Ghislain Gilberti – Dernière sortie pour Wonderland

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Durant une free party, Alice Price, étudiante et artiste de la scène électronique underground, goûte à une drogue inconnue. Les effets du produit la dépassent rapidement et, aux frontières de l’overdose, un étrange lapin blanc la propulse au cœur d’un monde parallèle et piégé : l’univers de Lewis Carroll. La chenille, le chapelier fou, le lièvre de mars, le chat du Cheshire, tous les personnages du conte victorien sont là et invitent cette Alice contemporaine dans les sombres mystères de la création du vrai Wonderland.


Chronique spéciale d’un livre que j’ai beaucoup aimé mais qui m’a demandé plusieurs mois de lecture. En réalité entre la page 300 et la page 461 il s’est écoulé une longue pause de deux mois, ou presque, sans ouvrir le livre. Mais on en parle plus tard.

***

J’ai rarement lu de livres aux sujets et thèmes que je considère difficiles. Toutefois, je ne suis pas vraiment frileuse et certains sujets qui semblent, a priori, plus faciles pour certains lecteurs, me paraissent plus insupportables. Ce qui me « gêne » dans ces thèmes un peu délicats, plus que la monstruosité du sujet en lui-même qui j’en suis persuadée, doit être abordé comme tout autre sujet, est la perversité qui pourrait ressortir de ces bouquins et surtout le côté malsain qui m’obligerait, en tant que lectrice, à cautionner certains faits.
Qu’en est-il lorsque le thème délicat touche une personne mondialement connue et qu’à travers une oeuvre majeure, on puisse déceler les travers d’un auteur ? Faut-il avoir peur de la pédophilie traitée dans Dernière sortie pour Wonderland ?

Ce monde a été créé par un cerveau pour le moins dérangé et rongé par la folie, branché en direct sur trois autres, plus innocents, dont un était prisonnier. Le pays des Merveilles n’avait, à la base, rien d’un conte de fée. Même si la vision populaire de Wonderland a été distordue, colorée, simplifiée et surtout rendue bien lisse par des variations diverses, son essence est un vrai poison. De nombreux autres esprits de ton monde ont apporté des modifications dans la perception de ces contrées mais, à l’origine, cet endroit était plutôt générateur de peur et d’angoisse.

J’avoue avoir eu énormément d’a priori en commençant ce roman et surtout une angoisse d’être confrontée au pire. Pourtant, ce que nous offre Ghislain Gilberti n’est pas aussi horrible que certains l’ont dit. La majeure partie du livre est consacrée au conte d’Alice aux pays des Merveilles en lui-même, certes bien revisité (ou rectifié ?) et adapté au concept de l’auteur, mais au conte tout de même.
J’ai adoré ce que m’a raconté Ghislain Gilberti, d’autant plus qu’il y a une réelle ambiance psychédélique, colorée, glauque, fantaisiste à souhait et totalement perchée qui sert absolument l’histoire. Et tout comme Alice aux pays des Merveilles m’a donné des cauchemars et des angoisses, Dernière sortie pour Wonderland m’a également bousculée. Je me suis retrouvée, plusieurs nuits de suite, à rêver de lapins tueurs, de souris tatouée, de chenille défoncée et de chat qui parle et disparaît.

Mais ce que j’ai préféré est l’autre lecture que l’on peut faire de ce livre à travers des chapitres qui montrent la facette perverse du créateur du conte d’origine : Lewis Carroll. C’est à travers des chapitres dits « parasites » que Ghislain Gilberti va nous raconter l’homme, ses perversions et donner un tout autre sens à son histoire dont on peut imaginer les scènes réelles desquelles elle est tirée ou qui permettent des interprétations. Le lecteur (moi du moins, ça peut être une expérience très personnelle) sort alors du conte pour imaginer la manière dont Carroll a écrit l’histoire d’Alice, dans quelles conditions, dans quelle situation. Voulu ou non, j’ai trouvé, dès lors que j’ai eu connaissance de la perversion de Carroll, une double interprétation constante. Un exemple tout bête : la chenille défoncée du conte que tout le monde connaît. Lorsqu’elle est arrivée dans Dernière sortie pour Wonderland, je me suis aussitôt demandé si lors de sa création, Carroll était lui-même défoncé. Et alors, cette chenille devient un morceau de la personnalité de Carroll, un fait sorti de son esprit tordu, et cette chenille qui devient l’homme prend un tout autre sens. Certains autres personnages manipulés, domptés ou encore tenus à l’écart peuvent rapidement devenir des petites filles, des gens qui ont tenté de dénoncer, ou des secrets que Carroll veut garder cachés. Je suis peut-être allée un peu loin, peut-être pas, en tout cas j’ai beaucoup aimé cette expérience de double histoire.
Évidemment, les chapitres « parasites » sont ceux qui vont mettre en lumière le goût de Carroll pour les photos pornographiques de petites filles, les attouchements toujours sur des petites filles et la façon dont son histoire a été inventée et construite. Mais rien d’insupportable. Ah bah vu ce qu’on m’a dit à propos de ce livre, je m’attendais presque à trouver multitudes de détails à faire vomir Carroll lui-même. En réalité, les faits sont dits de façon posée et non choquante. Ça ne modifie pas les faits, ça les rend simplement acceptable à lire. Le but de ce livre, je pense, n’est pas de faire du glauque et du choquant pour attirer le lecteur, mais rectifier une vérité et raconter des faits qui ont été édulcorés.

Le roman est agréable à lire, l’ambiance et le récit très visuel participent activement à l’immersion du lecteur, c’est glauque et beau, étrange et fascinant. Et puis… le dernier tiers et la très longue pause qui m’a été nécessaire pour apprécier la fin du livre.
Comment vous expliquer que j’ai vraiment aimé ce roman mais que j’ai peiné à lire le dernier tiers ? Je n’ai pas lu ce livre d’une seule traite et j’ai eu le temps d’en lire plusieurs (beaucoup !) à côté avant de le finir. Est-ce que je me suis lassée du concept ? Est-ce qu’une fois que j’ai eu compris la mécanique, le but, l’ambiance, l’écriture et la finalité du roman, je n’ai plus rien eu à quoi me raccrocher ? Honnêtement, je n’en ai pas la moindre idée et je ne saurais clairement dire à quel moment j’ai commencé à ralentir puis à vouloir aller mettre mon nez dans un autre livre entre deux chapitres de Dernière sortie pour Wonderland pour finalement arriver au moment où je pensais que j’allais l’abandonner, puis l’instant où je l’ai mis de côté pendant deux mois avant de le reprendre. Est-ce que pour autant cela veut dire que la fin de ma lecture a été gâchée ou au-dessous du reste ?

Et bien pas du tout. Deux mois après avoir laissé de côté Alice, j’ai repris l’intrigue là où je l’avais laissée sans avoir l’impression de l’avoir abandonnée justement. J’ai redécouvert le livre, l’écriture de l’auteur, l’ambiance particulière de ce roman et j’ai adoré tout ça, adoré la fin et repris plaisir, comme au début si bien qu’en une séance de lecture, c’était plié.
Dernière sortie pour Wonderland n’est peut-être pas le livre à lire en premier lorsqu’on découvre l’auteur, c’est en tout cas ce que l’on m’a dit. L’histoire très originale, l’ambiance si particulière, le sujet et la construction très atypiques, la plume si plaisante de l’auteur, combinés à la découverte de l’univers de Ghislain Gilberti dans celui de Lewis Carroll sont peut-être un peu trop de choses à découvrir pour une première fois et, peut-être est-ce la raison pour laquelle j’ai dû faire une pause dans cette lecture. Cependant et étrangement, ce livre ne m’a jamais vraiment quittée, il m’a marquée de la même manière que sa lecture si atypique et saccadée. Il n’en reste pas moins que Dernière sortie pour Wonderland est un très bon roman qui apporte une lumière totalement différente sur les contes d’Alice et sur son créateur, et que ce roman, il fallait tout de même le pondre. Créer un univers à partir d’un autre qui n’est pas le nôtre, puis broder une histoire avec une histoire déjà existante qui n’est pas la nôtre pour raconter toute autre chose, est un concept casse-gueule que Ghislain Gilberti a réussi haut la main jusqu’à recréer une histoire originale.

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2 commentaires sur « Ghislain Gilberti – Dernière sortie pour Wonderland »

  1. J’avais repéré le livre en grande fan d’Alice au pays des merveilles, mais j’avais peur de me lancer dans sa lecture… Je trouve donc ta chronique très intéressante, elle me prouve que finalement le roman reste accessible même pour les lecteurs un peu frileux vis-à-vis de certains thèmes.

    Aimé par 1 personne

    1. Pour moi c’est acceptable, après tout dépend jusqu’où on peut aller dans la lecture et ça dépend de chaque lecteur, mais il n’y a pas des scènes avec détails hyper morbides et choquants ou insupportables. Je pense en effet que ça reste accessible 😁

      Aimé par 1 personne

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