Victoria Mas – Le bal des folles


Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles.  Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.


En commençant ce livre, je pensais n’avoir aucune attente liée à l’intrigue. Je m’attendais à du classique, ça oui, car, naïvement et peut-être à tort, j’imagine toujours que l’on ose moins dans les livres publiés par les grandes maisons d’édition, mais rien de plus.
La vérité est que j’ai lu la quatrième de couverture à l’achat de ce roman, quatrième que je pensais oublier en huit jours (délais de livraison sur le site sur lequel je commande mes livres d’occasion), mais qu’inconsciemment, je n’ai pas oubliée, car des attentes, j’en ai eu. Et vous savez ce qu’il se passe lorsqu’une quatrième promet des choses et crée des attentes ? L’expérience vécue n’est pas toujours celle attendue, surtout lorsque l’intrigue diffère de ce que l’on a imaginé. Voilà, le ton est donné.
Sortie de Mademoiselle Papillon, je n’ai pas repris Les lumières de l’aube de Jax Miller, là où je m’étais arrêtée. Le livre est intéressant, mais j’ai toujours plus de mal à lire les romans ou non-fictions tirés ou inspirés de faits réels d’une traite ; c’est un peu moins mon dada, même lorsque c’est Jax Miller qui raconte (très bien). Je reparlerai de tout ça dans la chronique qui sera consacrée à ce livre, car le sujet du jour est bel est bien Le bal des folles de Victoria Mas, un roman qui s’est imposé à moi dès la fin du livre précédent. Le moins que l’on puisse dire est que le roman était prometteur dès le début.

Il y a d’abord eu l’écriture. Je ne sais pas ce qui m’a tant plu et accrochée, mais force est de constater que j’ai adoré lire Valérie Mas. On parle souvent de fluidité, et malheureusement ce terme très utilisé est devenu péjoratif tant on l’emploie à tort et à travers. Pourtant, c’est bien cette image qui m’est venu en tête lorsque j’ai commencé le livre : ça se lit très bien, ça se déguste et se dévore à la fois, ça coule, c’est naturel et harmonieux, ça sonne, ça claque et pourtant, je ne pense pas que ça révolutionne quoi que ce soit. Comme je l’ai toujours pensé et dit, une écriture, c’est avant tout du naturel plus que des phrases compliquées ou des synonymes ; l’on est fait ou non pour écrire (raconter est une autre histoire). À la lecture, une écrire forcée, une tentative sur laquelle on s’est acharnée (ou qui émane de quelqu’un d’autre *clin d’œil*), ça se sent. Chez Valérie Mas, il y a tout ce que j’apprécie : un naturel, une façon de dire les choses innée que l’on ne cherche pas à révolutionner à tout prix pour se démarquer, mais que l’on utilise à bon escient.
Il y a donc eu l’écriture, et puis l’histoire. À la Salpêtrière des années 1880, l’ambiance est pesante. Ici sont enfermées des femmes, certaines à peine adultes, dont on s’est débarrassé pour des causes aussi diverses qu’elles semblent, en 2020, absurdes. Tel du bétail, les femmes sont entassées dans un institut aux pratiques modernes et à la réputation éclatante, censé les guérir du mal qui les ronge. Quel mal ? c’est parfois à se le demander. À moins que le but premier soit de cacher ces femmes gênantes ?
Ces femmes intriguent, attirent l’œil, réveillent la curiosité des hommes et des gens bien sous tous rapports, si bien qu’un bal est organisé afin de réunir aliénées et gens sains d’esprit. Les unes se montrent, existent, tandis que les autres se délectent des crises et autres comportements étranges. Ça, c’est la version quatrième de couverture, car la période durant laquelle se déroule l’intrigue, contrairement à ce que l’on pourrait penser, se situe avant ce bal, ce dernier prenant une place très anecdotique dans le roman et l’intrigue, finalement. L’ambiance oppressante mise en place par le cadre hospitalier de départ se dégrade peu à peu, jusqu’à se transformer en autre chose, une ambiance orientée fantastique que je n’ai pas vue arriver et qui m’a laissée dubitative.

Dire précisément quand cela arrive, je ne saurais pas le dire, en tout cas, le changement est brusque. Alors que le fonctionnement de la Salpêtrière était passionnant, les femmes intrigantes, leur condition révoltante mais intéressante en tant que sujet et que je m’attendais encore à vivre ce bal promis par le titre et la quatrième de couverture (que l’on vend comme le cœur du sujet), l’intrigue prend une tournure surnaturelle à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Je ne me souvenais absolument pas, dans les retours que j’ai lus au sujet de ce livre, avoir lu que le surnaturel prenait tout de même une place si importante et devenait même, l’espace de plusieurs chapitres, le cœur du sujet. Quant à « la condition féminine au XIXe siècle » de la quatrième, elle est quand même vachement vite expédiée.
Le souci ne vient pas de ce changement de direction ; cela n’aurait pas été la première fois qu’un genre ou sujet vienne se greffer à un autre en court de route sans que je ne m’y attende. Mais j’étais si bien installée dans l’ambiance, le décor et l’histoire de départ, avec des personnages et une orientation qui me plaisant vraiment (et aussi, peut-être, conditionnée par la quatrième de couverture), que le virage a été difficile à gérer. Je suis sortie de l’intrigue et de la Salpêtrière : clairement, je n’y étais plus et ça a duré. L’épilogue a repris le ton de départ et a donc clôturé le roman sur une note positive, mais je n’ai pas adhéré à la partie surnaturelle du bouquin qui, dans mon expérience, a retiré l’intérêt du propos d’origine – la folie, les femmes et le bal des folles – et l’a éclipsé alors que c’est celui pour lequel j’ai commencé ce roman. Bien sûr, je ne m’attendais pas et ne désirais surtout pas lire un roman féministe, mais au moins que l’on parle de ces femmes en profondeur ; or, j’ai eu le sentiment qu’elles auraient toutes pu être plus décortiquées que cela, tout comme les méthodes de traitement, le mode de fonctionnement de la Salpêtrière , et le bal !

Pour sûr, Le bal des folles restera dans mon esprit pour tout ce que j’ai apprécié en le lisant. Le potentiel de l’auteure est indéniable à mes yeux et sa grande force est son écriture naturelle. Cependant, l’expérience finale est mitigée, le roman étant, à mon goût, bien trop éloigné du cadre annoncé au départ. J’attendais sûrement un autre angle dans la façon de traiter le roman, plus de profondeur dans les personnages, plus de lignes sur leur condition ; la quatrième a peut-être orienté mes attentes ou peut-être ce roman et moi n’étions pas faits pour nous entendre.

Sur le blog, de la même maison d’édition :

Stephen King – L’Institut

Au cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent.Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre presque semblable… Plus

Un commentaire sur « Victoria Mas – Le bal des folles »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s