Sonja Delzongle – Dust

Installée à New York, Hanah Baxter, profileuse française de renom qui traque les tueurs en série, est appelée en renfort par la police de Nairobi dont l’enquête piétine. Depuis plusieurs mois, on retrouve des croix de sang tracées dans la poussière, mais aucun cadavre. Crimes de psychopathe? Meurtres rituels? Sorcellerie? Dès son arrivée au Kenya, Hanah découvre que des hommes et des femmes albinos sont massacrés à la machette. Cette double enquête conduira la profileuse aux confins de la folie humaine…



Je sais ce que vous allez vous dire ; je vous casse sérieusement les noisettes, « jamais contente celle-ci ». Mais je n’y peux rien si Dust et moi, avons été timides au départ. Et puis je n’ai pas envie de vendre un « super bouquin que j’ai trop aimé » (même si c’est le cas, en définitive), alors que j’ai eu des doutes au départ et qu’il m’a fallu une centaine de pages pour me dire que, peut-être, finalement, ça allait le faire. Alors, que s’est-il passé ?

Pour être honnête, je pense avoir trop écouté, mais surtout entendu, les lecteurs qui adorent Sonja Delzongle et pour qui, tout chez cette autrice est incroyable, surtout l’écriture. Finalement, je pense n’avoir retenu que ça : Sonja Delzongle, c’est une écriture. Mais vous savez, c’est un peu comme avec Sandrine Colette ou Claire Favan que l’on m’a vendues comme d’incroyables plumes, et moi, je reste plus ou moins hermétique ; j’aime bien, mais pas au point d’en faire un argument comme c’est le cas avec un John Hart ou un Marcus Malte. Alors j’avoue que lorsque j’ai découvert la plume de Sonja Delzongle, j’ai bien sûr aimé, je suis loin de dire que c’est mauvais parce que ce n’est pas du tout le cas (sur mon échelle de bonne écriture française, on est très bien placé), mais je n’ai pas été subjuguée comme d’autres ont pu l’être. C’était un peu inquiétant, car, si dès le début, je ne rejoignais pas complètement les lecteurs sur l’écriture, comme le reste allait-il se passer ? D’autant plus qu’au départ, j’ai aussi eu des problèmes avec les premières déductions, car certaines m’ont semblé rapides et faciles. Comme lorsque le tueur décide de lancer un avertissement à la profileuse en changeant de type de victime, et que la profileuse, au premier coup d’œil se dit « ah ! Mais ça, c’est un avertissement à mon égard, moi personnellement », mais… mais quoi ? Et toutes les autres possibilités alors, on marche dessus ?
Ça partait moyennement bien et je me suis vue souffler à chaque déduction jusqu’à la fin du roman. Heureusement, ça ne s’est pas passé comme cela. Après avoir découvert l’intrigue, les personnages, le style de l’autrice et l’ambiance africaine du bouquin, je me suis laissée porter, probablement séduite par le personnage central de ce livre, Hanah Baxter, profileuse – et les déductions peu convaincantes ont disparu, surtout. Car les profileurs et moi, c’est une histoire d’amour qui dure depuis des années, mais que je consomme sporadiquement afin de ne pas la consumer. Aussi, quand je retrouve ce personnage presque par hasard, c’est avec joie non dissimulée que je l’accueille. Cependant, ici, il ne faut pas s’attendre à une utilisation totale des capacités et compétences de vrais profileurs puisqu’on s’éloigne un peu de ça avec Hanah Baxter. En définitive, le métier de profileur n’est pas un argument pour donner envie de lire ce livre, car le métier, en tant que tel, n’est pas utilisé ni gratté dans le roman. Par contre, ce personnage ne m’a pas laissée indifférente et pour cause, tout chez elle est différent et original. Nul doute que je n’ai jamais vu ce type de flic/profileur ailleurs, que cela concerne ses méthodes de travail, sa personnalité ou son style de vie.

Outre les méthodes très surprenantes de la profileuse, on trouve dans Dust beaucoup d’originalité, que ce soit avec le tueur en série, ses méthodes, le mode opératoire ; les victimes ou le décor africain. Alors là, c’est un grand oui ! Adieu FBI et police française, on se retrouve au cœur de l’Afrique, loin des grandes métropoles habituelles dans le roman policier et le thriller, et ça, c’est hyper chouette ; on voyage, on apprend des choses, on découvre un pays, une culture et un folklore, et pour le coup, la passion de l’autrice pour ce continent transpire à chaque page. Le sujet traité des albinos et de leur considération en Afrique est passionnant autant qu’il est révoltant, et l’enquête aux crimes hors normes est assourdissante.
De mon point de vue, le plus gros point fort du livre est qu’on ne se cantonne pas qu’à une enquête traditionnelle, même si elle reste là. Bien sûr, Dust a un côté polar très prononcé, mais il a aussi un pan thriller très développé, creusé et passionnant, qui ouvre les yeux du lecteur et lui propose une intrigue vraiment originale à base de sorcier et de folie humaine, lui faisant côtoyer l’horreur et l’impensable, sans jamais tomber dans le trash ou la surenchère. L’autrice maîtrise son sujet et ça se sent ; elle n’a pas besoin d’en faire des tonnes dans le morbide et le choquant pour bousculer le lecteur, l’écriture suffit à narrer l’indicible et à transmettre ce qu’elle sait.

Si au départ, j’ai eu quelques frayeurs, qui viennent sûrement de mes expériences passables avec le policier et le thriller français, Dust s’avère être un très bon roman qui se gobe malgré 554 pages (au format poche). Parce que l’autrice ne se contente pas de proposer une enquête policière palpitante et qu’elle s’écarte bien souvent du sujet, s’immisce dans divers thèmes qu’elle ne survole pas et étend son intrigue à bien plus large qu’un pan policier. Les personnages envoient du lourd, bien loin des codes et stéréotypes habituels, et qu’est-ce que ça fait du bien, cette fraîcheur ! En somme, un livre à tenter, sans aucun doute.

8 commentaires sur « Sonja Delzongle – Dust »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s