L’histoire atypique d’un homme passionnant

Shibumi de Trevanian

Que de péripéties avec ce roman ! Offert il y a trois ans, je n’ai jamais réussi à entrer dans ce livre que j’ai tenté de lire plusieurs fois. Ce n’est que récemment que j’ai décidé de m’y mettre, cette fois-ci pour de bon, après avoir lu la chronique, Ô combien fabuleuse, de Pamolico. Problème, j’ai prêté mon exemplaire offert il y a trois ans, et je n’ai jamais revu le livre ni la personne à qui je l’ai prêté. Il a donc fallu que je me procure ce roman de nouveau, et cela tombait bien puisque la maison d’édition Gallmeister venait de publier une version illustrée du roman. Un livre-objet incroyable qui restera parmi mes préférés de la maison, dont le récit aurait gagné en splendeur avec moins de longueurs (mais qui n’en seront pas pour tout le monde.)

Retour sur une lecture en demi-teinte

Lorsque j’ai commencé à rédiger mon avis, je savais que mon article serait “en vrac”, et qu’ordonner mes idées serait difficile tant les opposés se sont croisés au cours de cette lecture. Autant j’ai profondément aimé certaines choses, autant je me serais bien passé de ce qui a freiné ma lecture.
Au départ, je me suis demandé comment j’avais pu abandonner ce roman autant de fois. Clairement, je suis convaincue que je n’avais pas l’expérience nécessaire pour aborder ce roman, car à cette époque-là, je découvrais encore la lecture-plaisir. Il est vrai que Shibumi est d’une qualité rare et d’une exceptionnelle originalité, bien loin de tous les romans qui sont passés sous mes yeux jusqu’à présent. J’ai adoré le début, je pensais même aimer ce livre jusqu’à sa dernière ligne, même si je n’ai pas trop compris en quoi ce roman est d’espionnage. Disons que l’idée que je me fais du genre « espionnage », n’est pas du tout ce que j’ai retrouvé ici – et en un sens tant mieux, car le genre m’effrayait un peu. Certes, on y côtoie la CIA, la surveillance, et, entre autres, une certaine Mother Company, mais ça reste mineur dans le roman. Pour tout vous dire, à la page 397 (dont je vais reparler plus tard), la traque annoncée par la quatrième de couverture n’avait pas encore commencée, et je ne suis franchement pas certaine de pouvoir qualifier le contenu du roman comme étant une traque. Mais alors, que raconte ce roman ?

Il raconte l’histoire de Nicholaï Hel, un personnage aussi passionnant que son histoire, soit la grosse force de ce roman. On raconte son enfance, ses tragédies, ses exploits, ses talents et ses dons, et ce personnage atypique a effectivement de quoi remplir un livre entier ; ce qu’il fait, en fait. J’ai adoré la partie de sa vie passée au Japon, ainsi que l’évolution du personnage que l’on apprend à connaître, le tout alors qu’une seconde intrigue reliée à ce personnage, à base de CIA, d’Histoire, d’agents et d’opérations, structure le récit qui occupe l’espace. Une seconde intrigue historique un peu plus exigeante que le reste d’ailleurs, qui m’a poussée à aller me renseigner sur deux ou trois sujets, ce qui n’est vraiment pas un mal ! J’aurais pu m’arrêter là et conclure de façon enthousiasme cette chronique sur Shibumi, en vantant les qualités stylistiques de Trevanian, l’audace et le talent de l’auteur, l’originalité et la singularité de l’histoire, et j’aurais adoré que ça se passe comme ça. Sauf qu’il y a un défaut que j’ai trouvé à ce livre et pas des moindres puisqu’il a rendu ma lecture parfois difficile. Résultat, mon avis final est certes positif, mais pas d’une netteté indéniable.

Cessons le suspense : j’ai parfois trouvé Shibumi long, jusqu’à décrocher. Le plus bel exemple est la page 397 (la fameuse) qui m’a libérée d’un moment de lecture tellement pénible que j’en aurais abandonné le bouquin si je n’avais pas eu le souvenir de la chronique, mentionnée en début d’article, en tête – et ç’aurait été un tort, car le dernier tiers est presque aussi bon que le premier. Soixante-douze pages de décente dans un gouffre (Nicholaï pratique la spéléologie), certes immersive et qui rendrait très bien à l’écran avec de sublimes images, mais tellement longue à la lecture et dans le rythme, lente et répétitive que ce passage en est devenu chiant. Le mot est dur, mais je me suis fermement ennuyée, sauf que je ne sais pas si cela vient du rythme en lui-même qui change à certains moments donnés, si ce passage n’apporte rien à l’intrigue, ou si ces longueurs relèvent du fait que les sujets abordés ne me passionnent pas du tout : en l’occurrence la spéléologie, puisque les deux fois où c’est arrivé, le personnage était dans le gouffre. J’ai naturellement du mal à aller vers ce genre de scène – l’acrophobie et moi : une grande histoire d’amour – alors j’opte pour le ressenti très personnel, pour le coup. Autant dire qu’après ce passage désastreux qui a complètement changé mon état d’esprit, ma rapidité de lecture et mon enthousiasme, il a fallu rebondir comme j’ai pu, me remotiver avec l’espoir que l’intrigue bouge un peu et que l’on parte vers autre chose. Mais pour être honnête, j’avais hâte de terminer cette lecture et de passer à autre chose, pensant que l’intrigue et le rythme avaient changé de direction.

Et pourtant, bien que la spéléologie ai fait son retour, m’ennuyant de nouveau sur la fin, le dernier tiers est très réussi. J’ai donc terminé cette lecture avec enthousiasme, et une fascination certaine pour le personnage principal qui entre directement dans mon top 10 de mes personnages préférés.
Nicholaï se révèle être le principal argument qui va me pousser à dire que, oui, ce roman mérite franchement d’être lu et de passer outre mon avis sur certains passages. Ce personnage est fascinant, construit de façon à séduire et il remplit parfaitement son rôle. Doté de charisme, d’un humour noir appréciable, de prestance, de confiance en lui, d’éducation et d’une certaine sagesse, Nicholaï est un personnage que l’on a envie d’aimer, et que l’on aime avec toute la grandeur qui le caractérise. Le travail fait sur le personnage et son histoire est exquis et vaut vraiment le détour si l’on apprécie les personnages un peu sombres et ambivalents. Seules les expéditions dans le gouffre resteront en point négatif pour moi, sans que je ne puisse définir pourquoi avec exactitude. Une petite ombre au tableau, suffisamment voyante pour être relevé et qui ternit quand même un peu l’ensemble du tableau pourtant incroyable, mais qui est loin de plomber l’ensemble du livre.

4 commentaires sur « L’histoire atypique d’un homme passionnant »

  1. Je suis extrêmement flattée que mon seul avis t’ait ainsi poussée à achever cette lecture !
    Merci beaucoup de ton compliment en tout cas 🙂
    Ta critique n’est pas en vrac, et en réalité je partage beaucoup de tes ressentis. Le passage sur la spéléologie traîne vraiment en longueur mais il est là pour une bonne raison – même si on ne la découvre que tardivement… Ce que j’ai préféré souligner c’est donc l’audace de Trevanian qui préfère dédier une centaine de pages à des descriptions ennuyeuses (mais comprenant quelques épiphanies) que de dorlotter son lecteur. À mon sens, c’est rare qu’un auteur impose ainsi sa patte, aussi frontalement et au mépris de son lectorat. Il revisite le roman d’espionnage et le résultat est étonnant, hybride, caustique sur tous les plans.
    Quant à Nicholaï, c’est un héros complexe et profondément attachant dans ses contradictions, je suis entièrement d’accord avec toi 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Effectivement, c’est rare, et c’est une façon de tourner la chose de façon positive (que je n’ai pas su faire, je dois l’avouer 😂)

      De façon générale, je savoure chacun de tes avis, il y a une patte personnelle que j’aime beaucoup et une façon de dire les choses très jolie. Je suis ravie d’avoir croisé celui sur Shibumi, qui a créé le déclic. Ç’aurait été dommage de ne pas le lire franchement !

      Aimé par 1 personne

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