendre des choses. Quoi que l’on cherche, il se peut qu’on le trouve dans Memento Mori.

On soulignera évidemment la magnifique couverture de Brian Merrant, qui est aussi le graphiste du blog. Vous pouvez retrouver son travail sur Facebook et son site internet.

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