Mickaël Koudero – La faim et la soif

41a0NviRBVL._SY346_Paris, juin 2015. Dans un appartement aux allures de chapelle, une jeune femme s’est tailladé les veines. Avant de commettre l’irréparable, elle a cherché à s’arracher les yeux. Plus étrange encore, ces liasses de feuilles froissées sur lesquelles elle a griffonné le même nom : Nosferatu. Un mot roumain qui renvoie aux non-morts, aux vampires et au Diable.
Ancien journaliste d’investigation, Raphaël Bertignac fait le lien avec la découverte dans un parking en construction, quelques mois plus tôt, du corps d’un jeune Roumain sans papiers. Vidé de son sang. À moitié dévoré. Les organes arrachés. Deux affaires en apparence distinctes. Et pourtant…
Cannibale, Diable, organes… des mots aux sonorités animales qui poussent Raphaël à mener l’enquête à Paris, à Prague et jusqu’au tréfonds de la Roumanie. Dans ces territoires interdits où il comprendra que sous les cendres de la révolution de 1989 et la chute de Ceaușescu, une menace est née. Intime. Cannibale. Sauvage. La faim et la soif.


J’ai eu très peur pour le livre qui allait passer après Le jour du chien ; la lecture de ce dernier ayant été particulièrement longue et décevante, je n’étais pas totalement ouverte à la prochaine lecture. Pourtant, dès le Bauwen refermé, La faim et la soif s’est imposé et, force est de constater qu’il a très bien su gérer la situation ;  il faut dire que le livre a de très bons arguments.
Comme bien souvent, j’ai su dès le départ que j’allais apprécier ce livre. Peut-être pas le dévorer et l’aimer à la folie, mais au moins l’apprécier, lui et sa lecture. Au départ, il y a Raphaël et son travail de nettoyeur d’habitations après décès, un métier très peu utilisé en littérature alors qu’il a, c’est certain, beaucoup de potentiel. Raphaël est un ancien journaliste qui va croiser le chemin d’une suicidée particulière, qui va réveiller ses instincts de fouineur à cause des mystères qui entourent son décès. Une affaire qui va l’emmener beaucoup plus loin qu’il ne le pensait, au-delà de nos belles frontières françaises, pour découvrir la face cachée de l’humanité mêlant croyances, endoctrinement, théorie de la mémoire cellulaire (passionnant), trafic d’organes et meurtres sanglants. Autant dire que certaines scènes ne font pas dans la dentelle et, qu’après un sevrage de ce genre de romans depuis plusieurs mois, je m’en suis délectée. Cependant, le livre ne s’arrête pas à cette caractéristique un peu sale et j’ai été agréablement surprise par tout le reste, surtout par les sujets grattés.

Que ce soit le passé des personnages, l’Histoire d’un pays, les formes de cannibalisme, la théorie de la mémoire cellulaire (ai-je déjà dit que c’est passionnant ?), la Securitate (autre sujet ultra passionnant) ou des événements historiques, Mickaël Koudero raconte et creuse, un peu l’air de rien, tout un tas de sujets passionnants, sans forcément entrer profondément dans les détails mais suffisamment pour informer le lecteur et lui apprendre deux trois petites choses ; en somme, lui dire l’essentiel et surtout, des choses en rapport avec l’intrigue. Si je dis « l’air de rien », c’est parce qu’il est rare que ce genre de passages qui retracent un passé ou un événement historique et/ou réel, soit aussi bien intégré à l’intrigue, sans que l’on ait l’impression que l’auteur étale ses connaissances en espérant donner du cachet à son livre grâce à l’utilisation de notre réalité. Non, c’est bien plus subtile, naturel et discret que ça, tout se mélange à la perfection et j’ai beaucoup aimé ça. Ce choix d’intégrer du réel, de vraies théories et histoires à la fiction, a indéniablement apporté du bon à l’intrigue, du poids et de la consistance, qui ont permis à l’auteur de tisser son intrigue. Et ça n’était pas évidemment pour me déplaire.

Lui, son vice, c’était la vérité. Gratter l’écorce humaine. S’enfoncer dans les tréfonds des âmes pour tenter de comprendre.

Une intrigue rondement menée, pleine de surprises et d’originalité et surtout, embellie par une écriture particulière et bipolaire. Tantôt saccadée, vive et rapide, elle accélère le rythme de lecture jusqu’à rendre le texte expéditif. Un choix que je n’apprécie pas, d’habitude. Je préfère les écritures légèrement langoureuses, les textes aux phrases étoffées et j’abhorre la succession de mots uniques séparés par un point. Et pourtant, ce procédé, utilisé avec parcimonie dans ce texte-ci, apporte indéniablement quelque chose de positif parce qu’il est employé au bon moment et contraste avec l’autre écriture. Les longues scènes explicatives ou d’actions, descriptives parfois ou faites de longs dialogues, habillées de trouvailles fort sympathiques dans les expressions, les façons de dire les choses, le choix des mots et des tournures de phrases. Une façon d’écrire que j’ai trouvée originale et surtout, plaisante. Très plaisante. Il est rare que dans les thrillers actuels, écriture et intrigue soient au même niveau. C’est un peu une critique que je fais très souvent, parce que j’ai besoin que les deux me transportent. En ce qui me concerne, une bonne intrigue ne suffit pas à faire d’un ouvrage, un bon livre. Or, c’est assez rare de tomber sur une intrigue riche, qui plus est servie par une écriture qui se démarque et très loin des standards des poids lourds de l’édition ; souvent, les auteurs misent sur l’intrigue, les rebondissements et le twist ending, et le style est, à mon goût, mis de côté.
Mickaël Koudero a misé sur autre chose, a sûrement pris des risques en choisissant d’embarquer son lecteur dans ce que l’humanité peut faire de pire et en creusant des sujets rarement abordés, qui peuvent même rebuter, le tout servi par une enquête d’un journaliste parfaitement orchestrée qui n’utilise par de raccourcis ou de facilité. Peut-être a-t-il aussi pris des risques en ne cédant pas à la facilité stylistique du thriller alors que le lecteur se contente parfois uniquement de rebondissements et d’un peu de tension – moi la première, j’ai adoré la trilogie Sandra et Marcus de Donato Carrisi pour ça.
Peut-être avons-nous là une petite révolution dans le monde du thriller. Ce qui est certain, c’est que nous sommes confrontés au pire de l’humanité, mais surtout, à la meilleure façon dont cette histoire pouvait, à mon avis, être construite, écrite et achevée. J’ai particulièrement aimé la fin qui évite avec brio et haut la main, l’effet soufflé et/ou la fin expéditive. Et que ça fait du bien de lire un texte soigné jusqu’à la toute fin !

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3 commentaires sur « Mickaël Koudero – La faim et la soif »

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