Marie Neuser – Prendre Lily


Une mère de famille retrouvée assassinée dans sa baignoire, les doigts comme un écrin renfermant deux mèches de cheveux. Le corps d’une étudiante coréenne abandonné la nuit dans un quartier désert. Et des jeunes femmes qui témoignent : leurs cheveux coupés net, tandis qu’elles vivent, marchent, respirent dans une petite ville balnéaire d’Angleterre qui ne connaît pas les débordements.
Non loin de la salle de bains de Lily Hewitt vit Damiano Solivo. On lui donnerait le bon Dieu sans confession si ce n’étaient ces déviances auxquelles il s’adonne en secret. Mais son épouse peut le jurer : Damiano est innocent. Damiano est même victime. Victime, oui : de la complexité d’une machinerie sociale et judiciaire qui sait comment on façonne les monstres.


Pourquoi me suis-je lancée dans la chronique ? Voici une question que je me pose de temps à autre, la plupart du temps lorsque la chronique est négative et que je n’ai rien su positiver dans un roman. La même question posée dans le cas d’une bonne voire très bonne lecture, aura des dizaines de réponses si j’y réfléchis vraiment. Cependant, j’avoue que dans le cas de la critique négative, j’oublie parfois mes motivations. J’oublie que je suis une lectrice d’avis négatifs ou mitigés qui me font parfois acheter un roman, et que je me tourne bien plus facilement vers les lecteurs aux discours nuancés qu’aux adeptes du 100% positif, même si le choix ne se discute pas. J’oublie aussi que la lecture d’un livre que je n’ai pas aimé et que j’associe à une perte de temps, est rentabilisée par le fait de faire quelque chose que j’aime vraiment faire ensuite : chroniquer. C’est déjà ça de gagné, ça de négatif en moins. Bref, retour sur une lecture décevante.


Une chose est sûre, il n’y a pas eu rencontre entre Prendre Lily et moi lorsque j’ai commencé à le lire. J’ai trouvé l’écriture en deçà de ce à quoi je m’attendais, et pire, j’ai été déçue. Outre le fait que je n’ai pas été touchée par la façon dont l’autrice s’exprime, et que j’ai même trouvé certaines tournures de phrases lourdes et l’utilisation de certains mots peu naturelle et donc forcée, c’est la froideur générale qui se dégage de l’écriture qui a imposé une distanciation entre l’histoire et moi. J’aurais déjà envie de dire que c’est dommage, car certains passages qui sortent du cadre de l’histoire sont très bien écrits et plaisants à lire. Marie Neuser est finalement assez douée dans la narration, lorsqu’elle se détache des personnages, que le « je » s’éclipse et qu’on sort un peu de l’intrigue. Autant dire que ce n’est pas ce qu’on trouve le plus dans ce livre et que ces instants où j’ai aimé lire les mots de l’autrice ont été très rares. Avec une écriture comme celle-ci, me faire entrer dans une intrigue à laquelle je ne m’attendais pas du tout au vu de la quatrième de couverture, a été très compliqué, et je pense ne jamais y être parvenu. Forcément, cela a influencé ma lecture, mon expérience et cette chronique, mais le genre-surprise n’est pas ce qui m’a le plus déplu, au contraire.
Je ne m’attendais donc pas à un roman policier, et pourtant, Prendre Lily en est un. Il est certain que si l’on n’aime pas le policier, ça risque de coincer. Ce n’est pas mon cas, j’apprécie et lis du polar, même si je regrette la façon dont certains romans policiers sont camouflés sous l’étiquette ou sous un résumé à tendance thriller ou roman noir (un peu comme ici). Il n’est pas mentionné une quelconque enquête ni même de policiers sur la quatrième, et je trouve ça un peu trompeur puisque cela prend, en réalité, 99% de l’espace. Oui, Prendre Lily est un roman policier, oui il y a des flics et une enquête. En soi, ça ne m’a pas plus dérangée que ça puisque je trouvais la quatrième sympathique, et que du coup j’étais curieuse de voir comment l’autrice allait traiter son intrigue policière avec ce résumé.
L’idée de départ était très prometteuse, seulement avec moi, l’autrice s’est méchamment pris les pieds dans le tapis et s’est affalée de tout son long. Ça a coincé dès le départ : personnages, intrigue, style, genre, rien n’allait avec rien, je n’ai trouvé aucune cohérence, aucune harmonie. Pourtant, j’ai persévéré. D’accord, plus parce que je savais qu’en faisant une pause jamais je ne reprendrai ce livre, que parce que j’avais vraiment envie de le lire, mais quand même, j’ai persévéré. Et ça a été long.

L’intrigue est basée sur un seul concept que l’on étire sur plus de 500 pages : les enquêteurs ont un suspect, un coupable même puisque la présomption d’innocence passe quand même vachement à la trappe, mais aucune preuve. Finalement, on cherche à prouver une théorie, une intime conviction, plus qu’à trouver le coupable d’un meurtre. Déjà, ça coince. Cinq cent pages construites sur le fait qu’une femme a été tuée, que les flics sont persuadés d’avoir trouvé le coupable, n’ont aucune preuve pour l’inculper mais cherchent à partir de rien, le tout répété plusieurs fois selon le cycle « suspect → recherche de preuve → échec » étalé sur plusieurs années, ça fait long quand on n’est pas dedans.
Ça a été pour moi d’autant plus long que jamais l’autrice n’a réussi à semer la conviction en moi de la culpabilité du suspect. Les déductions sont tirées par les cheveux, les intimes convictions basées sur du néant : en somme, je n’y ai pas cru une seule seconde, même une fois le livre terminé. J’ai tout de même essayé de voir dans ce livre une tentative de montrer la façon dont la police et la justice peuvent construire un coupable, ce qui aurait expliqué beaucoup de choses et pourtant, j’ai l’impression que le doute n’est jamais permis et que l’intrigue n’est pas construite de façon à semer le doute, justement. Pour tout le monde, il est clair que le coupable est coupable, et j’imagine que pour le lecteur aussi. Pas pour moi. Dès lors, je n’ai pas saisi l’acharnement ni même les déductions et les intuitions des enquêteurs, que je n’ai en aucun cas partagées. Pas même lorsque l’arrestation a enfin eu lieu avec grand soulagement, puisque j’imaginais que ma lecture allait enfin avoir de l’intérêt. Et non, en fait. Le même schéma a recommencé mais avec une opération différente : « suspect → arrestation → libération du suspect » pour finalement repartir sur de la recherche de preuves, à plusieurs reprises et sans que ça n’amène quoi que ce soit. Dans ma tête, ces flics perdaient leur temps avec une non-histoire, et moi aussi. La résolution de l’affaire n’a rien changé : je ne suis pas convaincue, même par les « preuves », cette affaire n’est pour moi pas close du tout. En définitive, ce n’est pas tant le fait de ne pas croire en la culpabilité du suspect qui me chagrine, mais plutôt cette façon que l’autrice a eu de tourner en rond pendant plus de 500 pages pour arriver à des preuves et conclusions dont certaines auraient pu être trouvées bien avant, et qui elles aussi sont tirées par les cheveux, le tout pour exactement arriver là où on voulait en venir au départ sans avoir l’impression d’avoir été éclairée. Tout ça pour ça.
Peut-être les personnages auraient-ils réussi à me convaincre et à rendre le tout un peu plus palpitant si seulement ils avaient été un peu plus mis en avant, plus décortiqués. Au moins le flic principal. Or, là, rien. Aucun personnage n’a de réelle histoire et d’ailleurs, je n’ai su donner d’apparence, de caractéristiques ou de visage à aucun d’entre eux, si ce n’est le suspect que l’on se contente de surnommer gros tas. Et heureusement qu’il est là, ce Damiano Solivo pour donner un peu de vie humaine à ce livre qui n’est peuplé que de fantômes !

Le pire est que l’autrice a su, parfois, crée un certain intérêt, voire de l’espoir. Le temps d’un chapitre, d’une page, d’un paragraphe, quelque chose en moi s’est réveillé et j’ai espéré. Jusqu’à la fin, j’ai misé sur le potentiel, sur l’espoir, sur le caractère prometteur de la quatrième, et si le dernier tiers est un peu plus rythmé, je reste avec ce goût de « je n’y ai pas cru une seule seconde » et d’inachevé, et de façon générale avec une grande frustration, celle de ne pas avoir adhéré à cette histoire ni à la façon dont elle est racontée.

4 commentaires sur « Marie Neuser – Prendre Lily »

    1. Il a été majoritairement aimé, effectivement. Certains ont été touchés par le fait que c’est tiré d’une histoire vraie. J’ai trouvé l’ensemble plutôt fade et très long, mais de toute évidence d’autres ont vécu ce livre différemment de moi, et tant mieux 😁

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s