« Erreur d’interprétation » : Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb

stupeur-et-tremblements-2460.jpgAu début des années 1990, la narratrice est embauchée par Yumimoto, une puissante firme japonaise. Elle va découvrir à ses dépens l’implacable rigueur de l’autorité d’entreprise, en même temps que les codes de conduite, incompréhensibles au profane, qui gouvernent la vie sociale au pays du Soleil levant.
D’erreurs en maladresses et en échecs, commence alors pour elle, comme dans un mauvais rêve, la descente inexorable dans les degrés de la hiérarchie, jusqu’au rang de surveillante des toilettes, celui de l’humiliation dernière. Une course absurde vers l’abîme – image de la vie –, où l’humour percutant d’Amélie Nothomb fait mouche à chaque ligne.
Entre le rire et l’angoisse, cette satire des nouveaux despotismes aux échos kafkaïens a conquis un immense public et valu à l’auteur d’Hygiène de l’assassin le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1999.


La première chose qu’on nous apprend en cours de français et de philosophie à l’école, c’est d’accepter et d’adopter le point de vue d’une minorité de gens qui ont décidé que ce devait être comme « ceci », et non comme « cela ».

Je me souviens de ce sentiment d’impuissance et de frustration lorsqu’un de mes professeurs de français m’a rendu un devoir dont j’étais fière car, pour la première fois, j’avais réussi à retranscrire mon avis et à étayer mon opinion sur l’extrait d’un roman. Sentiment d’impuissance et de frustration car, lorsque ledit professeur m’a rendu mon devoir, il s’est mordu la lèvre inférieure, a tordu le nez et m’a dit que « c’est pas ce que nous avons vu en cours ». Ah ! Je n’avais donc pas le droit d’avoir et d’exprimer mon propre avis sur un roman. Je n’avais droit à aucune interprétation personnelle et pourtant, dieu sait que ce devoir sortait de mes tripes. Je décidai alors d’apprendre par cœur les avis des autres et de les retranscrire avec mes propres mots, même si je ne partageais pas ces avis. Message reçu, Monsieur le Professeur, j’ai fini mon année avec tout juste la moyenne – je suis mauvaise menteuse et donner un avis qui n’est pas le mien, j’appelle ça mentir.
Si bien reçu, qu’encore aujourd’hui en chroniquant, la peur d’interpréter de travers une œuvre est très présente. Alors qu’en réalité, une interprétation et un ressenti sont tout à fait personnels et qu’il existe plusieurs façons de vivre un roman et donc, d’en parler. Sauf que ce sentiment de frustration et d’impuissance revient lorsque mon vécu personnel d’une lecture diffère beaucoup trop de l’avis général – qu’il soit positif ou négatif. Et lorsqu’on tient un blog, c’est une problématique avec laquelle on doit apprendre à publier, en risquant de se prendre une ou deux insulte(s) dans la tronche ou une explication de texte, voire une justification de l’auteur qui tient à rétablir sa vérité en étalant ce qu’il a voulu faire et en pointant un peu le chroniqueur du doigt en sous-entendant, publiquement de préférence : voici ce que tu n’as pas compris. Et quand ce n’est pas ça, ce sont les autoproclamés vrais littéraires de Facebook qui nous tombent dessus parce qu’on a aimé le dernier Musso.

La question de la « bonne interprétation » ou de la « bonne compréhension » d’un texte, d’une intention, d’une écriture, se pose inévitablement un jour. Qu’ai-je donc loupé ? Que n’ai-je pas compris, cerné ou vu ? Pourquoi les tentatives d’originalité dans l’écriture sonnent comme une révolution chez certains, et un profond raté chez moi ? Pourquoi un livre que certains qualifient de « profond », de « noir » ou de « bouleversant », me passe sous les yeux comme si je regardais bêtement un train passer ?
Quand certains lecteurs ou critiques qualifient certains auteurs de génies et certains livres de chefs-d’œuvre, moi je me demande simplement comment on peut trouver ces auteurs dans ces maisons d’édition, et comment un auteur au talent, à la créativité et à l’écriture indiscutablement meilleurs, galère grave, à envoyer ses manuscrits pour avoir dans le meilleur des cas, un refus de publication catégorique, et dans le pire pas même une réponse – parce qu’on s’en fiche un peu de la considération, pas vrai ?

Est-ce moi qui suis à côté de la plaque ?

2018 a été une année très difficile pour moi à ce niveau-là ; j’ai détesté presque tout ce que les autres ont en majorité aimé, et vice-versa. Frustration. Incompréhension. Remise en question. La F.I.R a de beaux jours devant elle.
J’imagine que tout ça n’est qu’une question d’opinion, d’interprétation et de vécu. Mais si la majorité des lecteurs ressortent grandis de leur expérience, pourquoi pas moi ? Et c’est ainsi que la pauvre chroniqueuse ressasse alors sa lecture, essayant en vain d’y trouver des éléments positifs (quitte à me rabattre sur la ponctuation), un certain engouement au moins pour un élément du bouquin (un personnage, une phrase, une idée), une morale à en tirer (au moins ça), un message positif à véhiculer (après ça, il n’y a plus rien à faire), afin de rédiger une chronique si ce n’est positive, au moins avec un peu de contenu plutôt qu’un bref : « je n’aime pas et puis c’est tout ! »

Aujourd’hui, je vous parle de Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb et, soit je n’ai rien compris, soit il n’y a rien à comprendre.

J’ai hésité à faire cette chronique parce qu’en définitive, que dire ? Finalement, je me suis dit que l’essentiel est que j’ai passé un moment ni désagréable, ni exaltant pour autant, mais qu’au moins, c’était court et tant mieux. Stupeur et tremblements dépeint le calvaire quotidien d’une occidentale dans une entreprise japonaise. On y apprend les méthodes, les valeurs et les règles effarantes et propres au pays. On y ressent de la pitié, de la compassion, de la tristesse pour la narratrice et parfois, un profond sentiment d’injustice et un manque d’humanité certain (c’est bon, je tiens mes éléments positifs !). Le fossé entre l’entreprise française et nippone est énorme, et le réaliser met parfois mal à l’aise. À condition d’apprendre et de réaliser, ce qui n’a pas du tout été mon cas. Tout ce qui est décrit dans ce livre autobiographique, ben on le sait déjà si on s’intéresse un peu au monde qui nous entoure. Les conditions de vie et de travail, les valeurs, les us et coutumes des Japonais ne sont pas vraiment un secret ; il suffit juste de s’y intéresser. Rien de révolutionnaire donc dans ce livre, et j’en suis restée pantoise, ne m’attendant pas du tout à ça. Alors effectivement, il y a là un sujet intéressant à creuser, mais encore faut-il le creuser, justement. En toute honnêteté, si j’ai accepté de lire cette histoire jusqu’au bout, elle manque tout de même de profondeur. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est creux ou survolé parce que pour le coup, en 190 pages, on comprend parfaitement bien comment ça fonctionne là-bas, on peut apprendre des choses et dans ce cas-là, ça sidère. Je n’irai donc pas jusque-là. Mais dans le fond, le roman ne raconte pas grand-chose et il me faut un peu plus que ça pour que je sois conquise. Alors finalement, y avait-il plus de choses à dire ? Ben, oui, probablement.
On m’a souvent parlé de la passion d’Amélie Nothomb pour le Japon. J’aurais adoré ressentir cette passion dans ce bouquin, or ce n’est pas vraiment le cas. Il y a une certaine distance, une froideur qui fait qu’on ne ressent pas grand-chose 🤔 Alors oui, il faut certainement aimer le pays pour rester dans ces conditions. Mais franchement, il n’y avait pas plus à dire ? à montrer ? à faire ressentir ? une histoire bien plus complète à construire autour du sujet principal ?

Erreur d’interprétation et/ou d’incompréhension ou non, je n’ai pas adhéré à ce livre, ni à l’auteure. Je partais pourtant avec des a priori positifs, me souvenant de la façon dont certains lecteurs disaient que cette auteure sait dire énormément en peu de pages, et ça, c’est quelque chose que j’apprécie tout particulièrement. Un auteur qui va à l’essentiel en le disant parfaitement bien, avec les bons mots et les bonnes tournures, me procure beaucoup plus de plaisir qu’un auteur qui étiiiiiiiiiire ses idées pour parler de tout, sans rien omettre, quitte à me perdre.
Force est de constater qu’Amélie Nothomb, ou du moins avec ce livre-ci, ça ne l’a pas du tout fait. Manque de matière, d’explication et de profondeur, le tout servi par une écriture agréable et pleine d’humour parfois, mais qui n’a pas le petit truc en plus qui en aurait fait une écriture sublime, Stupeur et tremblements signe mon désintérêt pour l’auteure, au moins pour l’instant. En réalité, j’ai lu pour lire et ce n’est pas du tout la façon dont je considère ce passe-temps qui, la plupart du temps, m’apprend des choses, m’élève ou me fait rêver. Pas ici, tant pis, je n’ai sûrement rien compris, diront certains, et peut-être auront-ils raison. Ce qu’il fallait voir était sûrement ailleurs que là où j’ai regardé.

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4 commentaires sur « « Erreur d’interprétation » : Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb »

  1. Je n’ai pas lu ce livre, parce que j’ai du mal l’auteur, même si elle est encensée de beaucoup, particulièrement ma belle-fille 😏.
    Mais c’est tout le charme de la lecture ! Si nous aimions tous la même chose, Dieu que ce serait ch….. ! Il m’arrive aussi d’être à contre-courant sur des titres qui unissent les voix, mais j’estime que tant qu’un avis est donné avec respect (et c’est toujours ton cas !), l’aspect subjectif de cet avis est justement ce qui lui donne de la richesse ! Nos vécus (d’être humain, de lecteur, …) font que nos perceptions d’un livre en sont parfois biaisées, et alors ? Si d’aventure tu recevais des critiques pour avoir été honnête, dis-toi que ce n’est pas toi qui est en cause !
    Bref, je m’étale mais il est malheureux qu’un prof de français puisse faire autant de dégât dans la confiance de ses élèves ! Du coup, je remercie mes propres profs, capable de juger un style, une argumentation, sans pour autant partager l’avis qui y était défendu !
    En résumé : ne change rien ! 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Merci 😊 je pars également du principe que tout le monde peut avoir un avis différent sur un livre, mais ce n’est pas le cas de tous et, évidemment, j’en ai eu la preuve sur les réseaux sociaux suite à la publication de cette chronique 😂
      Merci pour tes mots 🥰

      Aimé par 1 personne

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