Écouter le noir – Collectif (recueil de nouvelles)

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Les grands noms du thriller français mettent nos sens en éveil.
Treize auteurs prestigieux de noir sont ici réunis et, si chacun a son mode opératoire, le mot d’ordre est le même pour tous : nous faire tendre l’oreille en nous proposant des récits qui jouent avec les différentes définitions de l’audition. 
Dans ces nouvelles, ils ont donné libre cours à leur noire imagination pour créer une atmosphère, des personnages inoubliables et une tension qui vous happeront dès les premiers mots… et jusqu’à la chute. 
Éclectique et surprenant, ce recueil renferme onze expériences exceptionnelles de lecture. 
Laissez-vous chuchoter à l’oreille, venez Écouter le noir.


J’aime me lancer des défis et m’imposer des lectures que je n’aime pas chroniquer. Les recueils de nouvelles sont des livres spéciaux dont je peine à parler, parce que je ne peux ni aborder l’histoire de chaque nouvelle en profondeur à cause de la longueur du texte, ni parler des styles sans me répéter, pour chaque nouvelle et chaque auteur, ce qui serait, j’en conviens, redondant. Parfois, je choisis de faire des retours de façon générale, mais là, je ne peux pas pour la simple et bonne raison que treize auteurs peuplent ce recueil et qu’une chronique générale est presque impossible. Alors soit, chroniquons chaque nouvelle, le tout sur le thème de l’audition.

Cependant, pour ceux qui voudraient un avis global, voici ce que je peux dire :
Au niveau des styles, il y a de tout. Du très simple et du plus recherché, avec des textes plus ou moins noir dans l’écriture. Selon moi, le niveau est plutôt bon, même si certaines plumes se distinguent plus que d’autres.
Au niveau des histoires, j’ai trouvé certaines à la limite du hors-sujet puisque le but était de combiner audition et roman noir ; pour certains textes, ce n’est pas si évident que ça. Certaines nouvelles m’ont beaucoup plu et d’autres beaucoup moins…
La conclusion générale que je pourrais faire de cette lecture, c’est qu’une nouvelle entre deux chapitres d’un autre roman, ça passe. Certaines nouvelles sont vraiment bien, mais malheureusement, je trouve un certain déséquilibre notable entre certains auteurs, certaines histoires, certains styles et certaines façons de respecter les thèmes imposés. C’est un peu dommage.

Deaf

Lorsqu’une auteure que j’ai adorée par le passé, mais que j’ai arrêté de lire pour un souci de style qui ne me correspond plus (Barbara Abel), et une autre dont mon avis est très mitigé puisque j’ai eu une bonne lecture et un abandon (Karine Giebel) s’unissent pour écrire une nouvelle, nous avons droit à Deaf.
Deaf narre deux histoires ; d’un côté un couple d’adolescents sourds qui fugue par amour, et de l’autre une maman enfermée dans un coffre. Je ne sais pas qui a écrit quoi et j’avoue ne pas être très bonne au jeu du « je reconnais le style des auteurs », même en les ayant beaucoup lus. Toujours est-il que, stylistiquement parlant, j’ai de loin préféré la partie fugue plutôt que l’autre, aussi probablement à cause de l’histoire que j’ai également préférée. Finalement, ses deux voies se rejoignent et offrent au lecteur une fin terriblement noire que j’ai beaucoup aimée parce qu’elle tord le cœur et que l’on se dit : ils ne pouvaient pas savoir, mais s’ils avaient su ? Oui, c’est très confus pour qui n’a pas lu la nouvelle 😊 J’ai beaucoup aimé ce texte qui fait totalement le job que j’attendais de lui en traitant parfaitement le sujet tout en étant noir.

Archéomnésis

Qui n’a jamais lu le duo Jérôme Camut et Nathalie Hug, dénoncez vous, c’est le moment ! Bon ben, moi du coup… J’ai entendu énormément de bien des écrits de ces deux auteurs et je n’ai jamais franchi le pas, pas réellement tentée par les quatrièmes de couvertures, et pourtant, j’aime beaucoup le concept des romans écrits en duo – il faut dire aussi que le couple est adepte des pavés et que moi, je ne le suis pas du tout ^^.
Une nouvelle dont le style se rapproche un peu plus de ce que j’aime. Ce court texte ne peut-être résumé sans dévoiler l’intrigue entièrement, mais je peux aborder la raison pour laquelle je n’ai pas accroché : l’histoire se déroule dans le futur, parmi l’intelligence artificielle et les Hommes quasiment disparus. Et puis en toute honnêteté, je n’ai franchement pas vu le rapport avec l’audition (le thème imposé) avec la même évidence que la première nouvelle. C’est bien écrit, mais le sujet ne me correspond pas et du coup, je ne suis pas entrée dedans ; question de goût pour cette nouvelle.

Tous les chemins mènent au hum

Encore une fois, j’ai énormément entendu de bien de cette auteure : Sonja Delzongle, que je n’avais jamais lue, non pas par manque d’intérêt, au contraire, je suis plutôt curieuse, mais à cause des avis bien trop positifs et enthousiasmes qui me bloquent complètement. Cette fois-ci, je n’ai pas eu le choix et il a fallu que je m’y frotte, l’avantage des recueils de ce genre : on découvre pleins d’auteurs, et lorsqu’on est réticent à lire les romans de ces derniers, la nouvelle est un bon compromis.
Je ne sais pas si je relirai l’auteure, j’évite désormais de m’avancer, toujours est-il que j’ai adoré cette nouvelle pour deux raisons précises : la première est assez personnelle, ça ne sera sûrement pas ressenti de la même manière par l’ensemble des lecteurs, mais j’ai beaucoup aimé ce rapport au bruit que nous dépeint l’auteur. Je suis très sensible à certains bruits alors forcément, le sujet m’a beaucoup parlé. La seconde raison est la fin, très noire puisque c’est aussi le thème, mais celle-ci remue un peu à la manière de Deaf. Bref, toutes les cases sont cochées.

Ils écouteront jusqu’à la fin…

Amateurs et amoureux de musique classique (et même ceux qui n’y connaissent rien), de noir, de surnaturel et de malédiction, voici un texte signé François-Xavier Dillard qui va ravir votre imagination. Une nouvelle très visuelle et aux mélodies enivrantes, très bien écrite et au final en apothéose, que j’ai adorée. J’avais beaucoup entendu parler de cet auteur que je découvre à travers cette nouvelle, et je pense me pencher un peu plus sur ce cas bientôt, au moins en allant lire les quatrièmes de couverture de ses romans.

Bloodline

De R. J. Ellory, je n’ai lu que Seul le silence qui m’a laissé un goût mitigé dans la bouche. Il faut dire qu’on m’avait vendu ce livre comme un chef-d’oeuvre et l’auteur comme un génie et que, si j’ai en effet aimé la plume, l’histoire, elle, était relativement classique et prévisible. Je n’ai jamais relu l’auteur, malgré les conseils des uns et des autres. Je suis comme ça : quand je ne le sens pas, je n’y vais pas.
Cette nouvelle ne m’aura convaincue sur aucun aspect, malheureusement. Ni conquise par l’histoire, ni par le style, pas même par la façon dont le sujet imposé est traité (en fait survolé), Bloodline est la nouvelle que j’ai le moins aimé.

Un sacré chantier

Dans cette nouvelle, Nicolas Lebel aborde le sujet épineux des agressions sexuelles et surtout, des femmes qui portent plainte et ne sont pas entendues, pas comme elles le devraient. Le sujet imposé joue sur le bruit extérieur d’un chantier, assourdissant et qui force les personnages à beugler.
J’étais dans cette nouvelle, révoltée par les comportements de cette femme qui hurlait son agression et des autres qui minimisaient le bruit qu’elle tentait de faire ; on voulait la faire taire. La tension s’est installée, j’ai redouté la fin pour ce personnage et l’issue de la plainte. Alors on va dire que je chipote, j’ai l’habitude, mais il n’y a pas de fin pour la procédure ; on la comprend, mais on n’a pas l’issue, claire et nette. J’étais tellement dans l’histoire que j’ai été frustrée que ça s’arrête aussi soudainement et sans que certaines choses soient closes.

Zones de fracture

De cette nouvelle, en plus de l’histoire sympathique, je retiendrai la construction choisie par Sophie Loubière. Dans cette nouvelle, il y a un couple, un enfant, des amants, un accident et une mort. Et chaque « chapitre » donne le point de vue d’un personnage, la façon dont il gère la disparition, les révélations et les infidélités. J’ai beaucoup aimé le choix de cette construction ainsi que l’histoire en général et évidemment, sa chute !

Échos

On sort les cotillons, les « alerte groupie », et on ne rigole plus : Maud Mayeras est appelée à la barre. Et avec Maud, je ne rigole pas, parce que Maud est mon auteure préférée, ma sucrerie et que j’ai acheté ce recueil uniquement pour le plaisir de la lire. J’aurais pu lire cette nouvelle en première, en dernière, et finalement, j’ai choisi de la lire au moment où elle est arrivée. Papillons dans le ventre, excitation, suspense, angoisse, allais-je être déçue ?
Cette nouvelle est noire, emplie d’émotions et a une histoire très bien construite qui fait « croire que » alors qu’en fait ça n’est pas « ça ». Et j’adore ces histoires qui embobinent le lecteur jusqu’à la fin qui remet tout en place. J’ai été touchée par le petit garçon personnage principal de cette nouvelle, et par la façon dont sont racontés les choses et son vécu à travers ses yeux d’enfants et la plume de Maud Mayeras que j’aime définitivement beaucoup.

La fête foraine

Romain Puértolas aura au moins réussi à faire une chose que tous les autres auteurs de ce recueil réunis n’auront pas fait : se retrouver avec R. J. Ellory dans mon classement personnel ^^ Ni l’écriture ni l’histoire n’auront réussi à me faire oublier que cette nouvelle n’est absolument pas noire et au contraire, très (et trop, pour moi) gentillette. Un couple prend un week-end de repos ; l’un pour terminer d’écrire son livre (vous savez que les écrivains dans les histoires, ça a tendance à me gonfler^^) et l’autre un article. Un écrivain et une journaliste donc, et surprise, arrivés sur place, l’appartement qu’ils ont loué n’est pas du tout comme on leur a vendu. La chute est très prévisible et la façon d’aborder l’audition pas folichonne.

Quand vient le silence

J’aurais vraiment pu regrouper certaines nouvelles finalement… Une nouvelle fois, je n’ai pas du tout accroché avec ce texte de Laurent Scalese, même si le pan noirceur de cette nouvelle aurait pu me plaire. C’est en réalité tout le reste qui ne m’a pas convaincue et j’ai trouvé l’ensemble assez facile et déjà vu.

Le diable m’a dit…

Dernière nouvelle, c’est avec Cédric Sire que l’on se quitte, un auteur dont j’ai déjà tenté de lire les ouvrages et avec lesquels je ne me suis pas entendu. Le diable m’a dit… possède une certaine originalité et une noirceur que j’ai grandement appréciées. La fin façon twist ending fait son effet et j’ai été contente d’enfin pouvoir lire une histoire entière de cet auteur, au moins pour juger l’intrigue. Parce qu’en ce qui concerne l’écriture qui m’avait déjà empêchée de dépasser les 50 pages des livres que j’ai essayés de lire, et bien, j’ai encore les mêmes problèmes ici. Ça manque de punch et de singularité.


Remarque de fin : sur 11 textes, trois ont des personnages écrivains, métier trop redondant dans les romans, et ce recueil me prouve que ce n’est pas qu’une impression. D’autant que ce métier n’apporte pas grand-chose aux intrigues, si ce n’est qu’on peut faire certains raccourcis. Voilà, c’était pour ceux qui n’ont pas compris pourquoi j’ai râlé sur Facebook il y a quelque temps, à propos des personnages écrivains que je ne supporte plus : on en voit trop ! La preuve que l’argument « mais non, on n’en voit pas trop, c’est juste toi ! » ne fonctionne pas, se trouve dans ce recueil.

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2 commentaires sur « Écouter le noir – Collectif (recueil de nouvelles) »

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