Marcus Malte – Cannisses

Dans un lotissement de province, un homme tente de surmonter la mort de sa femme et d’élever seul leurs deux enfants. Retranché derrière ses cannisses, il observe ses voisins: un couple et leur petite fille. Une famille unie, en bonne santé, qui vit avec insouciance et légèreté dans un pavillon semblable au sien. Des gens heureux. Pourquoi eux et pas lui ?
A quoi ça tient, le bonheur? A presque rien. A un fil. A l’emplacement d’une maison. A un numéro sur la façade. Peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’une simple rue, parfois, sépare la raison de la folie. Il suffit de la traverser pour que tout bascule.




En janvier, sur un coup de tête, j’ai acheté tous les romans de Marcus Malte qui me faisaient envie et peur à la fois. Des romans très courts, pour la plupart, allant du roman jeunesse au roman noir, en passant par le roman policier.
Cannisses fait partie de ceux-là : un roman noir de moins de cent pages, le genre de livre qui se lit après un gros pavé comme L’institut.

Ce que je redoutais le plus était de ne pas retrouver l’écriture si jolie de Marcus Malte (que je pressentais absente) et que ça me déplaise. Le format court ne permet pas à l’auteur de faire ce que j’aime particulièrement chez lui, c’est-à-dire une histoire riche et brumeuse racontée par une écriture exigeante et pointue. Je le savais et je ne l’imaginais pas autrement, car pour l’avoir lu dans des formats plus longs, je sais que cette écriture et cette façon de construire les intrigues demandent de la longueur, parfaitement adaptés au format roman, voire pavé. Alors évidemment, adieu l’écriture arrondie et les passages poétiques, l’auteur va à l’essentiel, au plus simple même, et c’est aussi déconcertant que de se réhabituer à son haut niveau, celui d’un Garçon ou de Aires.
Est-ce que ça empêche le roman d’être juste ? diable non !

Cannisses raconte l’histoire d’un homme dont la femme est décédée, et qui se retrouve à élever seul ses deux garçons. Le quotidien déjà difficile de l’homme se voit agrémenté d’un autre élément avec lequel il va falloir composer : le bonheur qui se joue sous ses yeux, de l’autre côté de la rue. Un couple et leur fille, mais surtout, une maison. Et c’est cette maison qui va devenir une obsession pour cet homme, une maison qui le nargue, lui, sa famille et sa tragédie, une maison qui abrite et protège le bonheur entre ses quatre murs.
Cannisses est donc un roman noir, très noir, qui explore le deuil et la souffrance qui poussent certains d’entre-nous au pire, incapables de se relever d’une tragédie et au contraire, étouffés par tout ce qui les entoure et ne les comprend pas totalement, éprouvent des difficultés à se sortir de cette situation. On y trouve la volonté d’un homme à retrouver un bonheur passé, au point d’en devenir envieux, aigri et paranoïaque, au point de le détruire.
J’ai été surprise par la richesse de mes ressentis comparée à l’épaisseur du bouquin qui ne paie pas de mine, mais qui renferme bien plus qu’il n’y paraît. Je n’irai pas jusqu’à dire que ce livre renferme tout ce que j’aime chez Marcus Malte, ça serait de la mauvaise foi, mais il a suffisamment d’arguments pour garder le lecteur le temps de sa lecture, et dans mon cas, sans que je ne relève le nez une seule fois, car prise dans les tourments et la dégringolade du personnage principal et de son obsession pour la maison d’en face, je n’ai vu ni le temps passer ni les pages défiler, et en définitive, j’ai beaucoup aimé cette lecture. C’est la bonne surprise, j’étais très pessimiste avant de le commencer !

Découverte de l’auteur dans un nouvel exercice donc : le roman court. Et effectivement, tout y est nouveau : l’écriture, plus directe et moins affinée, l’intrigue plus courte et bien moins riche, les émotions, les personnages et le rendu final. Si Cannisses n’est pas du tout représentatif de ce qui fait que Marcus Malte est un écrivain exceptionnel à mes yeux, il n’en reste pas moins un bon exemple de ce que l’auteur peut et sait faire. Un échantillon, si on veut.
On dit souvent que la nouvelle et le roman court sont de très bons moyens de découvrir un auteur. C’est vrai dans certains cas, mais je vais désormais éviter d’en faire une généralité, car l’exercice est très différent. Un écrivain aura beau être bon dans les deux formats, ça ne veut pas dire qu’il proposera la même chose, et qu’on y trouvera et aimera les mêmes qualités, Marcus Malte est le parfait exemple. Lire un roman court pour décider si Marcus Malte peut ou pas nous correspondre n’a pas vraiment de sens tant c’est à mille lieues de ce qu’il fait dans des romans plus longs. Chaque format a ses arguments. Mais plus je le lis, et plus je me dis ça pour chaque roman. Peut-être que le secret avec Malte est de ne justement jamais l’attendre là où on pense qu’il va être, car en définitive son éventail est tellement large qu’on ne peut lui coller d’étiquette.

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