“Qui s’inspire de ses prédécesseurs pour leur rendre un funèbre hommage ?”

Les assassins de R. J. Ellory

Ah ! les romans policiers et moi… une histoire de désamour. Une histoire de passion pour le métier et les enquêtes, et de désillusions parce que tous les romans policiers, ou presque, sont construits, montés et achevés de la même façon, avec les mêmes types de personnages, les mêmes coupables, les mêmes victimes. Autant je suis capable de regarder une série policière en trouvant des similitudes entre les épisodes et des facilités dans le scénario sans trop râler, autant avec les romans, j’ai du mal. C’est pour cela que je ne lis quasiment plus de romans policiers, et que j’ai tordu le nez en réceptionnant les huit romans que j’ai commandés de R. J. Ellory, dont plus de la moitié appartient au genre polar. Et quand j’ai découvert Les assassins, j’étais autant curieuse que furieuse de retrouver, a priori, tout ce que je déteste dans le policier, des ingrédients au goût de réchauffer.

New York, 2006. Quatre homicides sont commis en quinze jours, selon des modes opératoires très différents. Seul John Costello, documentaliste inépuisable sur les tueurs en série, voit un lien entre eux. Il a en effet découvert que chacun des meurtres a été perpétré à une date anniversaire, celle d’un célèbre crime exécuté par un serial killer, d’après une procédure rigoureusement identique. Épaulé par Ray Irving, détective au NYPD, et Karen Langley, journaliste au City Herald, John va se livrer à la traque de cet assassin très particulier.

Alors on s’attend peut-être à ce que je dégomme violemment Les assassins, avec tout le recul dont je ne sais parfois pas faire preuve lorsqu’il s’agit de roman policier, mais non, pas cette fois. Non, je ne vais pas balayer mes principes de bienveillance, me transformer en boule de colère et déverser ma bile sur ce roman, pour la simple et bonne raison que mon avis est globalement positif, si bien que même avec une gastro qui m’a déchiré le ventre, j’ai trouvé le moyen de grappiller quelques pages ici et là. Une fois complètement remise, ou presque, j’ai fini ce roman d’une traite – avant de commencer un autre roman de l’auteur 😇.
Oui, dans sa globalité, Les assassins n’a rien de révolutionnaire. L’auteur a souhaité traiter les tueurs en série comme des dizaines d’auteurs avant lui, et j’aurais du mal à lui reprocher tant le serial killer peut être incroyable et même fascinant. Afin de traiter ce thème mainte fois vu et revu, R. J. Ellory a choisi de mettre en scène un copycat, un tueur qui reproduit les méfaits de plusieurs meurtriers. L’unique personnage qui va faire le lien entre tous ces meurtres aux modes opératoires très différents puisqu’ils n’ont, au départ, rien en commun, – si ce n’est qu’ils émanent d’un même tueur qui s’inspire d’autres avant lui -, est un rescapé d’un tueur en série, John Costello, reconverti en enquêteur pour le compte de Karen Langley, une journaliste spécialisée dans le fait divers. Les compétences des différents acteurs de ce roman donnent un mélange explosif et pourtant l’enquête va ramer pendant très longtemps.

C’est peut-être ce qui fait le charme de ce roman ; la lenteur avec laquelle l’auteur déroule son intrigue. Le procédé n’est pas un de mes préférés, et pourtant cela a très bien fonctionné ici, sûrement parce que les personnages ont de l’épaisseur qui raconte réellement quelque chose. Loin des artifices usuels que trop d’auteurs utilisent pour habiller leurs personnages et leur donner un semblant de consistance factice, R. J. Ellory a réussi à rendre ses personnages surprenants, et ce n’était pas gagné d’avance, d’autant que je n’apprécie guère l’utilisation des journalistes plus malins que tout le monde, et surtout que la police, en mode moi-je-sais-tout, moi-je-vais-résoudre-ton-enquête. À part faire passer la police pour des blaireaux, je trouve que l’utilisation de ce procédé, la plupart du temps, est injustifiée ou mal utilisée.
Dans le cas des Assassins, elle aurait pu créer une distance entre le roman et moi dès le départ, et pourtant j’ai pour une fois trouvé l’emploi du journaliste dans un roman policier légitime et fondé. John Costello est un personnage fascinant qui aurait même mérité un rôle principal tant sa psychologie peut être intéressante. Loin d’être cependant relégué au second plan, John joue un rôle capital dans le livre, autant pour l’enquête que le rythme de ce dernier. Indéniablement, le rescapé de tueur en série apporte une fraicheur au thème général du bouquin, mais aussi à la construction du roman et à l’utilisation du duo police/journaliste. Et bien sûr, le personnage principal est, comme d’habitude, délicieusement noir.

Une nouvelle fois donc R. J. Ellory a réussi là où plein d’autres ont échoué avec moi, probablement parce qu’il sait me parler et que ses personnages ambivalents sont un argument solide pour moi. Certains lecteurs s’ennuieront à la lecture de ce roman policier, c’est une certitude, et il faut bien admettre que l’auteur prend vraiment son temps. Mais prendre son temps est parfois une bonne chose, même pour un lecteur avide de rythme et de suspense, et permet de savourer l’instant présent.
En ce qui me concerne je pense avoir trouvé un auteur qui me correspond, même si je préfère ses romans plus orientés thriller et roman noir. D’ailleurs, est en cours de lecture Mauvaise étoile, qui, a priori, n’est pas du tout un roman policier. Vous n’avez pas fini d’entendre parler de l’auteur sur le blog ^^

7 commentaires sur « “Qui s’inspire de ses prédécesseurs pour leur rendre un funèbre hommage ?” »

          1. Alors mon préféré de tous, ça reste « le client ». Évidemment, je l’ai lu il y a très longtemps et je ne sais pas s’il a bien vieilli, mais j’avais adoré et, au pire, il y a l’adaptation ciné avec Susan Sarandon qui est magnifique… (mais qui a aussi un peu vieilli 😏 … comme moi, quoi 😂)

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