Ilaria Tuti – Sur le toit de l’enfer

Dans les montagnes sauvages du Frioul, en Italie, le commissaire Teresa Battaglia, la soixantaine, la langue acérée et le coeur tendre, est appelée sur les lieux d’un crime pour le moins singulier : un homme a été retrouvé mort, les yeux arrachés. À côté de lui, un épouvantail fabriqué avec du cuivre, de la corde, des branchages… et ses vêtements ensanglantés.
Pour Teresa, spécialiste du profilage, cela ne fait aucun doute : le tueur frappera à nouveau. Elle va devoir rassembler toute son énergie et s’en remettre à son expérience pour traquer cette bête humaine qui rôde dans les bois. Si tant est que sa mémoire ne commence pas à lui faire défaut…



Tapis rouge, allée d’honneur, cotillons : on accueil Ilaria Tuti et son Toit de l’enfer en fanfare ! Aujourd’hui, on kiffe. Et on remercie au passage Katia qui est de nouveau à l’origine de cette lecture découverte et qui, indirectement, a mis fin à une série d’abandons (5 bouquins en un week-end, le double depuis Aires de Marcus Malte). Car aujourd’hui, on va parler d’un polar qui a relevé le défi haut la main, et c’est assez exceptionnel pour être souligné.

« Les tueurs voient l’enfer que nous avons sous nos pieds, tandis que nous, nous ne voyons que les fleurs… »

Avec cette introduction, même si elle est rapide et creuse, j’ai l’impression d’avoir résumé mon avis, qu’elle dit non pas tout, mais l’essentiel. Si seulement ça avait pu me suffire… En réalité, j’ai eu du mal à rédiger cette chronique, en ne sachant pas par où commencer et avec des idées que venaient si vite, que tout s’embrouillait plus rapidement que je ne déposais les mots.
En bref, j’ai tout aimé dans ce roman policier, sans rien préférer à quoi que ce soit, car, pour moi, c’est le polar (presque) parfait. Il a l’écriture, les personnages, l’ambiance et l’intrigue. En somme, Sur le toit de l’enfer a tout pour lui. Seulement, ce n’est pas quelque chose sur laquelle je peux poser des mots précis ou donner des exemples, car c’est l’ensemble qui fait que ça a superbement marché, et non chaque détail pris séparément et mis bout à bout.
Organiser ma chronique et séparer tout ce qui m’a plu, reviendrait à complètement dénaturer mon opinion qui est beaucoup plus général que cela, j’ai donc dû faire différemment de d’habitude.

Sur le toit de l’enfer, c’est avant tout une intrigue. Je crois que c’est elle qui m’a plu la première et j’ai très vite eu la conviction que j’allais au moins l’apprécier. Le topo de départ est très simple : un homme est retrouvé mort, énucléé, dans une mise en scène particulièrement glauque. Aux commandes de cette enquête, la commissaire Teresa Battaglia et son équipe. Et c’est à partir de là que je ne peux plus dissocier l’intrigue du reste : son décor ; sa forêt ; sa petite ville et ses habitants froids et très concentrés sur eux-mêmes ; son côté famille dans l’équipe d’enquêteurs, avec des collègues qui s’apprécient et se protègent, tous touchés par la vie. Son écriture gracieuse, si douce, qui fait couler les paragraphes comme une cascade ; son ambiance sombre et ses couleurs froides.
La plus grande qualité d’Ilaria Tuti est qu’elle ne se cantonne pas à son intrigue policière, en somme l’enquête. Bien sûr, cette dernière prend une place conséquente : c’est un roman policier. Mais c’est aussi une excuse pour faire vraiment vivre le reste qui n’est pas uniquement là pour habiller l’enquête. Ce qui gravite autour aurait pu être écrit avant que ça ne m’étonnerait pas du tout. Ainsi, on se retrouve avec des éléments forts et essentiels au bon fonctionnement et déroulement de l’intrigue. Le mystère Teresa, personnage haut en couleur, sexagénaire et sujette à un mal mystérieux qui la ronge et permet à l’autrice une ouverture dans son intrigue pour déborder dans un cadre plus personnel ; une alternance discrète entre passé et présent avec à la clé, des expériences médicales très discutables et des conséquences irrémédiables dans le présent ; un éventail de vies et de destins, d’enfants et de parents, et finalement d’histoires ; un paysage et un décor qui deviennent personnages et habillent l’intrigue d’une inquiétante aura ; et une écriture qui sublime le tout (malgré quelques coquilles et pléonasmes) et donne envie de lire du roman policier (c’est d’ailleurs ce que j’ai fait une fois ce livre terminé).

Sur le toit de l’enfer n’est pas uniquement un roman policier qui met sous le nez du lecteur un fait sanglant en se lançant, ensuite, à la poursuite du coupable. L’autrice profite de son intrigue policière centrale pour déborder et créer un réel univers à ambiance, dans lequel ses personnages, ses décors, ses idées et ses sujets, dansent et vivent ensemble, s’enlacent et apportent indéniablement quelque chose en plus au fil conducteur.
Il y a un vrai travail d’habillement de l’intrigue policière que j’ai beaucoup aimé et qui me manque beaucoup dans la plupart des policiers, soit parce qu’il est totalement absent, soit parce que l’auteur s’éparpille trop et ajoute des faits qui n’ont aucun intérêt ou sens. Ce n’est pas le cas dans ce polar-ci que j’ai trouvé parfaitement bien dosé entre vies personnelles, enquête policière et décor. Le tout est atypique, plaisant : une bouffée d’air frais.
Cependant, si j’ai trouvé ce livre original, ça ne veut pas dire qu’il l’est vraiment ou qu’il le sera pour vous, mais autant dans l’écriture que dans le contenu du bouquin, j’ai trouvé une vraie différence, un monde à part et une intrigue que j’ai découverte pour de vrai, alors que ça devient rare avec le roman policier dont les intrigues, si elles ne me déplaisent pas, ne me surprennent plus vraiment. Ce qui n’a évidemment pas été le cas avec Sur le toit de l’enfer. Et c’est d’autant plus vrai que ma prochaine chronique portera sur un livre dont l’intrigue policière et la construction sont beaucoup plus classiques.

4 commentaires sur « Ilaria Tuti – Sur le toit de l’enfer »

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