Stephen King – L’Institut

Au cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent.
Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques.
Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ?





Avant même d’écrire cette chronique, je me suis demandé ce que je voulais dire à propos de ce livre, et ce que je ne voulais pas mentionner. Où commence le spoil, et où s’arrête-t-il ? Quel détail dévoile trop, lequel ne dit pas assez ?
Je ne vais pas parler de l’intrigue en détail dans cette chronique. Elle n’est, a priori, ni riche ni originale à souhait (certains ont déjà fait des parallèles… on commence à savoir ce que je pense des comparaisons : C’EST TOUT POURRI), mais elle ne mérite pas pour autant qu’on la divulgâche.
Je vais très peu parler des personnages, car parler d’eux, c’est révéler pourquoi ils sont là et ce qu’est l’Institut : je ne veux pas faire cela. J’ai découvert ce livre sans rien savoir à son sujet, je n’avais lu aucune chronique ni demandé d’avis, j’ai lu la quatrième brève et concise, et je n’ai même pas été voir les étiquettes de Babelio pour ce roman, étiquettes dont je me sers parfois pour savoir quel genre est réellement un livre (ça m’évite de tomber sur un roman policier quand on m’annonce un thriller : je distingue les deux, oui). Si vous voulez savoir de quoi parle L’Institut et quels sujets sont abordés, allez voir ces étiquettes sous le résumé du bouquin sur Babelio, mais vous êtes prévenus, ça spoile un peu. La plupart des mots qu’elles regroupent ne seront pas prononcés ici, par choix et parce que j’aurais détesté qu’on me dise ce qu’ont ces enfants de si particulier pour être kidnappés, enfermés puis testés, alors que je n’ai rien demandé. Un petit topo peut-être ? sans spoil, évidemment.

Tu dois comprendre que tu es ici pour servir, Luke. Cela signifie que tu vas devoir grandir, et vite. Apprendre à être réaliste. Tu vas subir certaines choses. Certaines pas très agréables. Tu peux être un bon petit gars et recevoir des jetons, ou choisir d’être mauvais joueur et ne rien avoir du tout. Ces choses auront lieu quoi qu’il arrive. Alors, qu’est-ce que tu choisis ? Ce n’est pas très difficile.
L’Institut – Stephen King – Page 123

L’Institut est un bâtiment dans lequel sont enfermés des enfants kidnappés, aux dons aussi étranges que fascinants. Personne ne sait réellement ce qu’il s’y passe, pas même Nicky, Georges, Kalisha et Iris, les quatre enfants que Luke, fraîchement intégré au petit groupe, va rencontrer et auprès desquels il ne va obtenir que des miettes de vérités et d’expériences. Tous ont un point commun : leurs dons ; en revanche on ignore la raison pour laquelle chacun doit passer une batterie de tests, avant d’être envoyé à l’Arrière. En attendant, on patiente à l’Avant avec un seul mot d’ordre : être un gentil petit soldat. Et pour ça, tout est fait, en apparence seulement, pour amadouer les têtes blondes. Un parc, un système de récompense sous forme de jetons qui donnent accès à certaines choses, de la bonne bouffe, des jeux, la promesse de revoir papa et maman, bref, un écran de fumée. En réalité, les enfants se savent surveillés, voire menacés, et les tests ne sont pas une partie de plaisir : on cherche quelque chose et on est prêt à tout pour le trouver, jusqu’à la torture. Si les enfants arborent des sourires de façade, en réalité, ils ont peur, car l’avenir est incertain et surtout, personne n’est revenu de l’Arrière. Le décor est planté.

Disons-le : si Stephen King avait enfermé des adultes aux dons incroyables façon super-héros, je n’aurais clairement pas accroché. Ce qui fonctionne dès le départ, se sont les traitements mystérieux et révoltants (voire douloureux si on a un peu trop d’empathie ^^) prodigués à des enfants, spécifiquement, inoffensifs face à des adultes même lorsqu’ils se rebellent – parce qu’on a les moyens de calmer tout le monde. Lorsqu’un adulte gifle ou punie un enfant désobéissant, ça a forcément un impact plus marquant que si ç’avait été un adulte. En somme, cette intrigue n’aurait pas aussi bien fonctionné avec d’autres personnages, et c’est peut-être ce qui fait sa force. J’aime particulièrement les intrigues que l’on ne peut imaginer sans les personnages qui la font vivre, et si on réfléchit bien, c’est assez rare.
En définitive, le fait que des adultes fassent des tests sur des enfants participe à l’ambiance générale du bouquin, c’est ce qui les rend indispensable. Une ambiance qui d’ailleurs ne nous saute pas dessus constamment. Elle est là, en arrière-plan, elle revient de temps à autre au premier, s’éclipse parfois pour finalement revenir un peu plus forte. Une ambiance faite de mystère, de révolte et d’inquiétude qui nous fait nous demander ce qu’il peut bien se passer dans cet Institut (car on ne sait pas tout au départ), pourquoi, comment est-ce possible que ce genre d’endroit existe à la vue de tous, et qui est derrière cette organisation, comment peut-on cautionné et participé à ça ?
L’intrigue tourne donc autour de cet Institut et de ce qu’on y fait, mais pas que. Je me suis longtemps demandé ce que la première partir du livre, d’une cinquantaine de pages, avait à voir avec le reste. Où Stephen King voulait-il en venir avec l’introduction de ce Jim qui disparaît aussi vite qu’il est arrivé ?
Certains auteurs se seraient sûrement contentés de décrire les sévices et les tests que certains enfants endurent, auraient probablement échelonné les tortures jusqu’à atteindre l’insoutenable et le choquant, histoire de bien marquer les esprits. Stephen King, non : il n’a pas besoin de ça. L’auteur a choisi de transférer ses personnages et son intrigue à l’extérieur de l’Institut dans le but de révéler un plan diabolique beaucoup plus large et généralisé, et surtout de diversifier son intrigue en la rendant plus riche qu’il n’y paraît avec de nouveaux lieux, personnages et décors. Et ça fait froid dans le dos.

Est-ce que j’ai aimé ? oui, assurément. Est-ce que je vais m’en relever la nuit ? bah oui aussi puisque je l’ai fait – j’ai d’ailleurs lu les cent dernières pages selon l’adage « encore un chapitre, un dernier » qui m’a fait me coucher quasiment au petit matin. Si d’habitude je profite de mes phases éveillées en pleine nuit pour rédiger ou corriger une chronique, pendant les quelques jours passés avec L’Institut, j’ai utilisé ce temps à la lecture de ce roman, même si ce n’était que pour une ou deux page(s). J’ai retrouvé les personnages, l’ambiance et l’intrigue chaque fois avec le même enthousiasme et j’ai vécu cette histoire comme si j’y étais. Si un jour un réalisateur a l’idée d’adapter ce roman, va falloir qu’il assure, car dans mon esprit, le film est déjà fait.
L’Institut est un très bon roman qui mêle thriller, surnaturel, fantastique et, on peut le dire je pense, folie humaine. Une folie qui sur des bases bancales (révélées en fin de roman) va conduire l’humain au pire, à l’inconcevable, tout ça de façon organisée et cautionnée. J’ai eu énormément de tendresse pour les enfants, j’ai adoré le personnage de Tim qui ouvre le roman, l’abandonne puis revient pour le clore magistralement, avec la dose suffisante d’émotions pour nouer la gorge sans tomber dans le larmoyant non plus. Fait encore plus étonnant, j’ai adoré la méchante directrice, personnage fort et détestable, mais parfaite dans son rôle.
Alors, si je n’aime pas spécialement King dans ce genre-là, qu’est-ce qui fait la différence ? L’Institut n’est pas fait pour faire peur et l’auteur ne joue pas du tout dessus. Il n’y a, de ce fait, aucune longueur dans la mise en place de la peur et de l’horrifique, totalement absents de cette intrigue – ce que je lui reproche le plus, en fait. Le surnaturel est justement dosé pour moi, ni trop, ni pas assez, on exploite un sujet et une capacité en finesse et en légèreté (dans le sens que ce n’est pas gratté à fond, parce que ce roman est loin d’être léger en réalité), sans trop noyer le lecteur dans des explications et des sujets trop creusés qui auraient étouffé l’intrigue, indéniablement. Et ça marche très bien !

J’avais beaucoup aimé L’Outsider, je crois bien que L’Institut est encore meilleur.

5 commentaires sur « Stephen King – L’Institut »

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