John Hart – L’enfant perdu

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Un soir, alors qu’elle rentre chez elle, la jeune Alyssa Merrimon disparaît. Un an après, Johnny, son frère jumeau, fouille toujours leur petite ville de Caroline du Nord, rue par rue, s’introduisant chez des hommes soupçonnés de comportements déviants, au risque de se faire prendre. Clyde Hunt, le policier chargé de l’affaire, le surveille discrètement, tout comme sa mère qui reste inconsolable. Mais la disparition d’une deuxième fillette, suivie de plusieurs découvertes macabres, vont ébranler la petite communauté et menacer Johnny…


Lire John Hart, c’est la promesse d’être enfermé, l’espace d’une lecture, dans ce que le drame familial a de meilleur à nous offrir. L’auteur maîtrise autant le genre que le sujet (et assume volontiers son attirance pour, je le cite, « les dysfonctionnements familiaux »), et lire cet auteur est presque toujours l’assurance de se délecter du texte et de son intrigue. Hormis Le roi des mensonges que j’ai moins aimé pour l’unique raison qu’il ressemble un peu trop à La Rivière rougejamais l’auteur ne m’a déçue. Pourtant, j’ai mis un temps fou à sortir L’enfant perdu de ma PAL.
Si j’ai déjà mentionné le fait que, pour moi, les histoires et les personnages de John Hart forment une grande famille, et qu’une logique globale ressort de l’ensemble de l’œuvre de l’auteur, d’instinct,
L’enfant perdu n’avait rien à voir avec le reste de la bibliographie de l’auteur. D’instinct, puisqu’à part la quatrième de couverture de Redemption Road, qui fut mon premier Hart, je n’ai jamais lu les résumés des livres de cet auteur avant de les lire. Mon appréhension venait donc d’autre chose ; un pressentiment, une intime conviction, et d’ailleurs, je l’ai souvent dit autour de moi : ce livre, je ne le sentais pas. Pas comme les autres. En réalité, il me faisait peur.
Je ne saurais dire avec certitude d’où venait cette méfiance, mais je parierais volontiers sur le titre et la couverture qui, déjà dans mon esprit, ont marqué une rupture entre L’enfant perdu et les autres. C’est un ressenti inexplicable, d’autant plus que, si en effet ce livre-ci se différencie beaucoup des autres au niveau du genre et de la façon dont sont construits et racontés les personnages, il n’est tout de même pas si différent que ça dans sa globalité, et la famille reste au cœur de ce roman dont le tableau de départ est l’enlèvement d’un enfant. Un sujet mainte fois abordé, très bien traité par d’autres auteurs et insupportable pour certains lecteurs. Un sujet presque casse-gueule tant il a été fouillé en long, en large et en travers.

À ce point de départ, l’auteur ajoute les ingrédients qui fonctionnent et qui pourraient sentir un peu le réchauffé : une mère inconsolable qui s’est laissé submerger par la disparition de son enfant au point de n’être désormais qu’une loque ; un couple qui a explosé et dont le mari a pris la poudre d’escampette puis abandonné sa famille ; un fils délaissé par sa mère et une relation mère/fils basée sur le conflit ; un homme qui a saisi l’opportunité de mettre son grappin sur une femme démunie et seule ; une enquête qui piétine ; un frère qui a gardé espoir et qui ne cesse de chercher sa (fausse) jumelle et un flic qui vit depuis un an avec les réminiscences d’une enquête jamais résolue. Des mystères, des mensonges et des vérités prêtes à exploser ; du simple et du banal pourrait-on penser.
Sauf qu’avec John Hart, rien n’est jamais simple. Rien n’est jamais banal. Ce sujet, tant de fois creusé par des auteurs plus ou moins talentueux, Hart a réussi à le sublimer. À le rendre nouveau. Inédit. Ce livre est probablement le plus abouti de la bibliographie de l’auteur, celui qui gratte le plus en profondeur les personnages et leur histoire, celui qui met le plus en relief les émotions et qui vit plus qu’il ne raconte.

Johnny est un enfant tout ce qu’il y a de plus banal, à la différence près que sa jumelle a été enlevée, que sa mère est dévastée et que son père s’est tiré. C’est finalement quasiment seul que le gamin de treize ans va devoir surmonter cette épreuve loin d’être de son âge, tenu à l’œil par le flic en charge de l’enquête qui, indéniablement, a énormément d’affection pour ce petit garçon – et c’est peut-être le seul. Un enfant qui, dès la première ligne, m’a sauté à la gorge, mordue et ne m’a jamais vraiment relâchée. John Hart avait un peu exploré l’enfance, et notamment ce qui forge les gamins qui vivent un drame dans La maison de fer, mais sans vraiment entrer dans le vif du sujet ; l’histoire se situait ailleurs. L’enfant perdu donne l’opportunité à John Hart d’explorer l’âme cabossée d’un petit garçon de treize ans, un gamin attachant et courageux, qui va illuminer l’intrigue et dont le créateur va s’appliquer à le rendre si réel, que ce gamin m’a accompagnée dans mes rêves.
Dans le roman, il est bien évidemment entouré d’autres personnages, notamment un flic et c’est la surprise de ce livre ; son genre. On aurait tendance, parfois, à plus se rapprocher du policier que du thriller, et John Hart se révèle être tout aussi bon à ce jeu-là. Parce qu’en plus de la disparition de la jumelle de Johnny, une autre petite fille va disparaître, des corps vont être retrouvés, une enquête va être menée, le tout dirigé par des personnages qui vont, je pense, me marquer à vie tant je les ai aimés ou détestés. Personne ne m’a laissée indifférente et c’est en lisant ce genre de roman que je me dis que j’aimerais bien trouver autant de consistances dans les personnages ailleurs, voire toujours.
C’est le gros point fort, à mon avis, de L’enfant perdu : ses personnages. Il fallait sûrement qu’ils soient costauds, compte tenu du sujet peu original que l’auteur a choisi de traiter, qui est en fait un peu comme une excuse pour mettre en scène des personnages, plus proche de vraies personnes que de la fiction. Pari réussi, si c’en était un ; hommes, femmes, enfants, animaux, se sont levés, ont marché et ont vécu, dirigés par la plume d’un Hart que j’ai trouvé particulièrement excellent.
Je ne vais pas parler plus de l’histoire, toujours aussi complexe, riche et pleine de petits chemins boueux qui nous écartent de la route principale, comme d’habitude avec l’auteur qui adore promener son lecteur et ses personnages. Une histoire dirigée de main de maître, qui se clôt en apothéose, à l’image du reste du roman indéniablement brillant et pour lequel j’ai une grande affection. Totalement séduite par le personnage de Johnny plus vrai que nature, dont la construction et l’utilisation épousent la perfection, ce gamin, qui a pris vie à mes côtés, ne s’est pas vraiment en aller depuis. Égoïstement, je vais essayer de le garder encore un peu pour que le fameux « syndrome du manque » dont parlait très récemment ma petite fée Céline, qui elle aussi adore Hart, ne m’atteigne pas tout de suite.

John Hart est définitivement l’auteur qui parvient le mieux à me faire apprécier la lecture, et qui me permet de réellement m’échapper, en laissant de côté tous les tracas et ma propre existence pour me plonger dans la fiction qui parfois, me semble plus vraie que ma réalité. Ses romans sont à chaque fois un voyage dont je ne reviens jamais totalement tant ils sont prenants, tant je les vis de l’intérieur. Chaque roman a gardé une petite part de moi, et l’inverse est également vrai. Peut-être L’enfant perdu a-t-il gardé un peu plus cette fois-ci, peut-être s’est-il plus imprimé en moi que les autres. Toujours est-il que, s’il est bien différent des autres livres que j’ai lus de l’auteur, il est, même si ça se joue à pas grand-chose, le meilleur.

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Pour les chanceux capable de lire en VO, la suite de L’enfant perdu est sortie l’an dernier sous le titre The Hush.
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