Maud Mayeras – Les monstres


Ils vivent dans un « terrier ». Les enfants, la mère. Protégés de la lumière extérieure qu’ils redoutent. Sales et affamés, ils survivent grâce à l’amour qui les réchauffe et surtout grâce à Aleph, l’immense, le père, qui les ravitaille, les éduque et les prépare patiemment au jour où ils pourront sortir. Parce que, dehors, il y a des humains. Parce qu’eux sont des monstres et que, tant qu’ils ne seront pas assez forts pour les affronter, ils n’ont aucune chance.
Mais un jour Aleph ne revient pas, un jour les humains prédateurs viennent cogner à leur porte. Alors, prêts ou pas, il va falloir faire front, sortir, survivre.
Pendant ce temps, dans une chambre d’hôpital, un homme reprend conscience. Une catastrophe naturelle sème la panique dans la région. La police, tous les secours sont sur les dents. Dans ce chaos, l’homme ne connaît qu’une urgence : regagner au plus vite la maison où on l’attend.


Lorsque Maud Mayeras a demandé sur Facebook ce que nous inspirait la couverture des Monstres, j’ai pris le temps d’y réfléchir et le parti de ne pas répondre. Entre terreur, ambiance et noirceur, mon cœur balançait. Peut-être le livre était-il les trois à la fois, en tout cas, j’ai ressenti quelque chose de suffisamment fort pour faire gronder la passion endormie en moi depuis plusieurs semaines. En septembre, ce ne sont pas moins de huit livres qui sont passés entre mes mains, tous des abandons. Seul Benjamin Whitmer a réussi à me garder, mais la lecture n’ayant pas été un souvenir impérissable, la frustration de n’apprécier totalement aucun roman, se faisait de plus en plus ressentir. Puis il y a eu la sortie et la réception des Monstres.
Vous connaissez déjà mon engouement vis-à-vis de cette autrice, j’ai déjà parlé d’elle sur le blog, à propos de Lux, Reflex et Hématome, et de mon achat du recueil de nouvelles Écouter le noir uniquement dans le but de la lire, elle. Dans mon royaume, si Jax Miller est la reine, Maud Mayeras n’est franchement pas loin derrière. Et donc, j’ai attendu Les monstres, comme d’autres ; et je me suis jetée dessus, comme tant.

J’ai longtemps réfléchi à la façon de parler de ce roman car, si comme moi on ne lit pas les quatrièmes et si l’on a acheté ce roman totalement à l’aveugle, c’est presque dommage de dévoiler le thème central du livre qui s’éveille petit à petit et que l’on découvre, alors, avec horreur. Mais en même temps, je sais que beaucoup de lecteurs aiment savoir vers quoi ils vont, moi la première avec la plupart des bouquins (jamais avec ceux Maud Mayeras, car peu importe le thème, je lis.)
J’ai finalement fait le choix de dévoiler le thème prépondérant, et un peu de l’histoire. Les monstres, se sont deux gamins n’ayant jamais vu le monde extérieur, enfermés avec leur mère dans une cave et conditionnés par un père ravagé du bulbe, qui pense que dehors c’est l’enfer. Les enfants doivent apprendre à se défendre et se protéger des humains, ceux qui sont dehors. En attendant, c’est Aleph qui gère l’éducation, le ravitaillement et contrôle ce qui rentre et sort de la cave : pas grand-chose hormis les excréments et un peu de nourriture. Un jour, il part et ne revient pas. La mère trouve alors la force d’appeler au secours. Elle est sauvée par un homme, mais les enfants terrorisés face à leur sauveur à cause du conditionnement depuis leur plus tendre enfance et persuadés d’avoir été trahis par leur mère qui a agi bien différemment de l’enseignement d’Aleph, s’échappent et se retrouvent dehors, dresser à redouter le monde extérieur. La mère est prise en charge par la police, la vraie histoire de cette famille est étalée, et l’on découvre avec effarement et sous la direction d’une plume tendre et belle, l’horreur, l’incroyable ; l’indicible.

Les monstres est un roman profondément et humainement noir, porté par des personnages d’une extrême tendresse qui sont grattés et qui reflètent totalement l’idée que j’aurais pu me faire d’enfants enfermés depuis leur naissance, même si clairement l’autrice a été encore plus loin dans la justesse du traitement du thème. Un sujet difficile, dont les différents aspects n’ont pas été oubliés, qui bouscule et tiraille ; on parle séquestration et conditions de vie difficiles, voire inhumaines, mais il y a surtout le processus de quasi-endoctrinement qui est déroulé et montré, la psychologie des victimes qui ne savent pas qu’elles en sont, les ravages du lavage de cerveau, les mains tendues qui se démènent pour démêler et retrouver ; comprendre et savoir pour punir et guérir. Peut-être. C’est d’autant plus dur à encaisser et parfois même à lire, que ces victimes ont été ou sont des enfants, et que leur vie leur a totalement échappé dès lors que le bourreau leur a mis le grappin dessus.
Un des gros points forts de ce roman est qu’il ne floute pas ses faits pour les rendre acceptables. L’histoire est brute, poisseuse, pessimiste ; les personnages violents, monstrueux et psychologiquement détruits. Personne n’est ménagé, surtout par le lecteur confronté à l’abominable, mais chouchouté par l’autrice qui lui sert une écriture, comme toujours, belle et arrondie, d’une élégance incomparable pour dire le pire, une écriture faite de naturel et de rondeur, qui berce et contraste avec la noirceur ambiante du roman.

Rien dans ce livre n’est fait pour être beau, et pourtant le résultat final l’est. Les monstres est un roman noir, dur, qui flirte avec l’inacceptable mais conserve une certaine pudeur qui fait que l’on ne tombe jamais dans l’excès. Maud Mayeras a une nouvelle fois fait dans l’excellence en traitant parfaitement le thème central du roman, tout en proposant une écriture parfaite qui se marie totalement avec l’intrigue qui ose la noirceur comme on la voit si peu, avec ce mélange d’horreur et de retenue, qui narre, bouscule, remue, mais ne choque jamais. Nous avons ici, dans son genre, un des meilleurs livres que j’ai pu lire cette année, non pas parce que l’intrigue est parfaite – elle a sûrement ses petits défauts comme tout roman – mais parce que le fond et la forme s’accordent si bien, tout est si justement dosé et construit, que l’on prend du plaisir à lire cette sordide histoire. Et c’est finalement peut-être ça, la force de Maud Mayeras : être capable de tout raconter, sans tomber dans la facilité, en exploitant les personnages, leurs failles et leurs forces, leur âme et ce qu’il reste d’humain chez eux ou pas, et de toujours réussir à faire d’un livre, un putain de roman qui marque et se démarque. Aux lecteurs qui oseront franchir la porte : bienvenue dans le terrier.

3 commentaires sur « Maud Mayeras – Les monstres »

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