Quand le classique fonctionne encore

La veuve de Fiona Barton

Ce roman débute comme tant d’autres dans le même genre : en racontant la façon dont un couple est devenu le centre d’attention d’une nation suite à une affaire d’enlèvement d’enfant. Dit comme cela, personne n’est censé distinguer le caractère très classique de l’intrigue. En effet, il existe énormément de façons de traiter pareil sujet, d’autant plus qu’il est très facile de s’inspirer de faits réels et/ou de choisir un angle de vue, un profil de victime ou de coupable, ou une affaire rarement exploités. La veuve se contente pourtant d’utiliser des ingrédients classiques, consommés et usés, et pas uniquement dans ce genre d’affaire.
Lorsque la petite Bella est enlevée alors qu’elle joue dans son jardin, un suspect sort rapidement du lot. Il s’agit de Glen, un livreur qui aurait été vu dans le secteur de l’enlèvement, dont le passé et les activités douteuses sur Internet bâtissent l’intime conviction de la police qui, cependant, peine grandement à prouver la culpabilité de l’homme. Un homme bien mystérieux dont le lecteur va découvrir le quotidien, mais surtout celui de sa femme, Jane, tout au long de l’enquête. Un couple étrange, difficile à cerner et à comprendre, dont l’emprise de l’un n’a d’égal que la naïveté de l’autre. Jane se révèle être un personnage très difficile à cerner, qui gardera ses secrets jusqu’à la fin du livre, même si le côté classique du roman veut que la trame se dessine très rapidement. La différence avec ce livre est que ça marche. Même les journalistes qui se mêlent à l’enquête, en mode je-suis-plus-fort-que-la-police – et certains savent combien je ne comprends pas du tout cette mode de créer des journalistes plus à même de résoudre une enquête qu’un flic, que l’on discrédite à mort de ce fait -, n’ont pas réussis à me faire désaimer ce livre. Le fait est là, j’ai apprécié cette lecture.

J’ai essayé de comprendre pourquoi j’ai tant aimé ce livre en sachant en avoir abandonné ou détester d’autres pour bien moins classique et/ou cliché que cela. Ma réponse va finalement être tout aussi classique que l’histoire puisque cette intrigue, à mon avis, ne fonctionne réellement que grâce à ses personnages. Le reste a déjà été vu des dizaines de fois. Les personnages, un peu moins. Oui, dans les grandes lignes, même les personnages ne révolutionnent rien. Mais dans les faits, ils sont construits de sorte à captiver le lecteur, à faire parler ses émotions et ses sentiments pour qu’il se sente concerné ou investi. Savoir que Glen est un personnage très discutable ; Jane une femme soumise qui refuse de dévoiler quoi que ce soit, suivant scrupuleusement les directives de son mari, même après sa mort ; la journaliste prête à tout pour obtenir ce qu’elle souhaite, tout en ayant un côté humain qu’elle laisse parfois parler ; le flic dépassé par une enquête qui le hante et le bouffe ; les états d’âme de tous ces personnages servis sur un plateau, m’ont fait sentir concernée. J’ai voulu connaître le fin mot de cette histoire, savoir qui avait raison, qui a bien fait de s’acharner, qui aurait dû prendre du recul, et qui est le coupable, finalement.
Que les personnages soient tiraillés aurait sûrement pu suffire à me faire aimer ce roman. Cependant, j’ai étonnamment beaucoup aimé la façon dont l’autrice a traité l’emprise de Glen sur Jane. Encore une fois, la situation ne révolutionne rien, ce thème est même dans l’air du temps. Pourtant, pour une fois, j’ai trouvé la situation crédible, loin de la caricature que certains peuvent faire de l’emprise, et peut-être que la raison à cette réussite est que Fiona Barton a poussé le sujet à ce qui peut se faire de moins compréhensible. Le silence d’une femme, dont l’histoire n’aurait justement pas dû la pousser au silence, contre la disparition d’un enfant, est un schéma que l’auteure a très bien dessiné et amené, je trouve.

La veuve ne révolutionne rien (je ne suis pas la cible de la maison d’édition, il faut le dire), mais il a fonctionné et c’est déjà beaucoup.

Pour rappel : “Au final” (tellement présent dans ce texte) vu par l’Académie Française

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