« Parfois, on sait simplement (…), une intuition, un sixième sens, appelez ça comme vous voulez, mais parfois on sait »

Papillon de nuit de R. J. Ellory

Pour le trois-centième article du blog, je voulais faire quelque chose de spécial. Marquer le coup. Du moins, faire quelque chose qui me marque, car pour le blog, cette chronique ne va rien changer. Pour moi, cela veut dire que j’ai enfin réussi à relire R. J. Ellory. Il faut remonter un peu le temps pour comprendre que ce n’était pas forcément dans mes projets.
En octobre 2017, je découvrais l’auteur avec son roman Seul le silence, adulé par beaucoup, que l’on m’avait énormément conseillé. Et comme très souvent lorsqu’un livre fait l’unanimité, je l’ai refermé en ayant le sentiment qu’on me l’avait un peu survendu. L’écriture y était délicieuse, certes, mais l’histoire ne m’avait qu’à demi-convaincue. J’ai publié ma chronique en bougonnant, mais en laissant la porte ouverte à une nouvelle expérience. Je savais cependant qu’il y avait peu de chance que j’y revienne, et le « pourquoi pas » qui clôture la fin de ma chronique était assez révélateur pour moi. Et effectivement, je n’y suis pas revenue, j’ai balayé l’auteur, ignoré ses sorties, flouté le fait que j’avais aimé son écriture, et je n’ai jamais cherché à me renseigner sur lui et ses écrits. Je n’ai d’ailleurs pas aimé la nouvelle de cet auteur présente dans le recueil Écouter le noir, ce qui m’a conforté dans l’idée de ne pas m’y refrotter.
Cependant, depuis que j’ai goûté aux belles écritures de certains auteurs, les souvenirs de celle de R. J. Ellory remontent à la surface, me faisant regretter de ne pas avoir donné de seconde chance à l’auteur, dans un roman peut-être un peu plus noir, un peu plus tourné vers mes goûts. J’ai laissé le regret s’installer, l’idée de relire l’auteur germer, et nous voici plusieurs mois plus tard.

Résumé : Assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, luttes pour les droits civiques, Ku Klux Klan : c’est dans cette Amérique en crise des sixties que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Verney, son meilleur ami.
1982. Daniel est dans le couloir de la mort. Peu de temps avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air.
(Babelio)

Comme toujours dans ces cas-là, j’ai rapidement su qu’il allait y avoir rencontre entre ce livre et moi. Que nous allions nous entendre. Que j’allais l’aimer. Profondément. Et dire que je l’ai profondément aimé n’est pas tout à fait juste, car en réalité, j’ai aimé le découvrir, le lire, le vivre, et finalement, je l’ai aimé tout entier, de la première majuscule au dernier point. Je l’ai refermé et j’ai pensé que je tenais là un roman qui colle parfaitement à ma définition de la perfection, car Papillon de nuit a absolument tout : une histoire riche ; des personnages fouillés ; une délicieuse écriture ; une construction et un rythme qui rendent l’intrigue passionnante ; une fin géniale ; une partie historique enrichissante ; des sujets forts, traités et défendus avec excellence ; une ambiance noire, poisseuse et parfois violente ; et de beaux sentiments qui apaisent les âmes et adoucissent le lecteur pris dans le tourbillon d’une histoire qui ne laisse que peu de place aux sourires et aux joies. J’ai pris le recul nécessaire, et j’ai réfléchi à ce qui m’avait gêné dans ce roman, ou pourrait gêner. Une habitude, celle de côtoyer que trop rarement des œuvres qui me correspondent totalement. Alors j’ai réfléchi et je n’ai rien trouvé. Je me retrouve donc dans la délicate position de devoir délivrer un avis enthousiaste à mille pourcent – au moins – sans tomber dans l’excès, sans étouffer ceux qui liront cette chronique.

“Dans une certaine mesure, ma propre vie avait commencé à refléter la vie de la nation. Quand je croyais que ça ne pouvait pas être pire, ça empirait. Quand je croyais qu’il ne pouvait pas y avoir d’ombres plus noires, une noirceur plus profonde se révélait.
Et c’est dans cette noirceur que je suis tombé : boum, comme une pierre.”

Papillon de nuit est avant tout une histoire d’amitié entre Daniel Ford et Nathan Verney, un duo mené par le leader Nathan, suivi, comme son ombre, par Daniel. La complicité entre ces deux-là, la relation presque fusionnelle qui pousse l’un à se contenter de suivre les choix de l’autre, est la pièce centrale du roman, celle qui fait que tout arrive. Le lecteur n’apprendra que tardivement les circonstances de la mort de Nathan, qui font que Daniel se retrouve, au début du récit, dans le couloir qui va le mener, très bientôt, à l’exécution. Mais avant cela, Daniel déroule sa vie et son amitié avec Nathan au père John, un prêtre qui accompagne le condamné dans les derniers jours de sa vie. L’occasion pour l’auteur de dépeindre une Amérique peu reluisante, entre racisme, guerre et complots ; l’occasion aussi de livrer une fresque historique passionnante qui se mêle avec harmonie à l’intrigue, car intégrée pleinement à la vie des deux amis. Le tout est évidemment noir, dur, mais terriblement prenant et surtout réussi.

Il y a tellement longtemps que je n’avais pas lu un roman avec une telle intensité, une telle envie et un immense regret de l’avoir terminé tant j’aurais aimé poursuivre ma lecture, que je suis incapable de mentionner avec certitude le livre qui en est à l’origine. En réalité, j’ai une petite idée : Les infâmes, Jax Miller, tout ça… Il n’empêche que cette lecture remonte à la mi-2020 et que ça fait long, sans lecture extraordinaire entre les deux. Certes certains romans se sont démarqués entre-temps, mais celui-ci dépasse tout ce qui est passé entre mes mains depuis Les infâmes.
Si l’on pourrait penser l’écriture d’Ellory intimidante, au point qu’elle pourrait écraser l’intrigue comme c’est parfois le cas avec certains auteurs, ce n’est pas ce que j’ai ressenti à la lecture du Papillon de nuit. Au contraire, j’ai trouvé l’intrigue et son écriture très complémentaires, au même niveau d’excellence, et il est certain que cette fois-ci, je vais relire l’auteur, sans aucun doute possible.

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