Raphaël Morgano – Sous la couverture (recueil de nouvelles)

Toutes les nouvelles de ce recueil ont pour point commun la thématique du livre. « A chute » pour la plupart, elles expérimentent à des degrés divers le concept de mise en abyme. Elles s’entremêlent subtilement aux œuvres des écrivains qui les ont inspirées (Borges, Cortázar, Paul Auster…) et sont autant d’hommages à nos rapports ambigus à la lecture et à l’écriture. La nouvelle d’ouverture, Fellation, tend un piège assez grossier au lecteur, par lequel l’auteur applique sans retenue le conseil de l’un des personnages. Celle qui suit, Rotation, est un conte du bookcrossing. Dans Provocation, Julien Courtade, avatar de Julio Cortázar, propose des variantes à Continuité des Parcs Ce recueil, dans une version courte, a été finaliste du Prix de la Nouvelle d’Angers 2016. Ce prix est le seul en France à récompenser un recueil entier inédit.


On m’a conseillé ce livre avec un enthousiasme débordant, vanté les qualités littéraires de ce recueil et de son auteur, Raphaël Morgano, et lorsque j’ai partagé cette lecture lorsqu’elle était encore en cours, certains se sont manifestés sur Facebook, ce qui n’arrive pas toujours. Ce recueil a tellement plu que chaque occasion d’en parler n’échappe pas à certains de ses lecteurs. Et c’est lors de la présentation de la nouvelle couverture par l’auteur du recueil, que j’ai croisé ces fameux « certains lecteurs » qui ont sauté sur l’occasion pour me rappeler, en commentaire, que j’allais aimer ce livre, et qu’il est génial, et on ne les arrête plus. Alors j’ai cédé à la tentation. Grand bien m’en a pris. On commence donc l’année en douceur avec un recueil de nouvelles qui se déguste comme du chocolat.

Sous la couverture a d’abord été une belle surprise stylistique. On ne va pas se mentir, la qualité générale de l’auto-édition se noie depuis plusieurs mois – la faute au grand nombre d’auteurs qui se lancent désormais -, pour ne pas dire années puisque je n’ai pas assez de recul pour ça. Il n’empêche qu’entre la qualité chez certains écrivains auto-édités et d’autres, il y a un monde. C’est aussi ça qui fait le charme de l’auto-édition, la diversité, et je suis loin de tout mettre dans le même panier ou de prôner l’excellence comme beaucoup le font avec la littérature en général ; l’auto-édition encore plus. En définitive, tout est question de goût. Cependant, il n’est plus rare de trouver des livres peu soignés visuellement, syntaxiquement ou stylistiquement parlant. Et je ne parle pas de style élaboré ou abouti, juste du minimum. La base.
Sous la couverture tire donc déjà son épingle du jeu en proposant, pour le coup, une écriture déjà pensée, réfléchie et travaillée – oui, aboutie – qui donne l’impression au lecteur que, pour une fois, on ne s’est pas foutu de sa gueule. Et en définitive, ce n’est pas qu’une impression. Raphaël Morgano sait ce qu’il raconte et comment il doit le raconter. Loin d’être timide, cette écriture ose et s’impose, se dissociant totalement du contenu pour devenir unique et fait à part entière, se retrouvant donc, dans cette chronique, à part de ce qu’elle raconte. L’écriture fait partie de l’identité de l’auteur, ça se voit, ça se sent et surtout, ce n’est pas forcé – prenez-en de la graine !

Loin d’uniquement se reposer sur une écriture fiable, capable de porter, j’en suis certaine, nombre de sujets et d’histoires, Raphaël Morgano a fait de son recueil un ensemble d’intrigues qui sont loin de se lire indépendamment les unes des autres (même si dans les faits, on peut), mais au contraire, qui forment un tout cohérent. Une fois le livre terminé, on ne se dit pas que l’auteur a posé sur papier plusieurs petites histoires qu’il avait en tête, mais plutôt que le tout a été organisé et construit de sorte que tout s’entrelace pour ne former qu’une grande histoire. En somme, il serait assez dommage de séparer chaque nouvelle, je trouve, et c’est sûrement ce qui explique le fait que je ne me suis posé aucune question quant à la façon de chroniquer ce recueil : pour moi, c’est un livre complet et non une succession de nouvelles indépendantes.
Concernant les histoires, je ne dirais rien de plus que ce que l’auteur a bien voulu offrir à ses lecteurs potentiels sur la quatrième de couverture. Cependant, je ne pense briser aucun secret en révélant le thème principal de recueil : la littérature. Le lecteur se retrouve confronter à tous les cas de figure, aussi bien de son côté à lui, lecteur, que du côté de l’écrivain ou de l’éditeur (et bien plus encore), le tout, parfaitement exploité. Oui, c’est la lectrice qui râle quand un écrivain écrit sur la littérature ou utilise le personnage écrivain, qui dit ça. Mais laissez-moi tranquille 🤪! Finalement, le thème est abordé de façon complète faisant de ce recueil, un ensemble de nouvelles qu’on lit finalement comme un roman court.

C’est fin, bien écrit et intelligent, et s’il fallait le préciser : oui, évidemment que c’est réussi.

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