Cécile Coulon – Une bête au Paradis


La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance. Une bête au Paradis est le roman d’une lignée de femmes possédées par leur terre. Un huis clos fiévreux hanté par la folie, le désir et la liberté.


Dans Trois saisons d’orage🔎, j’avais apprécié l’écriture, moins l’histoire. J’avais trouvé que la quatrième ne reflétait pas du tout l’intrigue et pire, envoyait le lecteur sur une mauvaise piste, ce qui m’avait fait passer à côté du roman à cause de mes attentes. Je n’ai malheureusement gardé que des bribes de ce livre, mais heureusement, l’expérience avec Une bête au Paradis a été bien différente.

(…) il fallait le voir, aussi frêle dans sa peau que gigantesque dans son chagrin

Il est une chose que je ne peux nier, ce que je n’ai d’ailleurs pas fait à la lecture de Trois saisons d’orage, c’est la qualité littéraire que j’ai pu trouver chez Cécile Coulon. Il y a une aisance, une façon, une vraie identité à dire les choses qui rendent les idées même les plus faciles, belles. Il est rare que je mette en avant l’écriture des auteurs français, peut-être parce que lorsqu’il s’agit, à l’origine, de ma langue maternelle, je considère que les choses manquent de naturel ou qu’au contraire l’on baigne dans la facilité ou la recherche à tout prix de l’originalité jusqu’à faire l’inverse de l’effet recherché. Chez Cécile Coulon, tout semble couler à la fois naturellement tout en étant réfléchi, mais sans jamais être forcé. Le texte est sublimé par des élans de poésie et les fulgurances, dont l’utilisation est équilibrée. En somme, c’est beau, unique et on n’en fait pas trop. C’est la force de cette écriture qui, à mon avis, peut tout dire, et dit tout. La beauté et le chagrin, le bonheur et le moche. Cette écriture renforce les personnages cabossés qui vivent le meilleur comme le pire, le tout dans un décor rural délicieux que j’ai étonnement apprécié, donnant une histoire à laquelle il faut peut-être adhérer.

Drame, romance, roman rural, roman noir ? Une bête au Paradis est tout cela à la fois. Ce livre raconte un drame familial, celui de la famille Émard, dont les membres rescapés sont soudés autour du Paradis, une ferme tenue de main de maître par la doyenne, Émilienne. Pour la seconder, Louis, un commis qui a échappé à la violence parentale, plus ou moins secrètement amoureux de l’inaccessible ; Blanche, le fruit défendu, petite-fille et future relève d’Émilienne, jeune fille forte dont la carapace va irrémédiablement se briser ; et Gabriel, frère de Blanche, un garçon un poil plus brisé que les autres, fragile, qui va éclore avec le temps. Au centre de ces drames et de la ruralité, une histoire d’amour, forte, puissante qui magnifie les vies avant de les assommer. En somme, un roman complet ; classique dans son contenu ; original dans ses personnages ; diversifié dans ses genres ; beau dans son écriture, rendant le tout très agréable à lire et à vivre.
Dans ce roman, ce sont les sentiments qui priment. Ceux que l’on exprime, ceux que l’on garde pour soi, ceux qui éclatent, ceux qui se trompent, ceux qui trompent. Il y a énormément d’humanité et peut-être est-ce le cœur du roman : les relations humaines, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, sincères ou calculées. Ça, et l’âme humaine ; un peu. En définitive, ressortent toujours, au milieu de ce capharnaüm de relations et de désillusions, de drames et de malheur, les liens du sang, plus forts que tout, une loyauté, un engagement muet, un amour brûlant, pour éviter que le bateau chavire.

Une bête au Paradis est un très beau roman, humain avant tout, noir aussi tout en étant léger. L’ambiance rurale du bouquin est parfaitement retranscrite, je me suis retrouvée dans ce décor comme si j’en faisais partie. Avec ce roman, Cécile Coulon vient peut-être de devenir l’autrice à pouvoir me faire lire de nouveau du rural tout en me faisant aimer cela entièrement – de la plume à l’intrigue. Une chose est sûre, le nom de l’autrice vient de s’imprimer et le prochain roman sera probablement décisif. S’il n’y a pas grand-chose – pour ne pas dire rien – à reprocher à Cécile Coulon sur la forme, c’est l’histoire que je vais redouter, à cause de ma première expérience mitigée. On reparlera de cette autrice sur le blog, c’est une certitude, roman rural ou non, car le plaisir de lire les mots de cette auteure suffit à me donner envie de me replonger dans un de ses romans.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s