Lee Martin – Cet été-là


Ce soir-là, dans une petite ville de l’Indiana où tous se connaissent, Katie Mackey, neuf ans, est partie rendre ses livres à la bibliothèque. Elle n’en est jamais revenue. On n’a retrouvé que son vélo.
Trente ans plus tard, quatre voix s’élèvent pour raconter. Tous se confessent, car tous ont quelque chose à se reprocher. Gilley, le frère de Katie ; Raymond R., l’homme qui a été fortement soupçonné du kidnapping ; Claire, sa femme, tellement reconnaissante que Raymond l’ait choisie et l’ait empêchée de finir ses jours seule. Et le gentil M. Henry Dees, singulier professeur de mathématiques qui vouait à Katie une adoration trouble.



La disparition d’enfant est un sujet compliqué en littérature et, tout comme la vengeance, je suis assez difficile avec le thème que l’on a tendance à traiter toujours de la même façon, et très souvent, c’est en se réfugiant dans le genre policier que les auteurs le font. Parfois, c’est réussi, et parfois ça l’est moins.
Mais alors, que faire d’une enfant disparue dans un roman ? La faire vivre à travers les aveux de ceux qui l’ont observée, aimée, choyée et enlevée, mais surtout, faire parler les personnages qui l’ont connue. C’est le projet de Cet été-là, un roman choral intimiste qui nous plonge au cœur des vies et des confessions de tous les protagonistes de l’affaire Katie Mackey.
Le tout est de savoir si c’est réussi.

L’intérêt du roman choral, mais qui est aussi la peau de banane sur laquelle certains auteurs ont déjà glissé, ce sont les multiples possibilités d’écriture grâce aux différents personnages qui, tour à tour, deviennent narrateur. L’exercice est différent des dialogues où l’auteur joue ponctuellement avec les mots en ajustant la façon de s’exprimer au moment où chacun parle. Le narrateur, lui, ne change pas et le ton et le vocabulaire du récit sont les mêmes du début à la fin. Avec le roman choral, il faut ajuster l’ensemble de l’écriture pour s’adapter au personnage qui prend les commandes en début de chapitre. Et plus les personnages sont atypiques, plus ça fonctionne avec moi.
Dans Cet été-là, les changements au niveau de l’écriture n’ont pas été flagrants, en revanche, les personnages sont bien distingués grâce à leur construction et à l’ensemble des petits détails qui les caractérisent. Et ça rattrape tout. L’auteur a construit ses personnages de sorte que les centres d’intérêts, les expressions et les goûts collent à l’âge, aux professions et au statut social, mais surtout, fassent de chacun d’eux un individu bien distinct. Encore heureux ! diront certains. Oui, mais alors non en fait. Parce que ce n’est pas dans tous les romans que l’on trouve ces distinctions, on peut très facilement se perdre à cause de personnages trop nombreux ou pas assez unique, et, en définitive, ils se ressemblent tous. Ici, ça va plus loin qu’une vie ou une écriture, ce sont ce qui caractérise chacun qui ressort, et j’ai trouvé ça très judicieux dans cette construction chorale de donner autant d’éléments distinctifs à chaque personnage pour que dès qu’ils prennent la parole, on les reconnaisse sans passer par la case titre du chapitre. Ainsi, on arrive même à surnommer les personnages ; le prof pervers, le frère qui culpabilise, le père vengeur, le monsieur bizarre, la femme effacée, le flic sympa…
Si j’ai beaucoup aimé la construction des protagonistes, j’ai encore plus aimé le choix de l’auteur dans la façon qu’il a eu de traiter le thème de la disparition d’enfant. On est loin de la construction classique disparition-enquête-coupable, avec des passages larmoyants et des personnages qui s’apitoient. D’ailleurs, avant de se retrouver dans le présent, au moment de la disparition puis des jours suivants, le lecteur est convié dans la vie de chaque personnage mêlée à cette affaire, pour les connaître, les analyser, s’y attacher, tout en créant de la suspicions et parfois de la compassion. En somme, on vit ce qu’il s’est passé avant. Chaque personnage se confesse, donne sa version, raconte son histoire et ce qu’il est, jusqu’aux dernières révélations qui vont lever le voile sur l’entièreté de cette affaire et le dénouement pour la petite Katie.

Malgré tout le côté original que j’ai trouvé à cette intrigue, il m’a manqué une toute petite chose dans ce roman : un peu plus de dynamisme et du coup, de rythme. Le roman est finalement assez lent et plat dans les ressentis et les émotions, et j’ai l’impression que l’auteur a tout misé sur le déroulement de son intrigue et son originalité. Déroulement qu’il a plutôt bien maîtrisé cependant ; de révélations en aveux, l’histoire se déroule et trouve sa vérité tout en maintenant un certain suspense et une tension agréable, sans trop en faire. J’ai beaucoup aimé être mal à l’aise face aux actes du professeur, M. Dees, qui voue une fascination et un amour parfois malsain pour la petite Katie. Mais voilà, j’aurais aimé avoir des ressentis aussi fort pour les autres personnages, les autres faits et ça n’a pas vraiment été le cas.
L’angle choisi en faisant parler les différents acteurs de l’affaire de la disparition d’une enfant a été un choix judicieux et très original, qui a apporté un vent de fraîcheur et de nouveauté, alors qu’en réalité, le thème ne l’est pas du tout, nouveau. Et ça, il fallait le faire !
Une lecture agréable donc, très plaisante même, pas vraiment policière, mais en même temps pas thriller non plus, avec une pointe de psychologique et de drame, bref, un roman inclassable qui nous amène au cœur des vis des uns et des autres, et c’est plutôt bien fait.

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