“– Vous avez niqué la fantasy ! On va déclaper votre monde de fiente !!!!”

Le jour où l’humanité a niqué la Fantasy de Karim Berrouka

Il y a deux types d’humour. Celui auquel on adhère, et l’autre. Lorsque j’apprécie l’humour de quelqu’un, je suis ce qu’on appelle une personne bon public. L’humour, c’est un état d’esprit, un personnage, c’est une personne qui dégage quelque chose qui me plaît. Dès lors, tout, ou presque tout, peut me faire rire lorsque ça vient d’une personne à laquelle j’adhère. J’apprécie l’absurdité et les tergiversations d’Arnaud Tsamère qui relèvent du génie tant le concept est poussé ; l’humour noir et cinglant, prétexte pour parler de sujet hyper sérieux de Jérémy Ferrari, ou l’humour très personnel et particulier de Paul Mirabel.
En littérature, c’est pareil. Il me faut un argument, une vraie personnalité, un univers, et une écriture. En littérature, j’apprécie l’humour intelligent de Guillaume Lecler, l’humour décalé et les dialogues hilarants de Guillaume Carbonneaux, et Karim Berrouka, qui pourtant cette fois-ci, ne m’a pas convaincue grâce à l’argument humour.

Au départ il y a un lutin d’un bon mètre quatre-vingt qui hurle « Vous avez niqué la fantasy ! » alors qu’il retient en otage plusieurs personnes dans une bibliothèque.
Et puis il y a le coup d’un soir d’Olga qui se met à déconner et à foutre le feu à son appartement avec son sexe avant de prendre un gros coup, du genre définitif, sur la tête. Et il y a aussi les trois punks Jex, Skrook et Pils qui doivent jouer au Festival du Gouffre tandis qu’il se passe de drôles de trucs dans la forêt d’à côté, avec des fées monstrueuses et un trou béant dans la terre.

Fraîchement sorti, Le jour où l’humanité a niqué la fantasy n’est pas resté bien longtemps au chaud, attendant patiemment son heure. Difficile de résister à l’humour efficace de cet auteur (et chanteur) qui, dès les premières pages, agrippe, pour peu que l’on soit réceptif à l’univers de Karim Berrouka et à son écriture. Ce livre, c’est un mélange de personnages aussi décalés que timbrés, naïfs et drôles, un peu à côté de la plaque parfois ; un livre avec des gros mots et des situations cocasses, de l’esprit, de la finesse, du punk et une intelligence indéniable dans l’écriture.
Car outre le fait que Le jour où l’humanité a niqué la fantasy est humoristique, il est aussi bien écrit, et ça, ça change pas mal de choses. Si je me réfère à mes expériences avec l’humour en littérature et si on enlève tout ce que j’ai apprécié, j’ai chaque fois vu un peu la même chose. Des gags forcés qui passeraient sûrement bien en sketchs, mais qui à l’écrit ne passe pas du tout ; l’abus de tournure de phrases censées être drôles (et qui ne le sont du coup pas), et des écritures fragiles et bancales, dignes d’un collégien parfois bon élève, mais qui manquent de maturité. En somme, de l’humour facile, dont je ne suis pas friande, façon podcast sur les profs, maintes fois vu et revu.

Karim Berrouka, avant l’humour peut-être, c’est une écriture, une intelligence, un écrivain capable, je pense, de rendre toute situation drôle, qui n’a pas peur de ridiculiser ses personnages, mais qui tient à ce que ces derniers soient attendrissants. Ils font rire, parfois à leur dépens, mais jamais on ne tombe dans la moquerie gratuite et méchante qui met mal à l’aise ou fait regretter de rire à une blague dont le fond est discutable.
L’écriture y est mature, travaillée et aboutie, et si j’ai pris beaucoup de plaisir à rire, j’ai autant pris de plaisir à lire. Et peut-être même plus à lire qu’à rire.

Poste de communication mobile, installé en quelques minutes au bout de l’allée des Rossignols, à une centaine de mètres de la bibliothèque Léo Henry.
Une voix rendue un peu crachotante par la pauvre qualité du haut-parleur emplit l’espace réduit, faisant bondir la seule des trois personnes présentes à ne pas être assise devant un écran.
– Vous avez niqué la fantasy ! On va déclaper votre monde de fiente !!!!
Le type que ce message doux et courtois a fait sursauter est colonel. Il vient de débarquer, tiré d’un déjeuner d’affaires par une actualité qui n’a guère de considération pour son agenda. Encore moins pour son dessert. Son nom : Emmanuel-André Forqueray. Il n’est pas beau, il a une tête de fouine et une casquette de dictateur chilien. On ne s’attardera pas plus longtemps sur sa description, ses états d’âme, sa vie de parasite et son absence de passions nobles. C’est un con. Et il est attendu sous peu au Walhalla des têtes de nœuds.

Si j’avais adoré Le club des Punks contre l’Apocalypse zombie parce qu’il m’avait fait mourir de rire, sans être négatif ce n’est pas totalement le cas du Jour où l’humanité a niqué la fantasy. Autant certaines scènes hilarantes du premier me font toujours rire à pleurer, autant je n’ai que rarement rie à proprement parler dans Le jour où l’humanité a niqué la fantasy. J’ai souri, pouffé, ri du nez, mais rarement aux éclats. Loin de moi l’idée de dire le contraire : je trouve Karim Berrouka vraiment très drôle lorsqu’il tourne en dérision ses personnages, les punks principalement à cause du décalage entre le concept du punk et l’histoire, mais aussi grâce aux dialogues délicieux. Cependant, s’il reste drôle dans ce roman, j’ai été bien plus marquée par la richesse de l’intrigue, la qualité de l’écriture (malgré quelques coquilles), le déroulé de l’histoire ainsi que son dénouement, que par l’humour, que je connaissais de toute façon déjà.
Le jour où l’humanité a niqué la fantasy se lit pour son côté décalé et drôle, mais vraiment pas que pour ça. Tout ce qui gravite autour de ce point central, si riche et maîtrisé, vient presque flouter, parfois, le côté comique de l’histoire que j’ai pris très au sérieux. Il n’est donc pas question de dire que ce livre n’est pas drôle et que je suis déçue, mais au contraire de dire que j’ai trouvé de très agréables choses auxquelles je ne m’attendais pas forcément, en plus de l’humour de l’auteur. Un livre qui se lit vite, mais bien, qui se savoure et qui en plus détend, divertie et fait rire. Un auteur à découvrir pour la richesse de ce qu’il propose et que l’on ne voit, je pense, nulle part ailleurs.

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