“Et bientôt la nuit des malédictions envahit le rose des rêveries romantiques”

Les inconsolés de Minh Tran Huy

Drame romantique ? Thriller sentimental ? Roman à l’eau de rose mais à la noirceur implacable ? Difficile de qualifier ce roman hors norme, hors tout, bien loin de ce que je lis et apprécie d’habitude, et qui pourtant a réussi le pari fou de me faire aimer une histoire d’amour partiellement romanesque. Aujourd’hui, on plonge dans la littérature blanche, teintée de drame, pour explorer un roman d’une incroyable justesse dans le scénario et l’écriture, une littérature blanche comme je l’apprécie et comme je la croise trop rarement à mon goût. Mais avant de donner mon avis, je vous invite à lire celui de Pamolico qui, une nouvelle fois, est à l’origine de mon achat et de la lecture de ce livre.

Entre Lise et Louis, la rencontre produit des étincelles dignes des romans et des films que la jeune fille, rétive aux renoncements de l’âge adulte, confond parfois avec la vie. Leur histoire – le premier amour – se déroule tel un conte. Mais comme dans un conte, elle est rapidement minée par la petite musique de l’enfance mal aimée, le refrain des rapprochements impossibles, des différences infranchissables. Et bientôt la nuit des malédictions envahit le rose des rêveries romantiques.

Les inconsolés est avant tout un roman qui se distingue par la poésie qu’il dégage et cette écriture féminine, audacieuse et, cocorico !, française, qui déroule avec beauté une histoire d’amour teintée de noirceur. L’on suit principalement la vie de l’héroïne, Lise, aimée, désaimée, haïe, redoutée, parfois même jalousée. Une jeune femme que l’on rencontre très jeune et qui va servir les propos de son auteure, faisant baigner le lecteur dans un milieu familial hostile où le désamour n’a d’égal que le rabaissement. On y côtoie aussi les apparences, parfois trompeuses, les mensonges et les secrets qui façonnent un couple, une famille et une histoire, souvent à mille lieues de la vérité. L’on assiste, impuissant, à l’évolution d’une jeune femme qui a grandi dans l’ombre d’une autre, convaincue d’être détestée par ceux censés l’aimer plus que tout au monde, convaincue de n’être jamais à la hauteur, convaincue qu’elle ne le sera sûrement jamais malgré ses efforts épuisants. Cette absence d’amour, et a contrario la présence de haine, de rancœur et de reproches, aux yeux de Lise, feront des histoires d’amour qu’elle vit dans les romans et les films un idéal inaccessible, un rêve dont elle ne se pense pas légitime.
Puis Lise rencontre Louis, le beau Louis, le riche Louis, le parfait prince charmant qui fait vaciller son cœur, parfait en apparence, à l’image de l’histoire d’amour qui découle de la rencontre improbable entre deux êtres qui n’étaient pas censés se rencontrer. Un conte de fée version réalité, dont l’intensité va éclabousser les principaux protagonistes et fissurer leur vie. Et alors, les étincelles et les étoiles qui illuminaient le roman sont assombries par les nuages, gris d’abord, puis définitivement noirs ensuite. Une histoire d’amour tragique, belle et puissante, avec ses grands bonheurs et ses déconvenues, et tous les ingrédients qui composent la recette de la première histoire d’amour, la seule, l’unique, celle qui continue de vivre toute une vie.
À travers ce roman, Minh Tran Huy nous parle d’amour dans ce que le sujet a de plus vaste. De l’amour maternel au couple, en passant par l’amour de soi et l’amour fraternel, et surtout de leurs opposés : la haine et le désamour. C’est ce qui se rend ce roman fort et puissant, captivant, cette façon dont l’autrice jongle entre les opposés et assombrie le conte pour le rendre plus réaliste. Lise est un personnage naïf qui fait aussi parfois preuve d’une éclatante lucidité, tout dépend les sujets, et tout dépend de ce qu’elle attend. Car comme tout être humain, Lise ne voit et n’admet que ce qu’elle souhaite, s’illusionne et garde espoir quand il n’y a ni lueur, ni éclat, et à l’inverse assombrit le tableau qui pourtant était rayonnant.

Les inconsolés est un roman d’amour, tragique et dramatique, qui tient sa force dans ses personnages aussi adorables que détestable, mais surtout dans son écriture. Il est typiquement le genre de roman que j’apprécie d’engloutir un dimanche, bien au chaud sous un plaid, un roman qui me pousse à me laisser aller, me détend de son écriture chantante aux notes douces et mélodieuses, tout en réussissant à me déchirer le cœur, car telles sont les histoires d’amour que j’aime en littérature : celles qui finissent mal.

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