Peter Farris – Le diable en personne

41aVjiUFNeL._SX339_BO1,204,203,200_.jpgEn pleine forêt de Géorgie du Sud, au milieu de nulle part, Maya échappe in extremis à une sauvage tentative d’assassinat. Dix-huit ans à peine, victime d’un vaste trafic de prostituées régi par le redoutable Mexico, elle avait eu le malheur de devenir la favorite du maire et de découvrir ainsi les sombres projets des hauts responsables de la ville. Son destin semblait scellé mais c’était sans compter sur Leonard Moye, un type solitaire et quelque peu excentrique, qui ne tolère personne sur ses terres et prend la jeune femme sous sa protection. Une troublante amitié naît alors entre ces deux êtres rongés par la colère.


Nous sommes mercredi, j’ai déjà vu quatre films pour le coin cinéma de dimanche et niveau lecture, les rames sont toujours de sortie. Pourtant, je ne peux dire du mal du Diable en personne. C’est un excellent bouquin, bien noir, bien poisseux. Un livre dont on ne ressort pas aussi léger que lorsqu’on l’a ouvert, avec des images pénibles pleins les yeux, mais aussi et surtout, beaucoup de tendresse pour les personnages que l’on a accompagnés pendant ces pages parfois difficiles à tourner. Un roman qui tatoue sa noirceur sur la peau et dans le cœur du lecteur et c’est profondément ça, que j’aime. Ça, et les émotions qu’a su faire passer Peter Farris dans Le diable en personne, doux mélange de bien et de mal, qui dépeint avec justesse l’âme humaine dans ce qu’elle a de pire et de meilleur.
Après avoir lu et posé par écrit mon ressenti sur
Les mangeurs d’argile↗ de Peter Farris, sorti en août 2019, j’ai été lire les avis de ceux qui l’avaient également lu, mais surtout de ceux qui avaient déjà lu l’auteur avant. Presque tous étaient unanimes : même lorsqu’ils ont aimé Les mangeurs d’argile (et certains n’ont pas aimé), ils l’ont trouvé en deçà du Diable en personne. Lorsque j’ai été voir quelle tête avait ce livre sur le site de la maison d’édition, j’ai de suite pensé au livre Les incurables↗ de Jon Bassof, un des livres les plus prenants que j’ai pu lire et probablement mon préféré chez Gallmeister. Même couverture noire, même bonne première impression, je me suis rué sur ce bouquin avec la certitude qu’il ne resterait pas plus d’un mois dans ma pile à lire. Et effectivement, il n’y est pas resté longtemps.

Le roman s’ouvre sur une scène qui va imposer une ambiance sombre emplie de noirceur jusqu’à la fin du roman – et j’ai bien sûr adoré ça. Maya, une esclave sexuelle est enfermée et ballottée dans le coffre d’une voiture. À bord de cette dernière, deux hommes, deux sous-fifres des propriétaires de Maya. Direction ? la mort : c’est le dernier jour de vie pour la jeune fille qui va être exécutée pour le motif qu’elle en sait trop. C’est sans compter sur la pugnacité de la jeune femme qui va réussir à s’enfuir et à rejoindre une ferme dont le propriétaire va lui venir en aide, la sauver et mener la vie dure à ceux qui lui veulent du mal, inconscients d’avoir le diable en face d’eux.

Il est pas humain, celui-là ! C’est le diable en personne !

Et ce diable, c’est Léonard, le vieux monsieur complètement timbré qui trimbale son mannequin qu’il prend pour sa femme, Marjean, et qui vit désormais reclus dans sa petite ferme et n’en sort pas. De diable, Léonard n’a que la réputation ; j’ai rarement croisé un personnage aussi touchant et attendrissant, et c’est avec un pincement au cœur que je l’ai laissé en refermant le livre, une fois toute son histoire déroulée, comme si je devais laisser mon grand-père derrière moi pour la seconde fois.
Au centre de l’intrigue, une amitié incroyablement humaine entre un vieillard que l’on dit fêlé et une jeune prostituée esclave qui n’a rien connu d’autre que la soumission et l’obéissance, et à ses trousses des hommes de pouvoirs et d’influence aux vices parfois inconcevables. Peter Farris dépeint dans ce roman à la fois le meilleur et le pire de l’humanité ; un contraste détonnant qui fait de ce roman une petite merveille.
Il y a évidemment derrière cette histoire – sous-entendus – des sujets graves, percutants et parfois difficiles à encaisser à travers les personnages de Maya et Mexico. Mexico ou le mal incarné qui drogue les femmes qu’ils possèdent pour les soumettre et les rendre dociles de sorte que les prédateurs peuvent s’en délecter sans aucune résistance. Maya, touchante Maya qui grâce à Léonard va découvrir l’autre côté de l’humanité ; plus douce, plus humaine, moins brutale.

L’histoire n’est pas d’une complexité renversante, mais les intentions sont là bien vivantes. Le ton et l’écriture de l’auteur suffisent à embellir le roman de noirceur et d’émotions qui habillent parfaitement l’histoire, à la façon d’un Satan dans le désert↗. J’ai beaucoup pensé à ce roman en me disant que si on a aimé l’un, on aimera forcément l’autre, mais bien sûr, les deux sont géniaux et différents.
Je suis ressortie groggy de cette lecture, le cœur lourd et léger à la fois, prise au piège entre la lumière et l’obscurité de ce roman, définitivement imprégnée par l’ambiance qui reste et se poursuit bien après la lecture.

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