Benjamin Whitmer – Évasion

1968. Le soir du Réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, autour de laquelle vit toute une petite ville du Colorado encerclée par les montagnes Rocheuses. L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs. À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une trafiquante d’herbe décidée à retrouver son cousin avant les flics… De leur côté, les évadés, séparés, suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable. Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.


Je l’ai bien souvent répété : je ne me force jamais à lire un roman. Mettre de côté un livre parce que je ne suis pas dedans, parce que je manque de concentration ou parce que, finalement, il ne me plaît pas tant que ça ou que je n’ai plus autant envie de le lire, ne me pose aucun problème de conscience. Que le roman soit d’un écrivain que je ne connais pas ou d’un auteur que je côtoie, d’une maison d’édition inconnue ou que j’adore, ne change pas grand-chose à mon état d’esprit.
J’ai commencé Évasion quelques jours avant la réception de L’Institut de Stephen King, et j’avais beau l’apprécier, je n’étais pas dedans. Je me suis embrouillée avec les personnages, confondant Bellingham et Warrington par exemple (l’un étant un évadé, l’autre un gardien de prison, ça la foutait mal de les confondre pour suivre l’intrigue), et d’une séance de lecture à une autre, il fallait que je reprenne les anciens chapitres pour remettre les choses à leur place dans ma tête. Période difficile de lecture est synonyme de manque de concentration, et pour certaines lectures, c’est fatal. J’ai donc remis cette lecture à plus tard, que je me suis empressée de ressortir une fois la mauvaise période passée – ce qui explique pourquoi je vous quittais dans le dernier article Au fil du mois avec cette lecture et ne vous en parle qu’aujourd’hui. Et en le reprenant, je réalise pourquoi ça ne l’a pas fait. Clairement, je n’avais pas l’attention et la concentration adéquates pour une histoire aussi riche en personnages, en chapitres et en rapidité de changement de point de vue.

Sur le papier, l’histoire est simple, presque trop. Un soir de réveillon, douze prisonniers s’évadent par la porte nord de la prison d’Old Lonesome. Gardiens et journalistes se mettent à leur poursuite.
Dans les faits, c’est un peu plus compliqué que ça. Le roman est construit avec des chapitres courts qui jonglent entre différents points de vue : le détenu, le traqueur, la hors-la-loi, les journalistes… chacun croisant ou suivant la piste de l’autre. Dans chaque partie, on retrouve d’autres personnages – otages, dommages collatéraux, gardiens, habitants – et décors, et parfois même, des intrigues parallèles. Et donc, il faut suivre.
Évasion, c’est donc l’histoire d’une traque ou plutôt, d’une excuse pour aller gratter du côté des vies des uns et des autres, et balader le lecteur dans des décors hostiles et glacials afin de rattraper, un par un, les détenus qui galopent comme des lapins. Entre alliance et survie, une personnalité va ressortir plus que les autres, celle de Mopar, un prisonnier qui va être, en définitive, la pièce centrale de cette « interminable » traque. Mopar, c’est un peu le personnage nounours, doux mélange de brute et de douceur pour qui on a beaucoup de tendresse alors qu’il est un assassin ; un personnage charnière qui va réunir l’ensemble des protagonistes pour clore le roman en apothéose.
Dans Évasion, certains cœurs sont gelés, certains personnages abominables et détestables, mais lorsqu’on accompagne Mopar, c’est de la chaleur qui se dégage de l’intrigue pourtant glaciale – et le temps hivernal renforce cette sensation de froideur généralisée. Une chaleur qui, finalement, arrive à percer chez d’autres personnages, les faisant tous évoluer plus ou moins dans le bon sens. Les personnages vivent, se transforment, changent avec l’histoire et leur vécu, et comme très souvent chez Gallmeister, on tiraille les failles pour rendre les personnages moins fictifs et plus authentiques de sorte que leur destin touche le lecteur (moi) personnellement.
Le roman enveloppé de son manteau blanc glace le sang, en somme, il s’agit d’un roman noir comme je les aime, avec sa dose de personnages cabossés, de noirceur, d’âmes plus ou moins humaines, qui remue bien comme il faut histoire que je m’en souvienne. L’action n’y est certes pas présente à chaque chapitre, l’histoire peu dense prend son temps et avance à un rythme irrégulier – tantôt dans l’action, tantôt dans la passivité -, mais ce qui importe le plus, en définitive, est cette ambiance presque polaire qui englobe aussi bien la température que les âmes, et qui accompli le miracle d’habiter le lecteur autant qu’elle habite l’histoire.

Encore un sublime et incroyable roman chez cette maison d’édition qui n’en finit pas de me surprendre et de me séduire. Évidemment, la noirceur y est pour beaucoup, les personnages torturés également, mais dans ce roman-ci, c’est surtout l’ambiance qui m’a beaucoup plu. Et si cette ambiance est aussi présente, c’est parce que l’auteur a su, grâce à son écriture, l’instaurer parfaitement. De façon générale, Benjamin Whitmer est juste dans ce qu’il raconte, dans la cohérence et la vraisemblance de son intrigue. Il a su tailler des personnages à la perfection pour totalement coller à l’histoire et la rendre encore plus forte et authentique, en gardant une certaine simplicité : pas de surenchère dans ce bouquin, ni dans la noirceur ni dans l’action. On apprécie.
Je découvre l’auteur avec ce roman, mais ce n’est pas la première fois que j’en entends parler. Beaucoup de lecteurs ont lu et aimé Pike, et je compte le lire cette année histoire de découvrir un peu plus l’auteur, d’autant qu’on dit ce livre encore meilleur qu’Évasion : j’ai hâte !

8 commentaires sur « Benjamin Whitmer – Évasion »

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