« Et si c’était en dehors de cette famille, auprès d’autres, que chacun devait retrouver une raison de vivre ? »

Nos corps étrangers de Carine Joaquim


Quand Élisabeth et Stéphane déménagent loin de l’agitation parisienne avec leur fille Maëva, ils sont convaincus de prendre un nouveau départ. Une grande maison qui leur permettra de repartir sur de bonnes bases : sauver leur couple, réaliser enfin de vieux rêves, retrouver le bonheur et l’insouciance. Mais est-ce si simple de recréer des liens qui n’existent plus, d’oublier les trahisons ? Et si c’était en dehors de cette famille, auprès d’autres, que chacun devait retrouver une raison de vivre ?
Dans son premier roman, Carine Joaquim décrypte les mécaniques des esprits et des corps, les passions naissantes comme les relations détruites, les incompréhensions et les espoirs secrets qui embrasent ces vies.


Avec son résumé un brin classique, on pourrait penser ce roman peu original. Des drames familiaux de ce genre, il en sort quelques-uns par an, en littérature et au cinéma. C’est sur ce point-là que je m’attendais à ne pas être autant emballée que les personnes qui ont déjà lu ce roman et en ont parlé avec les plus jolis mots et tournures de phrases que l’on peut attendre d’un lecteur enthousiasmé par un livre. D’ailleurs, mon avis sur l’intrigue était déjà un peu plus mitigé concernant le dernier roman auto-édité de l’auteure que j’ai lu et que beaucoup de lecteurs ont adoré, alors que de mon côté, j’avais nettement préféré le précédent. Concernant Nos corps étrangers, puisqu’il s’agit de lui aujourd’hui, ce que je trouve dommage est qu’il a énormément de potentiel, beaucoup d’idées et de sujets très intéressants, mais qui m’auraient encore plus captivée s’ils avaient été plus exploités : le harcèlement du côté des harceleurs ; la conséquence du harcèlement sur le harcelé ; l’anorexie ; l’adultère ; l’immigration (clandestine) ; la rédemption par l’amour, etc., sont autant de sujets passionnants qui, avec la plume incroyable de Carine Joaquim, auraient pu exploser dans les cœurs et qui là, n’ont fait que passer à toute vitesse, du moins trop vite à mon goût.
Malheureusement, je ne suis plus friande de ce genre de roman, à mi-chemin entre la littérature blanche et le drame, et qui ne récure pas les sujets, mais reste en surface pour privilégier autre chose ; le déroulement de l’intrigue peut-être, les émotions parfois, et/ou l’abondance de sujets. Non pas que ce soit mauvais – une préférence ne permet pas de qualifier un roman de bon ou de mauvais à mes yeux -, mais tout simplement parce que ce ne sont pas dans ces genres-là et ces constructions-ci que mes tripes sont remuées. Ce qui m’a surtout marquée dans cette intrigue, comme avec ma dernière expérience avec l’auteure (en autoédition) d’ailleurs, c’est la fin marquante de laquelle je ne vais pas me défaire et le dernier tiers qui gratte un peu plus les sujets.
Pourquoi donc avoir acheté ce roman et en parler aujourd’hui alors que dès la lecture de la quatrième de couverture, je savais ne pas être la cible de l’intrigue ? Je vais vous faire un aveu qui va à l’encontre de tout ce que je peux dire depuis des années, mais qui avec Carine Joaquim n’est pas totalement vrai, ce qui fait d’elle une auteure particulière, que je lis pour des raisons différentes des autres. En somme, elle est un peu l’exception, car je la lis avant tout pour son écriture.

Je clame depuis des années qu’une forte intrigue ne fait pas tout, et qu’une belle écriture qui ne raconte pas quelque chose qui me touche, ça ne fonctionne pas. C’est vrai que j’ai besoin d’une belle écriture et d’une bonne histoire, au moins, pour apprécier totalement un roman et revenir à l’auteur plus tard. Avec Carine Joaquim, ça a toujours été différent, car elle possède un talent qui frôle l’excellence : celui de l’écriture.
J’ai toujours aimé lire l’autrice ; lire ses mots proches de la poésie. La façon avec laquelle elle tourne ses phrases, cette douceur et cette symphonie qui se dégagent du texte même pour dire les choses les plus terribles, comme si elle me fredonnait son histoire. Je suis très attachée à cette écriture qui me transporte à chaque fois, qui sait me faire apprécier la lecture d’une histoire trop éloignée de ce que je recherche dans mes lectures et qui la rend, finalement, acceptable, et même belle, parfois. Alors si les intrigues ne me parlent pas toujours, l’écriture, elle, fait nettement le boulot, une grande partie du boulot me concernant, puisqu’elle est mon principal argument pour pousser les lecteurs à découvrir l’autrice – ça et les autres avis qui ne me rejoignent pas.
Je suis rarement conquise par les écritures françaises, peut-être parce que les romans (noirs) que je préfère sont américains et que la littérature américaine ne s’exprime pas comme nous, surtout avec le noir. Peut-être qu’elle ose plus, qu’elle n’a pas peur des mots qui font mal, qui expriment trop et qui dégoulinent de noirceur. Peut-être que rendre une écriture chantante, arrondie, belle et captivante est un exercice loin d’être à la portée de tous les écrivains, ça se travaille, probablement, si on le veut. Peut-être qu’il ne s’agit que de préférence et que c’est une affaire de goût. Sûrement, même.
Toujours est-il que tel un Marcus Malte, Carine Joaquim a su se démarquer par la singularité et la beauté de son écriture, et que si l’intrigue de Nos corps étrangers ne sera pas un argument dans cette chronique pour vous pousser à le lire, l’écriture, elle, en est indéniablement un.

6 commentaires sur « « Et si c’était en dehors de cette famille, auprès d’autres, que chacun devait retrouver une raison de vivre ? » »

    1. Beaucoup ont apprécié l’histoire, je n’y suis pas sensible, c’est tout, ce n’est pas assez orienté roman noir qui est le seul genre qui me parle en ce moment 😊 Hâte d’avoir ton avis, je pense qu’il re plaira 🥰😘😘

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