Jacques Saussey – L’enfant aux yeux d’émeraude

David Courty mène une existence discrète et insipide entre sa femme Mira et sa fille Caroline, une adolescente taciturne. La découverte du cadavre de Mira et la disparition de Caroline dans des circonstances troublantes vont changer le cours de sa vie. Tout accuse David qui, sous l’apparence d’un homme effacé, se révèle dangereux et destructeur. Mais qui est-il véritablement ? L’enquête s’annonce épineuse pour le capitaine Magne et le lieutenant Lisa Heslin qui se lancent à sa poursuite. Ils doivent percer le mystère de ce suspect d’autant plus insaisissable qu’il n’y a aucune trace de son existence avant l’âge de six ans…


On lit des critiques, on note un auteur ou un livre, et puis on laisse filer. Longtemps. Si longtemps qu’en définitive, ce sont les autres qui nous offrent les livres d’auteurs que l’on a envie de découvrir. Et on regrette, on culpabilise. C’est vrai, j’avais dit que je le lirais ! Mais même dans ces cas-là, on laisse filer. On se dit que, maintenant qu’un Jacques Saussey est dans ma bibliothèque, ça ne presse plus. Après tout, le livre est là, disponible ; je verrai quand j’en aurais envie. Et les semaines passent. Les mois aussi.
Un beau jour, en pleine période je vide ma PAL pour repartir sur de bonnes bases en 2020, on tombe sur ce livre à la couverture qui nous a toujours attirée et pourtant… le livre dort encore, ne vit pas, prend la poussière et peut-être en a-t-il marre, de ne pas vivre justement.

L’enfant aux yeux d’émeraude, résume à lui seul presque toute la difficulté d’écrire une chronique. C’est un roman que j’ai apprécié, beaucoup aimé même, jusqu’à la fin où là j’ai commencé à vraiment traîner. Et pourtant, je ne reviendrai pas forcément piocher dans cette série Daniel Magne/Lisa Heslin s’il me venait l’envie de relire l’auteur. Parce que c’est bon, j’ai vu et je ne suis qu’à moitié convaincue. Il y a de jolies choses prometteuses chez l’auteur et je vais y revenir juste après. Mais la découverte agréable de l’auteur passée, j’ai commencé à voir des petites choses moins agréables qui ont freiné mon enthousiasme et ma vitesse de lecture.
Je n’ai pas sorti ce livre de ma bibliothèque par dépit ou par hasard. Il m’a appelée alors que je lisais encore Les buveurs de lumière↗, comme une révélation. Un phare qui s’est allumé dans ma tête. Faudra que je lise ce livre après. Et effectivement, je l’ai sorti sitôt ma lecture précédente achevée. J’ai lu le premier chapitre, j’ai accroché, il était tard alors j’ai refermé le livre, à contre-cœur. Vraiment. Et d’ailleurs, chaque fois que j’ai dû le refermer, ce bouquin, c’est toujours en soufflant et avec l’impatience de le rouvrir nicher au creux de mon ventre que je l’ai fait. Et chaque fois que je l’ai repris, j’ai savouré l’instant. Mais pourquoi ? Étonnante question parce que dans tout ce que j’ai aimé, il y a chaque fois une ombre au tableau…

Il faut croire que Jacques Saussey a quelque chose dans la plume qui a très bien fonctionné dès le début avec moi. Ce n’est pas une question de mots employés, ni de vocabulaire. C’est une question de façon d’utiliser ces mots, de les mettre bout à bout qui fait couler le texte. Il y a des façons d’écrire, comme celle-ci, qui accélèrent indéniablement la vitesse de lecture parce que les phrases s’emboîtent et s’enchaînent, et que tout est harmonieux sans pour autant être complexe (ce n’est pas forcément ce que je recherche). Voilà, on est dedans et dans les plumes françaises, c’est ce que j’aime. Ne pas se forcer à absolument apporter quelque chose de nouveau qui du coup, n’est pas naturel et saccade la lecture ou donne des expressions revisitées ou des comparaisons tirées par les cheveux. Il y a chez Jacques Saussey cette pureté que j’aime trouver dans les écritures, ce sentiment que l’auteur a écrit avec ce qu’il sait faire sans chercher à impressionner.
Seulement, avec le temps je m’en suis lassée parce qu’on s’y habitue très vite à cette écriture, et même si elle reste un argument à la fin parce que, oui ça coule et ça se lit très bien, l’argument final n’est plus aussi étincelant qu’au départ. Mais il faut dire ce qui est, elle a dans un premier temps participé à mon engouement et à mon envie de lire ce bouquin. Et quand une écriture prend le lecteur par la main, ça rend le reste bien plus facile à vivre et à suivre. Et le reste, c’est l’histoire.

D’un côté on a des morts, des flics et une enquête. Cependant, on reste en surface à ce niveau-là, dans le sens où le lecteur n’a pas le nez dans les investigations détaillées et pointilleuses, même si l’affaire est résolue à la fin. De l’autre côté, le meurtrier en cavale, ses états d’âmes, son passé et finalement, sa vie et ses drames. Certes j’ai ressenti un manque au niveau du couple Lisa/Magne (l’éternel couple de flics, je ne relève même plus ; c’est tellement ancré dans les codes maintenant…), parce qu’il s’agit en réalité d’une série, que je commence en plein milieu, et qu’on sent qu’il y a un passé dans ce couple-là. Hormis cela, je me suis laissée absorber par cette affaire, cette enquête et par ce mystère autour du tueur que j’ai aimé retrouver entre deux ou trois chapitres d’enquête. Les chapitres qui lui sont consacrés ne coupent pas le rythme de l’intrigue, au contraire il le relance et en définitive, le tout n’a pas le temps de s’essouffler. C’est vraiment appréciable.
Concernant l’histoire, il n’y a pas grand-chose à dire, j’ai aimé l’ensemble qui ne fait pas dans la surenchère niveau action et enquête ; c’est calme, et j’aime bien. Dans la construction en revanche, là aussi on reste dans le classique et le déjà-vu avec une alternance enquête/tueur dans les chapitres. Ce n’est pas dérangeant en soi, juste que bon, la première fois qu’on découvre cette construction, c’est sympa, et à force ça devient facile et redondant.

On ne va pas se mentir, si on décortique l’intrigue, on ne va pas y trouver que de la nouveauté. La fin du roman est un peu rapide et abrupte ; on laisse le lecteur sur des explications qui tiennent en deux pages et tchao. Cependant, je ne me laisse pas séduire si facilement que ça avec le policier, sauf que là, une page a suffi à m’envoûter et même si j’ai commencé à traîner dans le dernier tiers, j’ai savouré ce livre parce que l’affaire m’a passionnée et que le tueur m’a intriguée, me poussant à vouloir en savoir plus et à connaître le dénouement et son histoire. Si mon enthousiasme était presque débordant au départ, il s’est néanmoins atténué avec le temps. La plume a du potentiel et vu la qualité de l’histoire, là aussi je me dis qu’il y a des choses à faire et à découvrir. Je ne sais pas si je relirai l’auteur dans les mois à venir, mais cette première expérience prometteuse me pousse à scotcher le nom de l’auteur quelque part dans ma mémoire, mais peut-être irai-je vers des one shot.

Je remercie Katia du blog Encore un livre pour cette lecture cadeau 🥰

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