Le noir selon Benjamin Whitmer

Pike de Benjamin Whitmer

Lire un roman de Benjamin Whitmer, c’est la promesse d’être balancé dans un univers sombre et crasseux, doux mélange de violence et de tendresse. Il en a été ainsi avec Évasion – un des romans les plus marquants que j’ai lus chez Gallmeister – et Les Dynamiteurs, même si j’ai moins apprécié ce dernier.
Si entrer dans l’univers de l’auteur demande parfois quelques pages ou chapitres, une fois que je suis à l’intérieur, l’ambiance me colle à la peau, les personnages m’habitent, et très vite, je me retrouve à la fin du roman avant même d’avoir eu l’impression de le commencer. Pike ne déroge pas à la règle, et le choix serait très difficile si l’on me demandait de choisir entre lui et Évasion. Car le fait est là : il met fin à une série de livres certes bons, mais pas transcendants ni avec cette fougueuse envie de me replonger à l’intérieur nichée au creux de mon ventre. Dans le cas présent, j’aurais aimé avoir le temps de le dévorer comme il le mérite. Malheureusement, il en a été autrement, mais quelque part, j’ai ainsi pu savourer chaque minute passée en compagnie de l’écriture de Whitmer, de son ambiance noire que j’aime tant, et de ses personnages ambivalents, sombres, mais justes, auxquels je m’accroche tout le temps.

Suite au décès de sa fille qu’il ne côtoie plus depuis des années, Pike se retrouve avec une petite-fille à gérer, un passé qui le poursuit et un mystère autour de la mort de sa fille qu’il tient à élucider, d’autant plus qu’un flic véreux tourne autour de la gamine orpheline. Dans Pike, le lecteur rencontre la corruption et des êtres sans bonnes intentions, et s’il apprécie la noirceur dans toute sa brutalité, alors peut-être sortira-t-il repu de cette lecture, son désir de noirceur assouvi, la crasse encore collée aux doigts. Mais comme toujours avec Whitmer, il ne s’agit pas que de noir. Il s’agit aussi de tendresse et de bons sentiments, le tout incarné par des personnages capables de représenter l’un ou l’autre, parfois les deux, avec cette humanité et cette froideur, ce charisme et cette innocence, qui donnent du caractère aux personnages.
Plus que la noirceur des intrigues de l’auteur, c’est son talent à modeler des protagonistes qui me parlent qui me fascinent autant. Alors que je ne partage que très peu de valeurs et de principes avec eux, ils deviennent des compagnons de voyage, des gens que je suis capable de comprendre et de pardonner parfois, auxquelles je m’attache, longtemps parfois.

Lire un Whirmer, c’est tout ça ; bien plus encore, évidemment. Difficile de poser les mots sur un livre lorsque ce dernier est en train de faire de son auteur, un auteur doudou sur qui l’on mise lorsque le reste ne nous satisfait pas, ou pas assez. À travers la noirceur ambiante des romans de l’auteur, on y décèle aussi une certaine sensibilité, une douceur. Certains mots ou faits sont crachés avec hargne, fougue ou profondeur, et à d’autres moments avec une douceur infinie, rendant les sentiments et les émotions presque palpables et terriblement parlants. Et comme tout chez cet auteur suit le même chemin ; personnages, intrigue, ambiance, écriture, je tiens là un auteur de talent que je ne compte pas lâcher de si tôt. Benjamin Whitmer peut se tromper, se planter, ne pas me parler : j’y reviendrai tout de même, c’est un fait et ça fait partie des raisons pour lesquelles je le considère comme exceptionnel dans l’océan d’auteurs que j’ai pu découvrir.

2 commentaires sur « Le noir selon Benjamin Whitmer »

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