Jax Miller – Les infâmes

Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans une petite ville de l’Oregon, sous protection du FBI. Hantée par son passé douloureux et la mort brutale de son mari, elle souffre d’avoir abandonné ses deux enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère. En apprenant la disparition de sa fille Rebekah, élevée par un pasteur aux croyances radicales, elle part avec l’énergie du désespoir pour le Kentucky. Après tant d’années à se cacher, quitter l’anonymat c’est laisser à son bourreau l’occasion de la retrouver. Et de se venger.
Entre les paumés magnifiques, les flics indélicats, les dégénérés de sa belle-famille et de dangereux fanatiques religieux, son périple tourne à l’odyssée.


Voilà, nous y sommes. Quasiment deux ans après la découverte de Candyland de Jax Miller, incroyable roman qui a bouleversé ma vie de lectrice, modifiant mes goûts, mes attentes et mes préférences vers ce que j’aime désormais à présent, je me plonge dans le premier roman de l’autrice : Les infâmes. Un livre que j’ai mis très longtemps à acheter par peur de le lire, de ne pas autant l’apprécier, d’être déçue, tant Candyland a été miraculeux. Fou. Car Candyland avait tout : une intrigue en béton, brumeuse, labyrinthique presque. Des personnages forts, sombres, charismatiques. Un style, une écriture, une identité. Bref, tout ce qui fait d’un roman, un très bon roman pour moi aujourd’hui.
Il ne m’a fallu que deux pages pour sentir, savoir, que Les infâmes serait à la hauteur. Il ne m’aura fallu qu’un petit prologue et une rencontre avec Freedom pour savoir que ce personnage allait porter l’intrigue de sa noirceur, ses faiblesses, ses erreurs, sa tendresse et sa putain d’humanité. Oui, Jax Miller, c’est ça. Des personnages si forts qu’ils en deviennent essentiels. Et une histoire, aussi. Sombre, sale et belle en même temps.

Et tout à coup, je comprends chez quel genre de personnes j’ai atterri.
« Vous êtes des Indiens, dis-je à l’homme qui revient avec une tasse fumante.
– On préfère dire Amérindiens, répondit-il en posant la tasse sur la table de nuit.
– Des Indiens politiquement corrects, alors ? »
Il esquisse un demi-sourire, à la fois enfantin et innocent. J’ai rarement vu un homme aussi beau de ma vie. Un menton carré, des yeux noirs et doux. Le feu l’éclaire comme une sculpture, dessinant ses muscles sous un tee-shirt. « Buvez.
– Qu’est-ce que c’est que cette merde, une potion indienne avec des racines et des baies empoisonnées ?
– Du café de chez Starbucks. »
L’homme attache ses longs cheveux en queue-de-cheval avec un élastique qu’il retire de son poignet. Des lunettes à montures noires glissent de sa tête et atterrissent sur son nez.
« Et on peut savoir pourquoi j’ai le cul à l’air ? Je crache.
– On vous a déjà dit que vous juriez comme un charretier ?
– Je t’emmerde. Danse avec les loups. »

L’intrigue tourne autour de Freedom, personnage charnière, doux et brute à la fois. C’est bien évidemment cette ambivalence que j’adore chez les personnages de roman (détail dont j’ai parlé dans ma chronique sur L’empathie), et que Jax Miller maîtrise comme personne. À mes yeux, cette autrice est la meilleure lorsqu’il s’agit de modeler des personnages à l’âme aussi noire que lumineuse, au ton si rêche que doux, aux comportements si sombres et durs qu’humains et bienveillants. On n’y échappe pas une fois de plus ; l’autrice joue avec nos nerfs et avec ceux de ses personnages. Tout peut arriver, chacun peut déraper et une seule certitude : on ne sait jamais de quoi la prochaine page sera faite. Ni la fin, d’ailleurs.

Alors, ça raconte quoi Les Infâmes ?
Eh bien, comme d’habitude, je n’ai pas lu la quatrième, et c’est totalement vierge que j’ai découvert cette intrigue. J’aurais donc envie de dire que ce livre raconte Freedom, ses drames, son destin. Cette femme à la nouvelle identité et qui vit recluse depuis des années, doit sortir de l’ombre pour affronter son passé. C’est réducteur, bien sûr, car rien n’est jamais aussi facile avec Jax Miller dont les histoires sont un sac de nœuds très bien organisé, les personnages et leurs actes ayant un lien ou une conséquence avec et sur un autre personnage ou l’histoire. Pour situer un peu les romans de cette autrice, je les range avec Satan dans le désert de Boston Teran par exemple, ou Le diable en personne de Peter Farris, deux romans parus chez Gallmeister. Non pas que les histoires se ressemblent, mais parce qu’on est un peu dans le même univers de bien et de mal, mais toujours de noirceur, avec un travail pointilleux sur les personnages à double facette et les histoires sombres et belles en même temps. En somme, on est pile dans ce que je préfère lire et vivre. Difficile donc de dire de quoi parle Les infâmes lorsque ce roman fait partie de ceux qu’il faut lire pour comprendre. Et puis surtout, ce livre me dépasse tant il est bon. Parfait. On y traite plusieurs sujets, mais l’amour maternel y prend une place considérable, dans un contexte dramatique et noir qui rend l’intrigue encore plus intense.
Freedom est un personnage tellement puissant, tellement comme j’aime, qu’exprimer mon avis et la façon dont j’ai vécu cette lecture est très complexe, car en définitive, c’est abstrait. Ça se passe entre le livre et moi, comme avec Candyland, comme avec les romans de Marcus Malte. Le décor est tellement bien planté, les émotions et les sentiments décortiqués, les personnages tellement bien dessinés et l’histoire et sa construction si maîtrisées, que je reste un peu coconne devant ma page blanche à me demander : comment je peux dire ceci ou cela ?

Si vous aimez le (vrai) noir avec des âmes torturées qui jonglent entre le bien et le mal, le blanc et le noir, l’ombre et la lumière ; si les histoires un peu complexes, pessimistes, sombres, à plusieurs tableaux et qui ne finissent pas forcément bien pour tout le monde ne vous dérangent pas ; si les romans américains ne vous effraient pas ; et si vous êtes chaud pour un voyage dans le Kentucky, Les infâmes est pour vous. Mais il est en fait pour tout le monde. Jax Miller, quoi. La perfection au féminin : j’aurais dû commencer par ça.

6 commentaires sur « Jax Miller – Les infâmes »

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