Céline Denjean – Le Cheptel

410zzI+omzL._SX324_BO1,204,203,200_Le corps d’une jeune femme est retrouvé en Lozère. Au regard des éléments qu’ils détiennent, les enquêteurs de la SR de Nîmes se forgent rapidement un avis : elle a fait l’objet d’une chasse à l’homme… Pour le capitaine Merlot, d’Interpol, les conclusions médico-légales placent cette victime dans une longue série. Les gendarmes nîmois vont alors apprendre à leur grande stupéfaction, qu’Interpol tente depuis vingt-cinq ans de démanteler un réseau de trafic d’êtres humains. Louis Barthes, notaire à la retraite, est à la recherche de sa soeur jumelle dont il ignorait l’existence. Ses démarches vont a peu à peu le faire remonter jusqu’à une poignée d’orphelins juifs dont la fuite vers l’Espagne s’est arrêtée dans les Pyrénées… Jeune adolescent de 13 ans, surdoué, Bruno passe des vacances dans les Pyrénées quand il tombe dans un dangereux torrent et est emporté par les flots. Il parvient miraculeusement à s’extirper des eaux tumultueuses, et cherchant de l’aide, découvre une communauté vivant hors temps et hors réalité dirigée par une grande prêtresse qui se fait appeler Virinaë. Trois fils que Céline Denjean tisse ensemble dans un suspens et une tension exceptionnels, et surtout avec sa remarquable maîtrise du récit révélée dans ses précédents romans.


Au début, je n’avais pas vraiment compris si j’aimais ou non ce roman. Pour tout dire, lorsque je le lisais, je ressentais une certaine satisfaction, conséquence directe d’une écriture associée à une histoire captivantes. Ça arrivait de tous les côtés, de toutes les époques, à travers plusieurs tableaux. Ça ne se mélangeait pas. On avait d’un côté une enquête avec un corps retrouvé qui éveillait toute la curiosité, les questions et l’incompréhension des policiers, puis de l’autre, ce qui ressemblait à une rafle, puis une histoire de quête d’identité et enfin, la chute d’un enfant dans un ruisseau qui l’a conduit dans une forêt. Et finalement, ça commençait à se rejoindre, tout doucement. J’aimais bien la façon dont débutait ce roman.
Pourtant, je ne l’ai pas bouffé comme j’aurais pu et, j’ai même eu tendance à le laisser traîner sur la table de nuit, en passant de longues heures sans l’ouvrir préférant faire autre chose – dont, redécouvrir le jeu The Forest qui a eu tant de mises à jour depuis ma dernière session l’an dernier, bref ! Drôles de lecture et d’expérience. Alors, qu’est-ce qui a coincé ? La lenteur et les quelques longueurs. Clairement, le début de l’enquête est long et lent parce qu’en parallèle, on instaure plusieurs autres situations, et que la première ne doit surtout pas dépasser le reste. J’avais trouvé ce petit souci dans Block 46 de Johana Gustawsson, que j’ai cependant, beaucoup aimé. Ici, c’est un peu plus subtile, un peu moins voyant, mais l’enquête prend son temps, un peu trop à mon goût. Et dans ces cas-là, malheureusement, il ne faut pas grand-chose pour que je décroche et que mon œil s’attarde sur autre chose ; des groupes de mots sur lesquels je bloque par exemple, « à partir de désormais », « monter crescendo » ou « au final », le premier ayant été le plus compliqué à digérer, le dernier revenant bien trop souvent à mon goût (alors qu’il n’est pas français, oui « au final » n’existe pas) ; des mots un peu trop répétés tout au long du roman « bonnement » et « mouliner » par exemple ; et enfin, les mentions trop répétitives du livre La fille de Kali de la même auteure, qui excluent totalement le lecteur qui ne l’a pas lu, moi en l’occurrence. On n’en trouve pas à chaque page, mais c’est assez récurrent pour qu’on les remarque.

Mais à côté de ça, on a une intrigue touffue et dense qui ballotte le lecteur et puis, de toute façon, l’enquête se dénoue assez vite, devient bien plus passionnante et mouvementée, et finit par presque totalement s’éclipser.
Difficile de penser que l’on peut toujours trouver pire chez l’humain et pourtant, les découvertes des policiers et gendarmes de ce roman vont crescendo dans le morbide et l’inconcevable. Ce que cache le corps retrouvé, venu d’une autre époque, est bien au-delà de l’entendement et les limites de la cruauté humaine sont bien dépassées. À mesure que l’on évolue dans ce roman, les vrais rôles de chacun des personnages auxquels nous nous sommes attachés, sont mis en lumière ; toujours plus sombres, les vrais visages engloutissent le lecteur dans une noirceur sans nom qui, je dois l’avouer, m’a beaucoup plu. Parce qu’en ce moment, je suis très noirceur, ancien temps et âme humaine (bien noire) ce roman ne pouvait que me plaire malgré les quelques petits défauts relevés au début, et même si j’ai mis le temps pour terminer cette lecture, l’image finale de ce roman les atténue.

Il est en fin de compte très facile d’oublier, temporairement, un « au final » lorsqu’on se rend compte du chemin parcouru dans ce livre pour arriver à tout relier, tout expliquer, et surtout, à cette fin. J’ai adoré découvrir qu’en fait, les personnages insoupçonnés sont les pires, alors que j’avais eu tout le loisir de m’attacher à eux en amont. Et finalement, cela était nécessaire pour comprendre l’histoire de chacun et que le fameux « comment en est-on arrivé là ? » soit plausible. Parce que finalement, la noirceur des âmes a parfois des explications et je ne peux vraiment pas enlever cela à Céline Denjean : ses personnages ont une histoire, une vraie. Des personnages travaillés et consistants qui apportent une réelle plus-value à l’intrigue, totalement portée par les hommes, les femmes et les enfants qui font vivre ce roman du début à la fin. En définitive, peut-être que ça pardonne certaines maladresses et longueurs parce que rares sont les personnages aussi vivants qui font oublier qu’il s’agit d’une histoire sortie et assemblée de et avec l’esprit d’une autre personne.
Mais revenons un peu à la fin de ce livre et à son dénouement qui, à cause de la façon dont est construit l’histoire, relèvent du quitte ou double. Il y a des livres, comme celui-ci, dont on sait que la fin fera basculer notre avis. Le cheptel est de ceux-là.

Ce dernier tiers – quelque trois cent pages – a été mon préféré, ce qui tente à prouver que le côté policier de ce livre n’est pas ce qui m’a le plus plu, lenteur ou non. En effet, dans le dernier tiers, celui-ci disparaît presque totalement, laissant le cheptel, le garçon disparu et l’homme en quête d’identité, prendre le contrôle de l’intrigue. J’ai dévoré la dernière partie de ce livre tant je l’ai adorée et tant elle m’a emmenée dans des situations inconcevables. L’assaut final, qui va boucler l’histoire du cheptel et du livre, est passionnant de réalisme et de morbide. J’ai beaucoup aimé cette fin qui semble laisser la porte entrouverte sur une autre intrigue : Double amnésie, fraîchement sorti.

Globalement, c’est un retour mitigé qui penche vers le positif qui va conclure cette chronique. Je n’ai pas été convaincue par tout, que ce soit au niveau du style ou de l’histoire et pourtant, j’ai passé un très bon moment, surtout à la fin. De façon générale, j’ai beaucoup de mal avec les pavés parce que, chaque fois que j’en lis un, je me dis qu’on aurait pu passer outre certaines choses pour réduire un peu le volume tout en gardant l’essentiel de l’histoire et/ou des personnages. J’ai du mal à rester trop longtemps concentrée sur une intrigue, aussi riche et diversifiée soit-elle, surtout lorsque je trouve que c’est lent. Alors forcément, avec ce pavé de 652 pages écrites en tout petit, il était certain que ça allait être compliqué pour moi.
Il faut cependant reconnaître que Céline Denjean a le don pour capter et garder son lecteur, aussi grâce à la lenteur de l’intrigue qui donne forcément envie au lecteur de rester, pour voir : mais que va-t-il se passer ? Le tout, est porté par une originalité certaine qui, elle, m’a définitivement convaincue.

Le Cheptel chez France Loisirs
thumbnail (3)

2 commentaires sur « Céline Denjean – Le Cheptel »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s