André Aciman – Appelle-moi par ton nom

Elio Perlman se souvient de l’été de ses 17 ans, à la fin des années quatre-vingt. Comme tous les ans, ses parents accueillent dans leur maison sur la côte italienne un jeune universitaire censé assister le père d’Elio, éminent professeur de littérature. Cette année l’invité sera Oliver, dont le charme et l’intelligence sautent aux yeux de tous. Au fil des jours qui passent au bord de la piscine, sur le court de tennis et à table où l’on se laisse aller à des joutes verbales enflammées, Elio se sent de plus en plus attiré par Oliver, tout en séduisant Marzia, la voisine. L’adolescent et le jeune professeur de philosophie s’apprivoisent et se fuient tour à tour, puis la confusion cède la place au désir et à la passion. Quand l’été se termine, Oliver repart aux États-Unis, et le père d’Elio lui fait savoir qu’il est loin de désapprouver cette relation singulière…
Quinze ans plus tard, Elio rend visite à Oliver en Nouvelle-Angleterre. Il est nerveux à l’idée de rencontrer la femme et les enfants de ce dernier, mais les deux hommes comprennent finalement que la mémoire transforme tout, même l’histoire d’un premier grand amour. Quelques années plus tard, ils se rendent ensemble à la maison en Italie où ils se sont aimés et évoquent la mémoire du père d’Elio, décédé depuis.


Récemment, j’ai découvert la chaîne YouTube de Jeannot se livre↗. En parcourant la liste de ses vidéos, je suis tombée sur un titre qui m’a fait cliquer : Lire de la romance affecterait votre vie amoureuse ? (Call me by your name)↗.
La seule oeuvre sentimentale que j’ai appréciée et qui m’a vraiment remuée en continuant de le faire dès que j’y pense, est un film britannique qui, me semble-t-il, n’a été que sous-titré en français (et de toute façon je ne le regarderais jamais autrement qu’en sa version originale ; c’est celle que je connais). Il s’agit de Week-end↗. Ce film est un peu mon long-métrage doudou que je regarde une fois par an quand il fait froid, avec un chocolat chaud, même si je n’en sors jamais indemne. Ouais, j’aime bien souffrir quand je consomme de la romance…
Lorsque Jeannot se livre a parlé d’Appelle-moi par ton nom, j’ai aussitôt pensé à ce film et l’ai acheté dans la foulée. Et à la manière d’un Week-end, ce livre m’a bousculée. C’est donc une chronique enthousiaste avec des yeux qui pétillent et un cœur qui explose que je vous propose aujourd’hui.

🗨Ce fut, je pense, la première fois que j’osais vraiment le regarder dans les yeux. D’ordinaire, je jetais un coup d’œil et puis je détournais les miens – parce que je ne voulais pas nager dans l’eau claire de ses yeux sans y avoir été invité, et je n’attendais jamais assez longtemps pour savoir si ma présence y était souhaitée ; parce que j’étais trop effrayé pour regarder quiconque dans les yeux ; parce que je ne voulais pas me trahir ; parce que je ne pouvais pas m’avouer à quel point il comptait pour moi. Et parce que ce regard dur qu’il avait parfois me rappelait toujours combien il m’était supérieur et comme j’étais loin au-dessous de lui. Maintenant, dans le silence de ce moment, je le regardais en face, non pour le défier, ou pour lui montrer que je n’étais plus timide, mais pour capituler, pour lui dire voilà qui je suis, voilà qui tu es, voilà ce que je veux, il n’y a plus que la vérité entre nous, et là où se trouve la vérité il n’y a pas de barrières, pas de regards fuyants, et si rien n’en sort, qu’il ne soit pas dit que nous ignorions toi et moi ce qui aurait pu arriver… Je n’avais plus le moindre espoir. Et peut-être le fixai-je ainsi parce que je n’avais plus rien à perdre. C’était le regard pénétrant, « je-te-défie-de-m’embrasser », de celui qui brave et fuit d’un seul et même mouvement.

Appelle-moi par ton nom raconte l’histoire d’un jeune garçon de dix-sept ans, Elio, qui va tomber sous le charme puis amoureux d’Oliver et découvrir, pour la première fois, le sentiment amoureux, le désir, la douleur d’aimer, le feu brûlant qui consume de l’intérieur, la peur face à l’inconnu, la séparation, la tristesse, le manque, bref, l’amour quoi. Elio va être le personnage qui va d’abord aimer sans y être autorisé, sans savoir s’il a le droit, s’il peut le montrer, s’il doit le montrer et si l’autre est sur la même longueur d’ondes. Il va se pourrir la vie à aimer un autre avant de ne plus pouvoir garder cela pour lui, et de cette confidence va découler une histoire d’amour toute en complexité et en finesse, en rondeur et en beauté, portée par une écriture qui a tout pigé et qui a su me parler.
Mon seul bémol va se trouver à la fin de la première partie. Celle qui instaure le sentiment amoureux, la confusion, le désir, celle qui fait grandir aux creux des ventres ce sentiment si grisant et tortueux qu’est l’amour, et en ça, elle est géniale, parlante, vraie. Mais à force de trop étirer, j’ai trouvé la fin un peu longuette. Et pourtant, j’ai tout à fait compris ce besoin de maintenir le fil tendu, j’aurais probablement agi de la même façon ; ressasser les sentiments, se poser mille questions, imaginer mille possibilités et scénarios, rêver, anticiper, refaire l’histoire… C’était finalement nécessaire pour amorcer la suite.
Puis est arrivé la seconde partie avec ses explosions de saveurs et de mots pour exprimer un amour qui n’ose pas éclore, difficile à assumer, à dompter et à comprendre jusqu’à ce qu’il devienne authentique et puissant. Alors les personnages se fuient, se cherchent, se perdent, se retrouvent, et l’histoire d’amour, elle, résonne toute leur vie comme un réel premier amour, comme vous et moi pensons peut-être encore dix, vingt, trente ans après, peut-être plus ! à cette délicieuse ou douloureuse expérience qui a façonné notre façon d’aimer et nos attentes.
Bien sûr que cette histoire est romancée, mais elle n’est pas arrondie. Elle est touchante oui. Elle donne envie d’aimer, mais elle est tout aussi meurtrière. L’auteur n’a pas fait le choix de faire uniquement une belle histoire d’amour. Il l’a faite douloureuse et impitoyable, rare et complexe. Et lorsque Jeannot dit qu’elle s’est pris une grosse claque sa mère (oui elle ne le dit pas comme ça), j’ai envie de dire que moi aussi.

J’ai dégusté. Il est bien cliché de dire qu’en tant que lecteur, on vit des histoires, on ressent, on souffre par procuration, on pleure, on rit, on est heureux et malheureux à la fois… mais qu’est-ce que j’ai pu vivre et ressentir par procuration avec ce roman. Et c’est si beau mais si cruel et déchirant à la fois, que j’aurais pu sentir mon cœur craqueler si je l’avais écouté, tant ce livre est tout en émotions et en ressentis, tant les personnages véhiculent leurs sentiments avec justesse et violence. Un très beau livre qui parle d’amour, le vrai, le fragile et le difficile, celui que j’aime trouver dans les romans.
En refermant le livre, j’avais tout gardé comme si c’était moi qui avait vécu l’histoire d’Elio et comme si cette histoire était la mienne et finalement, n’en était pas une, mais était un vécu. Le mien. Je ne sais pas si je souhaite que les prochains lecteurs vivent ce livre de la même façon, parce qu’il a exploré une de mes faiblesses et que ça a quand même remué beaucoup de choses et ne m’a pas fait que du bien. Plusieurs jours plus tard, en me retrouvant seule avec mes pensées sous la couette, je pleurais encore en repensant à ce roman. Et pourtant, je me replongerais dedans sans hésiter.

Et j’ai donc vu l’adaptation dans la foulée tant je n’ai pas voulu quitter cette histoire et ses personnages.

C’est toujours étrange de découvrir une intrigue en film lorsqu’on la connait et qu’on l’a vécue une première fois avec un roman, adorée en plus. On remarque les petits détails adaptés au format, les autres qui sont conservés, les dialogues repris au mot près, les éléments qui ont sauté, les personnages qui ne ressemblent pas à ce qu’on avait imaginé, mais on vit aussi l’histoire et la découverte en sachant ce qu’il va se passer, et c’est assez inédit comme façon de regarder un film. Call me by your name est-il une bonne adaptation ?
Avant d’être ou non une bonne adaptation, Call me by your name n’est pas un mauvais film et c’est déjà bien. Concernant le côté adaptation, eh bien l’histoire est plutôt fidèle à l’intrigue d’origine, elle garde les grandes scènes et les axes principaux et j’ai apprécié de retrouver les dialogues parfois au mot près du bouquin. Les acteurs sont plutôt bons, Timothée Chalamet est génial, mais il n’y a pas que du positif.
Grands absents de l’adaptation, on a fait l’impasse sur toute la partie découverte du désir, les doutes quant à ses sentiments, le manque, l’envie qui monte, les sentiments qui grandissent… tout ce qui m’a bouleversée en fait, et si je n’avais pas lu le livre, je suis certaine que je n’aurais pas ressenti les mêmes choses et aurais été plus distante avec ce film (même si je l’ai été un peu quand même). En somme, tout se passe rapidement, peut-être un peu trop pour être plausible et comprendre la difficulté de cette relation et la douleur des personnages. L’histoire d’amour reste belle, le message de fin est chouette et déchirant, mais tout l’avant qui rend l’histoire encore plus belle et poignante a été mis de côté. Dommage.
J’ai lu ici et là qu’une suite était prévue pour 2020. Et pour le coup, j’aurais vu une série pour ce bouquin, histoire de vraiment adapter les différents processus et parties du livre en profondeur. Mais je suis curieuse de voir cette suite↗ qui pourrait ne pas suivre la fin du livre en proposant un futur différent pour nos deux personnages. Ou pas ; et dans les deux cas, je serai contente de retrouver Elio et Oliver qui me manquent beaucoup…

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