Nicola Sirkis – Les mauvaises nouvelles (recueil de nouvelles)

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Treize histoires à la fois drôles et grinçantes, charmantes et perverses, quotidiennes et fantastiques. Très inattendues en tout cas, où le lecteur retrouvera l’inspiration du parolier d’Indochine, mais aussi l’univers de ses lectures – Pierre Loti, Marguerite Duras et, surtout, l’énigmatique J.D. Salinger.


Je suis contente parce que je ne pensais pas faire cette chronique un jour, étant persuadée d’avoir bazardé ce recueil de nouvelles du chanteur et parolier du groupe Indochine, dont j’ai été fan (j’assume totalement le terme) pendant plusieurs années (un peu plus d’une quinzaine). Je pensais que ce recueil avait suivi les posters, biographies, tickets de concert, T-shirt et autres produits dont je me suis séparée et à l’effigie du groupe qui m’a permis de surmonter l’adolescence. Ce groupe a eut une importance capitale et une place tout à fait particulière dans ma vie et autant dire que Nicola Sirkis a participé à ma construction à travers ses chansons, son ouverture d’esprit, sa tolérance et plus récemment son amour pour la littérature. Car c’est encore grâce à ce monsieur que j’ai fait la connaissance de l’écriture si particulière de Marguerite Duras (et j’ai adoré tout ce que j’ai lu d’elle).
Mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin, et Indochine et moi n’avons pas du tout suivi la même route, je ne m’y retrouve plus, même si parfois, j’y reviens tout en évitant les derniers albums. J’avais donc envie de relire ce recueil que j’avais acheté, lu et adoré à sa sortie, histoire de voir si j’avais vraiment été objective quand je disais que ce recueil est génial. Et il se trouve qu’en triant mes affaires, je l’ai retrouvé ! Du coup je l’ai lu.

C’est donc avec une certaine émotion et beaucoup de souvenirs que j’ai ouvert ce livre. Et puis énormément d’appréhension aussi. La peur de ne pas revivre mes souvenirs de lecture, celle d’être déçue, et celle d’encore plus m’éloigner de ce groupe qui garde une importance, malgré tout.

Et c’est presque sans grande surprise que tout est remonté. Lorsque des intrigues se déroulent en Chine, lorsque Hanoï et Kao-Bang sont mentionnés, lorsque des prénoms tels que Juliette, Alice ou Bob sont donnés à des personnages, lorsque certains sujets sont abordés, forcément on (re)pense à une chanson même si cette dernière est sortie après le recueil ; des Silences de Juliette à la plus récente Alice et June, en passant par Kao Bang ou College Boy et les souvenirs du (magnifique) concert à Hanoï, évidemment.
Alors oui, mon adolescence, mon univers, mes souvenirs… tout ça m’a sauté au visage et putain que ça fait du bien, en fait ! J’ai retrouvé cette ambiance si particulière des albums d’Indochine, j’ai vécu des histoires folles, drôles, noires et finalement, pleines de vie. Mais au-delà de cette expérience tout à fait personnelle due à mon passé musical avec l’auteur, j’ai retrouvé un vrai plaisir à lire ces nouvelles qui nous font voyager à travers le monde et l’imaginaire, à travers les genres aussi, puis les émotions les nouvelles allant du plus noir au plus fantaisiste, nouvelles toutes illustrées par Valérie Lenoir.

Admirateur ou non du groupe, on peut trouver de quoi se rassasier dans ce recueil, au moins de quoi s’évader. On n’est pas sur l’écriture du siècle, Sirkis est parolier, ses paroles sont hyper imagées voire incompréhensibles parfois, mais il a une certaine sensibilité artistique et culturelle qui transpire dans ce recueil. Au-delà des histoires ce sont surtout les décors, les cultures, les sujets et intrigues un peu décalés (originaux du coup) qui m’ont beaucoup plu et m’ont permis de m’envoler.
Mention spéciale aux nouvelles Viêt-Nam Glam, ma préférée, qui en quelques pages regroupe beaucoup de choses que j’aime trouver dans certains genres, ainsi qu’à Suicidal Tendencies (extrait en fin d’article) qui m’a remué les tripes par sa noirceur mais aussi sa beauté.

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Bonjour ! Je m’appelle Julien. Hier, j’ai eu dix-sept ans et aujourd’hui j’ai piqué le pistolet à grenaille de mon père. Je crois que j’ai une mauvaise nouvelle pour vous, pour moi aussi d’ailleurs.
Si là je m’adresse à vous, c’est parce que ce que je vais faire… ça va faire du bruit, je vous préviens.
Voilà. Tout à l’heure, en rentrant du lycée, je me tuerai… On appelle ça un suicide. Je vais mettre le revolver dans ma bouche et je vais tirer : « blam ! », j’appuierai sur la gâchette juste une fois et cela suffira… enfin, j’espère.
Avant, j’écrirai à ma mère et à mon père et puis aussi à Charlotte, ma fiancée du moment : pour m’excuser. C’est qu’ils n’y sont pour rien les pauvres ! Mais bon, c’est comme ça, voilà !
Je leur dirai pourquoi je me suis tiré dessus, pourquoi j’ai décidé de quitter la terre. Déjà, l’année dernière, je voulais avaler toute la boîte de Lexomyl de ma mère ; mais à cette époque j’ai été un peu lâche, je ne suis pas allé jusqu’au bout. Et puis moi, je veux une mort violente, avec du sang partout, de la défiguration ; avec les cachets chimiques, c’était un peu faible comme spectacle.
Quitte à mourir, autant vraiment marquer le coup, non ? Faut que ça se voie. Ma mort, je la veux sanglante, avec du rouge sur les murs, sur la moquette de ma chambre, sur mes vêtements. Faut que ça soit sale ! Je ne veux pas que ce soit beau, et surtout quand on me retrouvera, je veux que ma mort laisse un mauvais souvenir, un très mauvais souvenir à tous ceux qui me connaissent. Comme ça, quand ils se rappelleront de moi, il y aura toujours deux images en eux : celle d’un jeune mec de dix-sept ans, mignon et intelligent (il parait), et celle de son corps par terre, la tête éclatée en dix mille morceaux dans sa chambre (un CD de Marilyn Manson en boucle).
Mon suicide à moi, c’est le monde d’aujourd’hui tel qu’il est avec le bien et le mal, le sale et le beau, le beau et le moche, sauf que le bien, il n’est pas assez fin pour réussir à niquer le mal… Tout le problème est là.

Extrait de « Suicidal Tendencies » – Les mauvaises nouvelles. Nicola Sirkis

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