Patrice Quélard – Oppressions : From past to present (recueil de nouvelles)

51wz4BQGULL._SX311_BO1,204,203,200_.jpgDes générations d’hommes et de femmes se sont battues, souvent jusqu’au sacrifice suprême, pour conquérir leur liberté face aux oppressions politiques ou religieuses. Mais au-delà de ces causes supérieures, nos vies quotidiennes, nos histoires personnelles recèlent pléthore d’oppressions auxquelles nous tentons de résister ou d’échapper, mais que nous reproduisons pourtant nous-mêmes inlassablement, génération après génération : le père, le chef, le sexisme, les croyances, les superstitions, le devoir, la patrie, la médecine, le nom, l’ascendance, les conventions sociales, l’idéologie, l’argent… Pouvons-nous un jour espérer nous affranchir de tout cela ? Consciemment ou inconsciemment, nous multiplions les oppressions infligées, et du même coup celles subies. Tels des pompiers pyromanes, nous continuons à aspirer à la liberté dans un monde que nous nous employons à recouvrir de chaînes avec une application schizophrénique. Cette première partie de recueil comporte 10 nouvelles réalistes ou mâtinées de fantastique qui invitent à réfléchir sur les oppressions du passé et du présent.


Quand un livre est passionnant dès le préambule, c’est qu’un auteur très spécial se cache derrière.

À table ! C’est Patrice Quélard qui régale : épisode 2
(en fait 3, mais comme j’ai utilisé cette formule qu’à partir de ma seconde chronique sur l’auteur, ben, c’est l’épisode 2).

La dernière fois, je me suis régalée avec Catharsis Disputatio 1204-1207 et encore avant, c’est Fratricide qui a ravi mes papilles. Je sais, vous êtes au courant ; j’ai tendance à radoter quand j’aime vraiment un bouquin.
Cette fois-ci, je m’attelle au même auteur mais dans un exercice tout à fait différent : la nouvelle. Et ça n’est pas parce qu’un auteur excelle dans le roman qu’il sera forcément bon dans la nouvelle (et vice versa). Combien se sont plantés en utilisant ce format à mauvais escient en se disant que la nouvelle, c’est plus court, plus facile et que c’est mieux pour débuter ou occuper le lecteur entre deux romans ? Beaucoup.

N’ayant pas lu tant de recueils que ça, je peine à définir ce que j’attends d’un recueil de nouvelles. Ce qui ressort de mes précédentes lectures en la matière, c’est que j’apprécie lorsqu’un auteur est capable de jongler avec différents genres tout en gardant une certaine cohérence dans l’ensemble. J’aime lorsque les chutes me laissent pantoise ou que je me garde quelques minutes de réflexion avec mes moi-même avant de partir sur la prochaine nouvelle. Et puis j’aime être transportée dans chaque univers sans avoir l’impression de vivre ou revivre l’éternelle même nouvelle.

Alors, que trouve-t-on dans ce recueil-ci ?

Le concept d’Oppressions : From past to present est donc de parler d’oppressions (merci Captain Obvious me diront certains, n’empêche que moi, j’y avais pas pensé avant de lire le livre, voilà !) L’oppression donc, vaste sujet mais qui restait quand même flou avant que l’auteur ne m’en donne son sens contraire dans le préambule : la Liberté. Et là, l’éventail de possibilités s’est ouvert comme par magie et j’ai rapidement compris qu’on allait explorer l’oppression en partant d’une certaine époque jusqu’à revenir dans le présent ; d’où le « from past to present » du titre. Inutile de le demander, effectivement, je n’avais toujours fait aucune déduction… Pourtant, tout est dit dans la quatrième de couverture, mais je ne l’ai pas lue, j’ai acheté à l’aveugle parce que c’est Patrice Quélard et que c’est un argument suffisant. Et comme d’habitude, pas de déception avec ce monsieur Ô combien brillant.

J’ai toujours énormément de mal à parler d’un recueil de nouvelles et c’est un exercice très différent d’une chronique de roman. Lorsqu’un livre regroupe plusieurs textes courts, j’aurais tendance à parler de l’écriture plus qu’autre chose, mais pourtant, sur ce recueil-ci, il y a plus à dire et à souligner.
Les sujets, malgré un thème général commun, sont très diversifiés et finalement, on redécouvre la plume et le talent de l’auteur à chaque nouveau texte. Chaque texte qui est d’ailleurs une petite sucrerie littéraire tellement c’est bien écrit. Ben oui, je ne peux décemment pas parler d’un ouvrage de Patrice Quélard sans parler de cette écriture si singulière et toute en beauté qui me ravit depuis trois lectures maintenant, parce que l’écriture de cet auteur fait partie d’un ensemble que l’on ne peut séparer.
Cette écriture qui d’ailleurs peut tout me raconter ; et du coup, autre point concernant la réussite de ce recueil : la diversité des genres parce qu’il y en a pour tous les goûts. Autant la petite touche d’Histoire, les réflexions, les annotations et les détails qui nourrissent le cerveau du lecteur, bon ça ne m’a pas surprise, c’est un peu pour ça que j’adore lire Patrice Quélard, autant les nouvelles plus fantastique à base de surnaturel, de hantise, de planche Ouija et d’écriture automatique, je ne m’y attendais pas du tout. Alors certes, ça n’est plus une chose que je recherche et que je lis (mais j’adore les documentaires qui parlent du sujet, oui toujours autant), mais la cohérence de ces nouvelles, son côté « on y croit parce que ça tient vraiment la route » (bien plus que certains livres dont les auteurs sont spécialisés dans ce genre-là) me démontre encore une fois la palette de talents de son auteur.
Talents qui, outre dans l’écriture, se trouvent aussi dans la capacité à dire et faire ressentir beaucoup en peu de pages, à choisir les bons mots pour aller à l’essentiel (pas comme moi). Là, je vais parler deux secondes de deux nouvelles. D’abord, La doléance qui en dix pages seulement arrive à faire ressentir le calvaire de Marie et de ses enfants issus de viols, femme battue mais surtout courageuse, et qui le sera jusqu’au bout. Là où certains auteurs ont besoin de cent pages pour mettre en place une situation, un climat, une certaine ambiance, Quélard lui, le fait en moins de dix pages avec, s’il vous plait, une histoire complète et plusieurs sujets et thèmes abordés. Et puis, comment ne pas parler des horreurs perpétrées par les médecins durant la Première Guerre mondiale en mentionnant Mémoire d’un plicaturé qui est ma nouvelle préférée. L’auteur excelle lorsqu’il s’agit d’Histoire et de raconter l’Histoire et j’avoue que j’aurais pu lire un livre entier sur le sujet abordé dans cette nouvelle. Mais cessons de dévoiler les intrigues, à vous d’aller fourrer votre nez dans cette merveille !

Excellent romancier, Patrice Quélard s’avère être, aussi, un nouvelliste hors-pair que je vous conseille, pour une fois, fortement de découvrir.

Oppressions : from past to present sur Amazon

Les autres chroniques sur le blog : 
Catharsis Disputatio 1204-1207
Fratricide
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