Dennis Lehane – Shutter Island


Dans les années cinquante, au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un hôpital psychiatrique pour assassins, gardé comme une forteresse. 
Un marshal et son adjoint sont appelés à la rescousse car l’une des prisonnières a mystérieusement disparu d’une cellule pourtant verrouillée… 


Vous les connaissez ces films qui vous ont tant marqué que vous n’osez pas lire les romans dont ils sont l’adaptation ? Après avoir vu le film des dizaines de fois, aujourd’hui, je vous parle de Shutter Island, le livre de Dennis Lehane, à l’origine du film.

Shutter Island, le film, est typiquement le genre de long-métrage que j’aime et que je recherche. Thriller dans ce que le genre a de plus génial à mes yeux, Shutter Island est de ceux que l’on regarde plusieurs fois, à l’affût du moindre détail qui nous aurait échappé les fois précédentes. Même en connaissant l’intrigue et le dénouement – à la hauteur de cette dernière – par cœur, l’on peut se faire avoir comme un débutant, et aimer ça.
J’aurais aimé découvrir le livre avec la même ignorance que j’ai découvert le film, sans tiquer face aux petits détails disséminés ici et là et qui ne prennent normalement sens que lorsqu’on connaît le dénouement. Mais, connaissant déjà la fin, ces petits détails m’ont sauté aux yeux et peut-être m’ont-ils, justement, permis de réaliser la grandeur et l’ampleur de ce roman, le talent de l’écrivain, le travail sur la construction et l’organisation de l’intrigue, ainsi que la justesse de l’adaptation. Définitivement, tout cela ne m’aurait pas impressionnée de la même manière si je n’avais pas connu l’histoire – nul doute cependant que cela m’aurait tout de même fasciné. Que vaut donc le livre Shutter Island, même lorsqu’on connaît le film par cœur ? Il envoie. Et c’est sous cet angle que je vais en parler.

Sur l’île de Shutter Island, se dresse un établissement psychiatrique, lieu dans lequel se déroule l’intrigue durant quatre jours. Teddy Daniels et Chuck Aule, Marshals, se rendent sur l’île afin d’enquêter sur la disparition d’une patiente, Rachel Solando. À mesure que l’enquête progresse, les mystères s’épaississent, les secrets se dévoilent, Shutter Island montre son vrai visage, le tout sous une tempête de tous les diables.
On suit l’enquête au cœur de ce décor qui fait froid dans le dos, et on découvre avec Teddy Daniels la complexité de cette affaire, ce puzzle aux allures de casse-tête et d’énigmes qui va conduire le Marshal à se poser des questions sur l’établissement-même, les pratiques des médecins, la vraie raison d’être de cet hôpital psychiatrique. L’intrigue est dense et l’ensemble a de quoi faire rougir certaines œuvres autoproclamées « thriller psychologique ». Le travail fait sur les personnages est, je trouve, assez fou, bien que plus impressionnant à l’image. Cependant, les petits détails qui caractérisent (ou non) les personnages, les anecdotes, les comportements, les réactions ; tout prend un nouveau sens en fin de roman, et tout s’illumine à la seconde lecture.
Si une bonne fin ne fait pas tout dans un roman, elle est tout de même capable d’illuminer encore plus l’ensemble jusqu’à retourner le cerveau du lecteur. En l’occurrence, celle de Shutter Island fera bien plus que simplement retourner un cerveau. Elle remet absolument tout en question, chaque phrase, chaque choix, chaque détail, et la jubilation de lire, voir, relire ou revoir cette intrigue en connaissant son dénouement n’a aucun égal. En cause ? L’histoire elle-même, l’intelligence et la minutie de la construction qui invitent, invariablement, au piège. Tout est fait dans le roman, et ce dès le départ, pour que tout ressemble à ce que l’auteur veut que l’on croie. L’intrigue est tellement riche que peu de temps nous est alloué pour nous poser la moindre question, et du coup, on ne s’en pose pas. On prend le récit tel qu’il vient et la surprise finale, le plan presque machiavélique de l’auteur se dévoile et l’enquête que l’on pensait le centre de l’intrigue tombe le masque.

S’il y a un thriller à découvrir, pour les amoureux du genre ou ceux qui jubilent de se faire piéger par une œuvre, Shutter Island vous ouvre grand ses bras, prêt à vous dorloter. Le film était déjà une référence pour moi, une œuvre insaisissable et inégalable ; le roman, lui, surpasse son adaptation. Je ne peux que me réjouir d’avoir déjà un autre roman de l’auteur sous la main, car lorsque je serai prête à le relire, ce sera à coup de « maintenant, tout de suite », en gardant à l’esprit que Dennis Lehane a écrit le thriller parfait à mes yeux.
Shutter Island, tant en film qu’en livre, est pour moi un incontournable. La plus grande valeur de ce livre, ce qui fait qu’il est brillant et incroyable, est que même en le connaissant par cœur, on découvre et redécouvre l’histoire. Shutter Island est un roman prodigieux, intelligent, malin et finement écrit et construit, indétrônable dans son genre, c’est une certitude.

3 commentaires sur « Dennis Lehane – Shutter Island »

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