Laurine Valenheler – Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang

Au cœur de l’hiver 2017, quatre ans après les débats sur le projet de loi « Mariage pour Tous », plusieurs couples d’hommes sont retrouvés morts en petite couronne de Paris. Sur les scènes de crime, la signature marque les esprits : entre les corps des victimes sont retrouvés des triangles de tissu, roses comme le symbole de la persécution des homosexuels sous le IIIème Reich.
Pour l’équipe de Maël Néraudeau et Yohann Folembray, lieutenants à la Section criminelle du SDPJ 94 et partenaires à la ville comme à la scène, le compte à rebours est lancé. Le mot d’ordre est sur toutes les lèvres, y compris celles de la presse : mettre la main sur l’assassin et enrayer la vague de folie meurtrière. Mais face à un criminel aussi obscur qu’imprévisible, les enquêteurs se retrouvent désarmés, et ce malgré l’appui d’un capitaine de la Brigade des crimes sériels de l’OCRVP venu se greffer à la section pour les assister. Le sadisme du meurtrier se révèle alors sans limite lorsque l’affaire prend un virage dramatique pour les deux coéquipiers et amants. Entre les plaies endormies qui se réveillent et la colère qui les déchire, affectant l’équilibre du groupe, le terrain est plus libre que jamais pour le Tueur au Triangle Rose, qui profite de la diversion pour passer à la vitesse supérieure et parachever son acte final…
En France, une agression homophobe se produit toutes les 33 heures.
En France, en 2019, des hommes et des femmes sont insultés, roués de coups, brisés moralement et physiquement parce qu’ils se tiennent la main dans la rue.
Entre la fiction et la réalité, entre haine institutionnalisée et passage à l’acte criminel, il n’y a plus qu’un pas et quelqu’un finira par le franchir.


Dans les retours que j’ai lus à propos de ce livre, j’ai beaucoup vu que les lecteurs avaient craqué pour le titre. Peut-être aurais-je fait la même chose si je n’avais pas découvert Laurine par un autre biais : Facebook. Car c’est bien à travers ses retours de lecture brillamment écrits, sa répartie, son humour ainsi que la douceur qu’elle dégage sur les réseaux sociaux, que j’ai découvert cette autrice qui, à l’époque, galérait bien comme il faut pour publier son livre sur Amazon – et c’est rien de le dire. Elle n’a jamais rien lâché ; son bébé, elle voulait qu’il sorte. Finalement, il s’est décidé à pointer le bout de son nez, ce bébé, et je me suis jetée sur l’extrait, chose que je ne fais jamais, mais la curiosité l’a emporté cette fois-ci. Le seul regret que j’ai eu après avoir fini de lire les quelques pages disponibles sur Amazon, a été de ne pas avoir le bouquin entre mes mains pour le continuer, tant j’ai aimé l’écriture et le début de ce livre qui m’avait bien agrippée. Pourtant, il a fallu plusieurs mois avant que je l’achète et l’ouvre, pour finalement le lire et vous en parler aujourd’hui. Verdict ?


Dans la grande famille que sont les personnages de roman, il y a ceux qui passent et ceux qui marquent. Allons-nous encore parler de Hilton ? Allez, laissez-vous tenter par cette duologie. Bref. Yohann et Maël, tels Elio et Oliver, et avant eux Hilton💖, ont transpercé quelque chose en moi en abordant un sujet et une thématique, mais surtout en étant eux-mêmes. Ils sont le genre de personnages que je visualise et qui prennent clairement vie sous mes yeux, et j’y crois tellement fort que je ne les laisse jamais repartir, leurs histoires et leurs tragédies profondément plantées dans ma peau telle une épine qui parfois en effet pique un peu, parce qu’elle touche quelque chose de très personnel. Ces personnages embrassent l’intrigue pour ne faire qu’un avec elle et en définitive, l’un et l’autre deviennent indissociable. Dès lors, les messages (et les intentions) passent vraiment bien, sans avoir l’air d’être des messages justement parce que parfaitement bien intégrés à l’intrigue qui nous emmènent, dans le cas présent, au bord de l’inimaginable en matière d’intolérance. Parce que oui, Maël et Yohann sont en couple, au travail comme à la vie, fréquentent des couples homosexuels et baignent dans ce qui se fait de plus terrible dans l’homophobie, autant dans leur vie personnelle que professionnelle.

Si je vous ai parlé de Laurine en introduction, c’est parce que tout ce que j’apprécie chez elle et ce que j’ai pu « déduire » de ses interventions avant la publication de son roman, se retrouve dans son livre. L’écriture, la répartie, l’humour, la douceur, la persévérance et les convictions : tout est là. Ça change des auteurs qui se donnent un genre sur Internet en laissant penser que, et qui, dans leur bouquin, sont bien loin de l’image qu’ils tentent de vendre. Sacré débat.
Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang est un doux mélange de thriller et de roman policier, avec des personnages et une enquête qui permettent à l’autrice d’aborder des sujets de façon très large et grattée, le tout saupoudré de romance. Car oui, au cœur de cette intrigue, on trouve Maël et Yohann, un couple de flics qui enquêtent sur l’assassinat de couples gay. Ainsi, le lecteur est convié à entrer dans la vie privée de ce duo qui donnerait envie d’être amoureux et de vivre une histoire d’amour folle, pleine de passion et de tendresse. Cependant, tout n’est pas et n’a pas toujours été rose pour les deux garçons qui ont dû se battre, d’une part dans leur milieu professionnel où les homosexuels ne sont pas « acceptés » (ça fait mal d’employer ce mot, mais c’est une réalité) par tous, encore moins lorsque les deux parties font partie de la maison et qu’en plus, elles travaillent dans la même équipe ; mais également dans leur vie personnelle qui n’a rien d’un long fleuve tranquille. Cette immersion donne l’occasion à l’autrice de développer ses personnages et leur histoire, une histoire bouleversante et révoltante aux teintes dramatiques, histoire qui permet d’approfondir les thèmes généraux du roman, autant du côté des homophobes et de leurs convictions, que des homosexuels persécutés et leur harcèlement. Une façon très habile de la part de l’autrice d’ouvrir un peu plus l’éventail et de parler, je pense, de sujets qui lui tiennent à cœur. Bien sûr, on n’est pas dans un roman sentimental, mais ce couple, en plus de servir le propos général et de mettre en lumière la sensibilité de l’autrice, contraste grâce à son côté romantique avec l’autre pan du roman, plus violent, plus noir.
Un tueur en série sévit et il n’épargne aucun couple gay. Très rapidement, le caractère homophobe de ces meurtres est admis lorsque dans plusieurs scènes de crime un élément revient : le triangle rose qui, dans l’univers concentrationnaire nazi était le symbole utilisé pour « marquer » les homosexuels masculins (source : Wikipedia). Un fait méconnu dont on parle très peu dans les documentaires sur le nazisme, que j’ignorais d’ailleurs, mais que l’autrice a déterré avec tact sans brandir la carte du nazisme à des fins vendeuses. Voilà qui donne envie de se renseigner et encore une fois, la trame de l’intrigue suit sa ligne directrice avec ce pan polar qui permet d’ouvrir de nouvelles fenêtres du thème général.

Ce livre, à mon sens, éclaire la littérature noire d’une douce et chaude lumière dont elle a sérieusement besoin. Des romans aussi complets sont de plus en rares et pour cause, il semble plus aisé, dans le thriller et le roman policier, de jouer sur diverses révélations et autant de twist ending sans réellement prendre en compte les développements. Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang n’a rien de conventionnel, rien de lisse, rien de facile, il est très complet et aborde ses thèmes en profondeur, comme on aimerait le voir plus souvent.
Si l’histoire policière est évidemment au cœur du roman, je ne saurais classer ce livre dans la catégorie polar. Il est bien plus que cela, proche de ce genre et à mille lieues en même temps. L’homophobie prend bien sûr énormément de place et, étrangement, ce n’est pas piquant ni acide. Le discours, bien qu’assumé, ne fait « que » relater des faits sur un ton, certes, insurgé, mais modéré. C’est un peu le risque avec ce genre de thème et de sujet, que l’opinion de l’auteur fasse trop de bruit via un discours virulent et empli de colère, voire de ressentiment. Dans ce roman, les personnages sont révoltés, oui, mais ils ont des raisons valables et ne sont pas qu’une excuse pour l’autrice pour déballer ses convictions et son indignation ; en réalité, ça ne se sent pas du tout et c’est ce qui fait que le message passe. Ça, et les personnages qui sont à eux seuls un symbole.
J’ai trouvé l’enquête rondement menée et hyper bien construite, qui m’a franchement donné envie de retrouver le duo de flics et l’équipe dans une autre enquête, même sans le thème principal du roman. En soi, c’est quelque chose d’avoir su à la fois rendre indissociables les personnages et l’intrigue portée par un thème fort symbolisé justement par ces personnages, et en même temps de dissocier suffisamment les deux pour rendre les flics légitimes dans une intrigue qui n’aurait rien à voir. C’est un détail que je ne m’explique pas, mais en réalité, il y a beaucoup de choses que je ne m’explique pas avec ce roman, dont la lecture a donné lieu à une vraie rencontre, un vrai moment de partage et d’immersion, et un attachement inébranlable à Maël et Yohann que je suis certaine de ne jamais oublier. Et du coup, une chronique particulière, assez loin de ce que je propose d’habitude, mais c’est ainsi que je la voulais.

Refermer un livre, c’est parfois se confronter aux effets secondaires d’une rupture amoureuse ou amicale. Tous les symptômes ou presque sont là, le manque en tête. Ça grouille dans le ventre et dans le cœur, on ne sait pas trop ce que c’est, mais c’est là, bien vrai et presque palpable. Ça fait un peu mal, mais c’est surtout la sensation d’être désormais incomplet et de ne plus avoir, ou d’avoir perdu quelque chose, qui dominent. Quelque chose qu’on n’aura plus jamais.
La lecture est un plaisir solitaire qui ne procure rien d’identique d’un lecteur à un autre. Le plus terrible n’est pas là. Ce n’est pas de savoir que personne, absolument personne, ne peut exactement comprendre mon ressenti, mes émotions et mon état post-lecture. Le plus terrible, à mes yeux, reste l’après, lorsqu’on se retrouve seul, le livre fermé posé sur les genoux, avec pour seule compagnie la petite voix qui nous dit : voilà, c’est fini.
Et je sais que même en relisant ledit livre, je ne revivrai plus jamais la même chose, que c’était beau mais unique et que ce n’est déjà plus pareil, la magie de l’instant présent se désintègre lentement dès lors qu’il appartient au passé, et plus jamais on ne ressent la chose avec la même exactitude que lors de l’instant présent. Même avec tous les efforts du monde. C’est triste, mais c’est ainsi.

L’auto-édition est capable d’offrir des Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang, et putain, merci. Merci Laurine, jeune écrivaine qui a tout si ce n’est plus, d’une grande. Ce sera ma conclusion.

Pour aller plus loin, un article très complet, sorte d’annexe, rédigé par l’autrice elle-même est disponible sur son site. Article garanti sans spoil. Pour le lire, c’est ici.

4 commentaires sur « Laurine Valenheler – Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang »

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