Dathan Auerbach – Bad Man

41tVEFih-dL._SX309_BO1,204,203,200_On dit que, passé quarante-huit heures, les chances de retrouver une personne disparue sont quasi nulles. Deux jours pour ratisser les bois alentour, frapper à toutes les portes, remuer ciel et terre. Passé ce délai, l’espoir n’est plus permis.
Eric, trois ans, a disparu il y a cinq ans. Peu à peu, les affichettes ont jauni, les policiers se sont désintéressés de l’affaire, la vie a repris son cours dans cette petite ville désaffectée de Floride. Pas pour Ben, le grand frère de la victime. Qui ne s’est jamais remis du drame. Qui a vu sa famille sombrer. Mais qui n’a jamais cessé ses recherches.
Recruté en tant que magasinier de nuit dans le supermarché même où Eric a disparu, Ben sent que les lieux ont quelque chose à lui révéler. Quelqu’un sait où est son frère, une personne qui prend un malin plaisir à se jouer de lui. Qui ? Le directeur qui n’a jamais collaboré à l’enquête ? Ses collègues auxquels il a accordé trop vite sa confiance ? Mais il y a plus que ça, une présence impalpable, diffuse, qui brouille ses pensées… Qui est ce bad man dont l’ombre inquiétante plane sur la ville ?


Misère

Entre Carnage, constellation de Marcus Malte et Bad Man de Dathan Auerbach, on peut dire que je suis gâtée. Dans les deux cas, j’ai énormément apprécié la lecture, mais dans les deux cas, je me suis arraché les cheveux pour écrire la chronique. Le premier parce que les ressentis étaient si clairs et précis que trouver les mots justes pour les expliquer a été un calvaire ; le second parce que tout est si confus et flou que trouver les mots justes pour l’expliquer sans révéler quoi que ce soit de l’intrigue est aussi un vrai calvaire. Mais allons-y de toute façon, on ne va pas s’arrêter là, il y a beaucoup de choses à dire.

Bad Man a beaucoup de qualités et je vais essayer d’en parler sans que cela ressemble à une énumération. Et puis on finira par le bémol 😁
L’auteur a fait plusieurs choix intéressants mais dangereux qui auraient pu lui coûter cher si l’ensemble n’avait pas été harmonieux. Choix dangereux donc, mais réfléchis et finalement intelligents. Le thème d’abord ; le rapt d’enfant est un thème très récurrent en littérature, et nombreux sont les auteurs qui se cassent le museau sur ce genre de sujet très intéressant mais casse-gueule quand on ne les traite pas correctement ou sans apporter quelque chose de nouveau. J’ai trouvé que ce qu’Auerbach en a fait est plutôt intéressant dans la façon d’utiliser (et non de traiter) le sujet. L’enlèvement est un peu l’élément qui maintient l’ensemble de l’intrigue en équilibre, sans être réellement traité en profondeur ; c’est de suite un peu moins casse-gueule, tout en restant essentiel pour l’histoire, et ça ne manque pas parce que le reste de l’intrigue, passionnante, prend le dessus.
Second choix étonnant, le lieu de l’intrigue et le fait que le roman ait quelques allures de huis clos sans en être un à proprement parlé. La majeure partie de l’intrigue se déroule dans un supermarché, à la fois lieu de disparition d’un petit garçon, Éric, et lieu de travail, quelques années plus tard, de son frère aîné, Ben. D’ailleurs, ce dernier n’a jamais oublié cette journée et elle va revenir le hanter. Si Ben n’a jamais abandonné ses propres recherches, puisqu’Éric n’a jamais été retrouvé, ce nouveau travail et le supermarché vont donner un nouveau souffle à son enquête et exposer de nouveaux éléments qui, peu à peu, vont nous conduire vers le dénouement. Avec ce supermarché, il y a la prouesse d’avoir fait respirer et vivre ce lieu si hostile au point d’en faire un personnage à part entière, comme si c’était lui qui tirait les ficelles de l’intrigue, dénouait les nœuds et déposait ici et là indices et cadenas à déverrouiller pour passer au fait suivant.
Autre élément, et pas des moindres, les personnages dont les intentions ne sont jamais clairement exposées. Jamais on ne sait de quel côté sont les personnages et tous sont suspects (et crédibles !), du dernier collègue rencontré de Ben à ses propres parents. Tous ont une partie de leur histoire et de leur personnalité ombragées par quelque chose qui plane au-dessus des têtes et qui noircit à mesure que l’intrigue avance. Et cela participe à l’ambiance générale du livre, qui va être le dernier point.

Bad man, c’est avant tout une ambiance. Quelque chose d’à la fois palpable dont le lecteur se rend immédiatement compte, et à la fois brumeux et impossible à capturer ou à définir clairement. Dès le début, l’intrigue baigne dans une sorte de brouillard épais ; on nous présente les personnages mais sans trop s’attarder (les détails viennent au fur et à mesure), on mélange passé et présent, rêve et réalité, l’histoire avance mais il faut parfois attendre quelques chapitres pour avoir la réponse à un détail que l’on n’a pas su ou pu expliquer avant et finalement on s’habitue à ce que l’auteur choisisse l’instant où il va nous expliquer, révéler, démêler en encaissant le flou en attendant. Alors l’histoire se poursuit, le procédé est reconduit et se répète sans que ce soit dérangeant, c’est même plutôt appréciable, il faut rester en alerte et concentré. Que ce soit l’intrigue en elle-même, les éléments qu’il nous manque, des détails sur les personnages, le passé ou le présent, globalement l’ambiance est mystérieuse et brumeuse, mais se désépaissit avec le temps en même temps que le mystère autour de la disparition du petit garçon.

Mais ce que j’ai préféré par-dessus tout, c’est l’ensemble harmonieux qui a donné lieu à une lecture très concentrée et immersive. Personnages, intrigue, rebondissements, personnalités, ambiance, écriture, tout s’emboîte et avance en même temps, à la même allure, comme un cortège qui accompagnerait le lecteur jusqu’au bout du chemin. Le livre n’en reste pas moins particulier : les rebondissements sont rares, l’intrigue plutôt lente et l’ensemble est spécial voire parfois étrange. Mais ça fonctionne, mais j’adore ça !
Ce livre aurait pu être parfait. Il aurait pu, mais il ne l’est pas et s’il n’y avait eu que les quelques longueurs, j’aurais pu oublier. Mais il n’y a pas que ça. Il y a surtout des questions, des faits, des cadenas débloqués, des éléments essentiels de l’intrigue qui manquent de réponses et d’explications. Si encore le but était de faire travailler le lecteur en lui donnant quelques pistes pour qu’il puisse créer quelque chose (comme dans Passager 23 de Sebastian Fitzek où là le lecteur trouve ses réponses seul en remontant le fil de l’histoire), ça passerait ! mais j’ai beau eu me creuser les méninges, imaginer, supposer, reprendre les éléments, remonter le fil de l’histoire, non définitivement je n’ai pas su trouver de réponses sur certains « comment, qui, pourquoi ? ». Et ça, c’est très frustrant !

Dire que j’ai adoré ce livre aurait pu suffire tant j’ai pris plaisir à le lire et à le bouffer. Il n’aura pas tenu deux jours complets et ça, c’est assez rare avec moi pour signaler le côté prenant de ce livre. Concernant le bémol développé au-dessus, il est malheureusement trop important pour que je puisse l’oublier et me dire qu’en fait, ça va. Habituée à ce que l’auteur dévoile certaines choses assez tardivement, j’ai attendu jusqu’à l’épilogue pour avoir certaines réponses restées en suspens. En vain. C’est donc une fois le livre terminé que la frustration a pointé le bout de son nez et c’est vraiment dommage parce que le reste du bouquin m’a totalement séduite et me fera acheter, sans aucun doute, le prochain roman de Dathan Auerbach.

Merci à Katia et Céline, mes deux petites fées, sans qui je n’aurais pas craqué aussi rapidement (et peut-être jamais) pour ce livre ❤

Bad Man sur Amazon

thumbnail28329

2 commentaires sur « Dathan Auerbach – Bad Man »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s