Brian B. Merrant – Espoir, sors-moi du noir (relecture)

« Il avait préféré se retirer du monde et de son agitation stérile.
Il avait choisi la solitude pour seule conseillère, pris la mer comme maîtresse et la plume comme horizon. »
Ce récit est celui de deux destins qui s’entrecroisent autour d’une malle à histoires enfouie sous le sable par un vieil homme voilà longtemps, après ce drame qui a frappé sa vie.
Ce coffret qui renferme ses textes, écrits pour celle qui fut son évidence lumineuse, se révèle être une invitation au voyage entre drame, absurde, amour et espérance.
Deux rencontres entre espoirs et souvenirs, rêves et réalité, lumière et obscurité.


« Malgré l’atrocité d’une existence marquée par un drame insoutenable, l’espoir sortait du noir »

En me lançant dans la relecture d’Espoir, sors-moi du noir, j’avais deux objectifs. Consacrer le peu de temps disponible en ce moment à la lecture en relisant un de mes classiques, promesse de passer un très bon moment, le même genre de moment passé il y a trois ans lorsque j’ai découvert ce livre ; et proposer une chronique différente de la première, moins instinctive et spontanée, plus travaillée et étayée, et construite différemment, car à l’époque je débutais aussi bien avec la chronique qu’avec la lecture. Aussi, me suis-je dit qu’avec trois ans d’expérience littéraire dans les tripes (et un peu dans la caboche), lecture et chronique seraient très différentes. C’était même le risque, en définitive, de finalement me rendre compte que j’en avais un peu trop fait avec ce roman et cette chronique – retravaillée depuis -, même si, disons-le, il y avait très peu de risques. Et comment vous dire ? Rien ne s’est passé comme prévu.
D’abord, vous le sentez sûrement venir, cette chronique va être bordélique et encore plus brumeuse que la première. Parce qu’il ne suffit pas de publier quelques centaines de chroniques pour savoir à tous les coups poser des mots sur un ressenti, encore moins pour parler d’un livre, celui-ci précisément.
Second point, ce n’est pas parce qu’on lit « beaucoup » que certains livres perdent de leur charme, de leur originalité, et leur côté ovni. Parfois même, ils en gagnent encore plus en passant derrière pléthore de romans plus ou moins réussis. Espoir, sors-moi du noir est de ceux-là : de ceux que l’expérience embellie, de ceux qui deviennent encore plus beaux lorsqu’on a du vécu (littéraire ou non). Et aujourd’hui, je vous reparle de ce roman, les yeux encore embués… pour la seconde fois.

Le temps a passé depuis ma première lecture de ce livre, les histoires ont défilé, et pourtant, Espoir, sors-moi du noir garde les mêmes qualités scénaristiques, littéraires et stylistiques que je lui avais trouvées, il y a des mois. Il est le genre de romans dans lesquels j’entre dès les premières lignes, accompagnée et tenue par la main par un auteur, que dis je ! un écrivain qui, à défaut d’imposer son histoire aux autres, cherche à nous la faire découvrir, en nous poussant à l’intérieur peu à peu, jusqu’à être totalement immergé. Espoir est l’exception. Il est le livre dans lequel le personnage écrivain est fondé, utilisé à bon escient, sur fond de philosophie, un peu, de poésie, beaucoup, d’humanité et d’amour assurément. Ce livre est son auteur, et ceci explique pourquoi, sûrement, il reste mon préféré. Mais parlons un peu de l’histoire de ce roman trop méconnu à mon goût.

Espoir, sors-moi du noir raconte plusieurs histoires, celles des personnages dans un premier temps, puis celle du livre en lui-même. Ou l’inverse. Jamy est un jeune homme passionné de lecture et d’écriture, que ses parents envoient chez son parrain, un écrivain raté, afin de le remettre dans le droit chemin, de lui faire perdre ses illusions et de le ramener, si possible, du bon côté, celui des prestigieuses carrières d’avocat. Le but étant tout simplement de détruire son rêve et ses ambitions. Pourtant, ce n’est pas totalement ce qui va se passer. Certes, le parrain de Jamy va lui apprendre des choses, lui faire perdre des illusions, lui en procurer d’autres, mais au fil des pages, le jeune homme va grandir, s’ouvrir, éclore, et la sagesse du parrain n’aura d’égal que sa bonté. À travers les pages, se sont les histoires et parcours de chacun qui vont nous être narrés, les leçons de vie évoquées, le tout, construit avec originalité et intelligence, donnant à ce roman un charme fou, une identité, quelque chose d’unique que je n’ai jamais retrouvé ailleurs et que je sais avec certitude, ne jamais trouver autre part.
La construction des histoires sous forme de nouvelles dans l’histoire de l’histoire du roman (oui, on a beaucoup de niveaux), fonctionne toujours, même en la connaissant à l’avance, même en ayant croisé des constructions similaires, mais jamais égalées, évidemment. Car l’auteur maîtrise cette construction à un niveau supérieur des autres ouvrages que j’ai pu lire. Le pari était risqué, il est pourtant réussi, sublimé, justifié, nécessaire en réalité.

Le fait est qu’en trois ans, j’ai grandi, j’ai appris des choses, j’ai affiné mes goûts, et mon expérience littéraire m’a énormément apporté. Sans parler de ma vie personnelle ; il s’en passe des choses en trois ans… De ce fait, les sujets traités, les idées véhiculées, parfois sous-entendues, les interprétations que l’on peut faire des différents textes, les liens que l’on peut créer avec soi-même, ont été bien plus présents que la première fois, même si en 2017 déjà, ce roman avait terriblement résonné. Si bien que je me suis rendu compte que j’avais énormément gardé de ce livre, ce qui est rare. Je me suis même appropriée certaines idées, voire des concepts, des façons de voir, d’analyser, de concevoir les choses, sans m’en rendre en compte, réalisant alors que, non, ça n’est pas de moi ^^ Ce livre m’a beaucoup apporté ; je me rappelais de beaucoup de choses, de scènes marquantes, d’idées, de phrases percutantes, de l’intrigue surtout, pour finalement réaliser que l’ensemble du bouquin s’est imprimé en moi. Me connaissant, ou pensant me connaître, j’ai été très étonnée de me souvenir d’autant de choses et de m’apercevoir, qu’au fond, j’avais tout gardé. Si ce bouquin ne m’a pas marquée, lequel le fera ?
Je l’ai lu différemment, avec un regard peut-être plus mature, des attentes plus pointues, des préférences affinées, et il a diablement fait le boulot. Oui, il y a des « au final » qui traînent dans le texte et c’est sûrement l’unique défaut que je peux trouver à ce livre – et ne pas le souligner serait faire preuve de mauvaise foi, quand on me connait un peu ^^ Cependant, je ne peux que doublement conseiller ce livre, pour une fois, car il possède toutes les qualités que j’attends d’un roman : une histoire en béton, de l’originalité dans l’intrigue et les personnages, une profondeur, des sujets traités et non survolés, et une écriture. Car Brian Merrant, parmi ses multiples talents, possède celui de l’écriture et Dieu sait qu’il fait partie des auteurs que j’envie pour savoir dire les choses avec poésie et beauté. Il faut parfois oser sortir du noir.

6 commentaires sur « Brian B. Merrant – Espoir, sors-moi du noir (relecture) »

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