Luca Di Fulvio – Le Gang des rêves


New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de  » rêve américain « . C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils.
Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut.
L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?



On parle très souvent des romans dans leur globalité ; de leur fin, lorsqu’elle assomme le lecteur ; de l’écriture si celle-ci sort de l’ordinaire ; des personnages auxquels on se lie et s’identifie, mais rarement, on parle des premières lignes, des premières impressions. En tout cas, c’est une chose que je lis rarement dans les retours et chroniques, dont je ne parle moi-même quasiment jamais et pourtant, c’est une étape capitale dans mon processus de lecture. Le début d’un roman dévoile le genre de lecture avec laquelle je vais avoir affaire, d’abord à travers l’écriture qui est le critère primordial pour moi, puis la façon dont l’auteur amorce son intrigue. Le contenu, lui, ne vient que plus tard, et parfois même, c’est au bout d’une centaine de pages que je réalise que l’intrigue ne me plaît pas ou que l’ensemble est très cliché, mou ou peu intéressant. Avant ce cap, si l’écriture tient la route et que l’auteur a géré son démarrage, je peux apprécier un livre ou croire que je l’apprécie. Cependant, en général, je sais dès la première page si je vais abandonner le roman, si je vais l’apprécier sans plus mais persister à condition que certaines choses évoluent, ou au contraire si je vais l’aimer ou mieux, totalement adhérer. Dans tous les cas, j’élimine certaines éventualités avec les premières lignes, et rarement je me trompe : mes premières impressions sont souvent justes et la lecture se poursuit et s’achève, ou est écourtée, telle que je l’ai anticipé. En revanche, je suis rarement prête à l’excellence. Il n’y avait à ce jour qu’un seul roman que j’ai qualifié de chef-d’œuvre, il y en a désormais deux, et si j’ai su que Le Gang des rêves allait être un fort roman dès le départ, j’étais loin de m’attendre à l’incroyable expérience vécue.

Nous sommes en 1906, en Italie, Cetta a 12 ans et pour la protéger du viol, sa mère va l’estropier ; une tare que Cetta gardera à vie. Déjà, le ton est donné. Le Gang des rêves est plein de promesses noirs, la femme y sera martyrisée, l’homme très souvent supérieur – on est définitivement à une autre époque -, cependant, on décèle déjà l’espoir et le rêve entre ces premières lignes, mais aussi les désillusions qui vont avec. Car Cetta, malgré les efforts de sa mère, sera bel et bien violée, et de ce viol naîtra un enfant, Natale, personnage central du roman, que Cetta s’efforcera de transformer en Américain.
C’est donc en Amérique que l’histoire débute réellement, bien qu’elle ait commencé dès les premières lignes. Pour subvenir à ses besoins et à ceux de son enfant, Cetta va faire ce qu’elle nomme crûment, la putain, et apprendre la dure réalité de l’écran de fumée qu’est le rêve américain. Le roman s’achève en 1929 ; plus de deux décennies se sont écoulées, le lecteur a côtoyé l’horreur de la rue, la pauvreté, l’exploitation, le viol, la pornographie, la violence, la réussite, l’espoir, l’exploit, la déchéance, la folie, l’entraide, la trahison, le pire, vraiment le pire, mais il ressort ému, profondément touché et marqué par cette intrigue hors du commun, portée par des personnages exceptionnels qui font de ce livre, un véritable chef-d’œuvre.
Le roman est d’une noirceur sans nom, le lecteur assiste à des scènes insoutenables, des destins injustes, à l’amer apprentissage de la vie par les personnages que l’on rencontre très jeunes et qui grandissent sous nos yeux ; et en même temps, on aperçoit une faible flamme qui sait se faire voir et ressentir, tentant de donner de l’éclat à l’ensemble alors que les ténèbres le dévorent. Elle y arrive souvent. Car en définitive, ce roman est une histoire d’amour ensevelie sous les aléas de la vie. On trouve donc aussi de la bienveillance, de la bonté, de l’émotion et de beaux sentiments, et c’est tendre, c’est embelli par la noirceur ambiante du roman aux multiples sujets, c’est émouvant et révoltant aussi, mais c’est beau.

Ce qui, à mon sens, résume le mieux cet harmonieux mélange de noirceur et d’éclat, c’est le personnage de Sal, dont je ne vais pas trop parler, car raconter son histoire et son incroyable évolution, c’est dévoiler énormément sur l’intrigue. Disons alors que ce personnage à un rôle crucial dans la vie de Cetta, lorsque celle-ci débarque en Amérique, la tête encore pleine de rêves. La question que je me suis posée en découvrant ce personnage est : mis à part Hilton, ai-je réellement aimé, pour de vrai, un personnage de roman ?
Les auteurs ont-ils été au bout du bout de ce qu’il pouvait dire sur leurs personnages ? a-t-on vraiment gratté, les a-t-on suffisamment traités ? Un personnage m’a-t-il déjà parlé, attendrie, révoltée, émue, le tout à la fois ; m’a-t-il fait pleurer et rire, m’a-t-il tordu le ventre d’horreur et le cœur de tendresse, avec cette force et cette application ? Non. Sal est exactement le type de personnage, d’humain, qui me parle, avec ses forces et ses faiblesses, détestable et impossible à haïr en même temps. Et finalement, bien que Sal soit à mon avis le personnage le plus représentatif du concept, tous les protagonistes de cette intrigue, à son image, ont cette ambivalence prononcée, ces opposés qui arrivent à cohabiter et à rendre ces personnages tellement humains, tellement vivants, que les quitter a été un déchirement.
Le travail sur les personnages est exceptionnel et pointilleux, et les dialogues ne sont pas pour rien dans cette réussite. Les voix résonnent, les tons s’imposent, la dureté et la douceur des propos coulent, le tout vit comme si le texte était accompagné d’une bande son : l’immersion est totale.

Il est des romans qui hurlent et frappent ; qui surplombent et écrasent. Le gang des rêves est un livre magique, d’une incroyable force aussi violente que tendre. J’ai découvert une intrigue indiscutablement noire, d’une noirceur profonde qui fait côtoyer le pire de l’humanité au lecteur tout en lui faisant vivre une incroyable histoire de sentiments, d’amour, une intrigue tout en beauté, en rêve et en espoir qui gonfle le cœur, apaise les âmes, le tout raconté avec une écriture caressante, riche et juste. Oh il va être difficile de détrôner ce roman. Peut-être qu’avec le temps, il arrivera même à croquer Candyland à la première place de mes livres préférés, peut-être la lecture n’est-elle en réalité que le début de mon histoire avec ce livre et que tout reste encore à écrire, à vivre, à raconter. Car indéniablement, Le Gang des rêves est un livre que se lit, mais surtout qui continue de vivre et d’évoluer une fois la dernière page tournée, et ce, en partie grâce aux incroyables personnages et à la richesse de l’intrigue qui n’aura sûrement jamais aucun égal. Une merveille.

Ainsi, dans son histoire, même les méchants trouvaient un sens à leur vie, en tout cas ils lui en donnaient un. Et chaque vie était reliée à celle des autres, comme des fils qui se croisaient et se recroisaient et finissaient par dessiner une toile d’araignée – un dessin bien réel, sans rien d’abstrait. Il n’y avait ni pathos ni ironie, que du sentiment.

6 commentaires sur « Luca Di Fulvio – Le Gang des rêves »

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